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Mexico rencontre les manifestants d'Oaxaca

Le conflit est l'expression d'un profond mécontentement social au Mexique

6 octobre 2006  Actualités internationales
Oaxaca — Les manifestants de Oaxaca et le gouvernement mexicain se sont retrouvés pour la première fois hier depuis le début de la crise ouverte le 22 mai dernier et l'occupation de la ville du sud du Mexique.

Le dialogue qui s'est ouvert au ministère de l'Interieur à Mexico, est l'une des dernières chances pour éviter que le conflit ne dégénère dans la violence. Des renforts de l'armée et de la police ont été envoyés dans l'État de Oaxaca.

Le gouvernement mexicain cherche désespérément une issue négociée au conflit qui paralyse depuis plus de quatre mois la ville d'Oaxaca, dans le sud-ouest du pays, où la contestation pour la démission d'un gouverneur impopulaire, sur fond de crise sociale, est devenue le cheval de bataille des mouvements de gauche.

Plus d'un million d'élèves, en grande majorité issus de familles pauvres, sont privés d'enseignement en raison de la grève des

70 000 enseignants de l'État d'Oaxaca. Les barricades érigées dans le centre-ville, jadis haut lieu touristique, et la baisse d'activité des entreprises ont déjà coûté à l'économie régionale quelque 300 millions de dollars. Le ministre de l'Intérieur, Carlos Abascal, a juré que l'armée n'interviendrait pas mais a souligné que la situation a «atteint des limites».

Cette rébellion est l'expression d'un profond mécontentement social dans l'État d'Oaxaca, un des plus sous-développés du Mexique avec le Chiapas voisin. «Oaxaca est un État fait de pauvreté et d'injustices sociales qui génèrent un grand nombre de mouvements sociaux, mais aucun n'avait atteint cette ampleur», souligne Porfirio Santibanez, de l'Institut de recherche en sciences humaines de l'université Benito Juarez de Oaxaca.

Le gouverneur Ulises Ruiz, du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), l'ancien parti hégémonique du Mexique, est la cible de toutes les rancoeurs accumulées et les manifestants réclament sa tête coûte que coûte. Les instituteurs, qui exigeaient une revalorisation salariale, s'étaient mobilisés fin mai comme chaque année dans le centre d'Oaxaca. L'intervention de la police antiémeute pour les déloger trois semaines plus tard a radicalisé le mouvement. Depuis, ils occupent la ville.

Élu gouverneur pour six ans en 2004 au terme d'une élection controversée, Ulises Ruiz est accusé par ses détracteurs de détournements de fonds pour la campagne présidentielle du 2 juillet, d'enrichissement personnel, de corruption et d'autoritarisme. Il a dit à plusieurs reprises qu'il n'abandonnerait pas son poste.

«Le départ d'Ulises Ruiz est le premier pas nécessaire pour résoudre le conflit. Je ne vois pas d'autre option», commente le sociologue mexicain Leon Parra.

Isidoro Yescas, auteur d'un livre sur les mouvements sociaux des enseignants d'Oaxaca, abonde dans son sens mais, selon lui, «un départ d'Ulises Ruiz doit être accompagné d'un programme de gouvernement établi par tous les secteurs de la société d'Oaxaca, un ordre du jour démocratique pour résoudre les problèmes et un changement structurel». Il reconnaît cependant qu'un départ du gouverneur se heurte à l'opposition de ses proches et de puissants chefs d'entreprise qui ont traité avec Ulises Ruiz.

Les autorités avaient misé sur un essoufflement du mouvement, mais les manifestants continuent de bloquer le centre d'Oaxaca et dressent chaque nuit des barricades «pour éviter les interventions d'escadrons de la mort», selon le porte-parole de l'APPO, Florentino Lopez.

D'après Porfirio Santibanez, le président mexicain Vicente Fox et le ministre de l'Intérieur, Carlos Abascal, du PAN, tentent de convaincre Ulises Ruiz de démissionner. Mais le PAN joue sur du velours: il ne peut pas se permettre de se mettre à dos le PRI, avec lequel il devra composer, faute de majorité à la Chambre des députés et au Sénat.

Pendant que le gouvernement fédéral s'efforce d'orchestrer un dialogue de sourds, 6000 enseignants et manifestants d'Oaxaca poursuivent une marche vers Mexico, où ils devraient arriver demain. Ils veulent établir un campement devant le siège du Sénat. Les élites n'envisagent pas sans frémir la répétition des manifestations qui avaient bloqué le centre-ville pendant l'été, à l'initiative de la gauche.
 
 
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