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Oaxaca : Ruiz s'accroche

Un calme relatif règne dans l'État mexicain rebelle

1 novembre 2006  Actualités internationales
Oaxaca — Alors qu'un calme précaire règne sur la ville d'Oaxaca, dans le sud du Mexique, de multiples pressions s'exercent sur le gouverneur de l'État du même nom, Ulises Ruiz, pour le forcer à démissionner: le mouvement populaire qui réclame depuis des mois son départ a reçu le renfort du Parlement mexicain et de son parti, qui le soutenait jusque-là contre vents et marées.

«Ulises vacille», titre le quotidien Reforma. «Va-t'en», lance La Prensa au gouverneur, qui fait peu à peu l'unanimité contre lui. Le journal proche du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), La Cronica, souligne que «même le PRI» demande à M. Ruiz de partir.

Pour la première fois depuis mai et le début du mouvement de protestation des enseignants et des organisations citoyennes et indiennes fédérées au sein de l'Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca (APPO), un espoir de sortie de la crise s'installe.

Ulises Ruiz écarte cependant toute intention de démissionner.

«J'ai beaucoup de respect pour Ulises Ruiz. Il doit se livrer à un examen de conscience, [pour décider] s'il peut continuer à gouverner l'État d'Oaxaca ou s'il ne le peut plus», a déclaré un des dirigeants du PRI, Emilio Gamboa.

Les observateurs sont unanimes, M. Ruiz a perdu toute crédibilité et ne peut plus gouverner cet État à majorité indienne, parmi les plus pauvres du Mexique, après être arrivé au pouvoir au terme d'un scrutin contesté.

D'ailleurs, faute de pouvoir apparaître en public à Oaxaca sans déclencher une émeute, Ulises Ruiz réside à Mexico depuis le mois de juin. Hier, il devait multiplier les contacts pour tenter de conserver son poste.

«Nous assistons au préambule du départ d'Ulises Ruiz. Il ne gouverne plus et ne pourra plus gouverner [...]. Son départ permettrait de réduire les tensions; nous sommes au bord de l'explosion», estime le directeur éditorial de Noticias de Oaxaca, Ismail San Martin.

Depuis le début en 2004 de son mandat de six ans, M. Ruiz a fait fermer un quotidien hostile, est soupçonné d'avoir confondu les caisses de l'État avec son compte bancaire, de détournements de fonds au profit de la campagne du candidat du PRI à l'élection présidentielle et a envoyé la police anti-émeute chasser les instituteurs en grève du centre de

la ville.

Après la déclaration de la Chambre des députés lui demandant de démissionner, M. Ruiz, blessé, a annoncé lundi qu'il allait saisir la Cour suprême. Quelques heures plus tard, c'est le Sénat qui a enfoncé le clou en formulant la même exigence, à l'unanimité.

La chute d'Ulises Ruiz n'a jamais été aussi proche, mais les habitants d'Oaxaca ne veulent pas crier victoire, ils ne font pas confiance aux députés et sénateurs de la capitale.

L'APPO, qui coordonne les activités de la résistance à Ulises Ruiz, devait se réunir hier pour décider de la politique à mener.

Les yeux des Mexicains sont tournés vers la capitale, Mexico, car seul le Sénat mexicain a le pouvoir de démettre un gouverneur de ses fonctions.

Depuis l'intervention des forces fédérales à Oaxaca, dimanche, un calme fragile est revenu à Oaxaca, mais l'agglomération restait quasiment paralysée hier.

La plupart des commerces restaient fermés et les patrons des lignes d'autobus ont refusé de reprendre le travail par crainte d'une nouvelle flambée de violence, deux jours après l'intervention des forces fédérales. Celles-ci occupent le centre de cette ville coloniale, après avoir dégagé les barricades des manifestants.

Le retour des enseignants dans les écoles, prévu dès lundi, a encore été reporté.

Hier, une manifestation de sympathisants d'Ulises Ruiz a été convoquée.

Vendredi dernier, des heurts ont fait trois morts, dont un caméraman américain, et provoqué l'envoi de troupes fédérales, qui ont repris lundi le contrôle d'une grande partie de la ville.

Les forces fédérales occupent le centre de cette ville coloniale, après avoir dégagé les barricades des manifestants.

Mais ces derniers refusaient en grand nombre de quitter certains quartiers tant que le gouverneur n'aura pas démissionné.

Dix personnes ont été tuées à Oaxaca, ville de 600 000 habitants, située à 450 km de Mexico, depuis que le mouvement de protestation des instituteurs et de diverses organisations indiennes a commencé en mai.

Suivant l'exemple des États-Unis, le Canada a recommandé à ses ressortissants d'éviter de se rendre à Oaxaca.

«On recommande d'éviter tout voyage à Oaxaca, particulièrement dans le centre de la ville», indique le ministère des Affaires étrangères dans un message figurant hier sur son site destiné aux voyageurs.

Le ministère note que «des Canadiens ont signalé avoir eu des difficultés à obtenir de l'aide des autorités en situation d'urgence», ajoutant qu'il est possible que le consulat canadien «doive s'établir dans un autre lieu étant donné les conditions de sécurité locales».
 
 
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