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Timide retour des islamistes en Algérie

Source: Archives Le Devoir
Abdelaziz Bouteflika, le président algérien.
Source: Archives Le Devoir Abdelaziz Bouteflika, le président algérien.
Alger — Les islamistes algériens effectuent un retour modeste à la vie politique après avoir échoué à remporter par les armes ce qu'ils cherchaient autrefois à obtenir par les urnes.

Avec une insurrection armée sur le déclin, la plupart des islamistes souhaitent désormais participer à la vie politique et recourir à des moyens pacifiques pour instaurer le régime islamique qu'ils appellent de leurs voeux. Cette méthode leur permet de gagner le soutien d'amis puissants.

«Le mouvement islamiste a tenté de défier l'État de front et il a lamentablement échoué», explique Azzedine Layachi, politologue algérien à l'université St John à New York. «Mais le sentiment islamiste n'a pas été vaincu. Les islamistes font désormais partie de la scène politique et culturelle. C'est une nouvelle réalité de l'Algérie.»

D'une durée de six mois, l'offre d'amnistie aux activistes islamistes acceptant de déposer les armes vient à expiration aujourd'hui, ramenant les islamistes les plus radicaux sur le devant de la scène.

Quelque 300 islamistes se sont rendus depuis février, et 400 à 500 autres seraient encore en activité dans des poches isolées dans l'est et le sud de l'Algérie.

On s'attend à ce que la plupart d'entre eux continuent de se battre, et poursuivent la révolte déclenchée en 1992 quand les autorités d'alors ont annulé des élections législatives que le Front islamique du salut (FIS) était en passe de remporter.Mais ce ne sont pas ces groupes isolés d'irréductibles qui dominent aujourd'hui le mouvement islamiste. Ce sont ceux qui ont explicitement renoncé à l'affrontement avec le gouvernement qui effectuent un retour dans la vie politique et culturelle.

Madani Mezrag, qui a négocié la reddition de l'Armée islamique du salut (AIS) — bras armé du FIS — à la fin des années 1990, compte parmi eux. «Nous allons faire tout ce qui est possible par des moyens démocratiques pour instaurer ici un État islamique», a-t-il affirmé. «L'aspect positif de la guerre [des années 1990], c'est qu'elle a permis aux islamistes de comprendre leurs limites [...] et de discuter avec les autres même s'ils ne sont pas d'accord avec eux.»



Main tendue

L'état d'urgence proclamé en 1992 reste en vigueur, et le FIS est toujours interdit, mais le gouvernement a déclaré que ses anciens dirigeants, dont la plupart sont en exil, pouvaient revenir à condition qu'ils ne tentent pas de reconstituer leur parti.

Ils n'ont jusqu'à présent pas accepté l'invitation. Mais ceux qui se trouvaient en Algérie ont été interpellés par trois mesures du gouvernement adoptées cette année et qui ressemblent à une main tendue vers le mouvement islamiste au sens large. La première est la diffusion à la radio et à la télévision de l'appel à la prière, cinq fois par jour.

La deuxième est la libération de 2200 détenus islamistes dans le cadre de la campagne de réconciliation. La troisième est la promotion d'Abdelaziz Belkhadem, un homme politique bien disposé envers les islamistes, comme premier ministre. Belkhadem est un fervent partisan du président Abdelaziz Bouteflika, fer de lance de la réconciliation nationale et qui, depuis son arrivée au pouvoir, en 1999, a conclu une alliance avec un parti islamiste modéré.

Le premier ministre est disposé à utiliser les ressources pétrolières pour remédier à des problèmes sociaux tels que le chômage, une politique chaudement approuvée par les deux partis islamistes modérés légaux, dont l'un fait partie de la coalition gouvernementale.

Les islamistes les plus radicaux se sont toutefois attiré des critiques pour leur arrogance. Plusieurs anciens activistes ont refusé de s'excuser pour les violences commises, et l'un d'entre eux a insinué que le sang ne cesserait pas de couler tant qu'il n'y aurait pas de régime islamique. Bouteflika a lui-même formulé une de ces critiques.

«Le fait que les Algériens les aient accueilli à bras ouverts ne signifie pas qu'ils peuvent se pavaner. Je maintiens que ce sont des criminels, et pardonner ne veut pas dire oublier», a-t-il déclaré en juin.
 
 
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