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Vaste offensive de Tsahal

Israël a décidé de pénétrer jusqu'à 30 kilomètres à l'intérieur du territoire libanais

Les chars d'assaut et les soldats israéliens, appuyés par des salves nourries d'artillerie, ont mené une incursion très violente la nuit dernière dans le Sud-Liban, prélude à une vaste offensive terrestre qui pourrait durer plus d'un mois et mobiliser 30 000 soldats, selon une décision de l'État hébreu. Et cette opération de Tsahal a plombé encore davantage les chances que le Conseil de sécurité de l'ONU vote rapidement une résolution destinée à mettre fin à la guerre dans un pays de plus en plus défiguré par les bombes tombées depuis près d'un mois.

Les États-Unis et la France, qui mènent le bal aux Nations unies, divergeaient toujours hier sur les moyens de prendre en compte le point de vue libanais dans leur projet de résolution, alors que le président français Jacques Chirac a averti que, en cas de blocage, Paris pourrait faire cavalier seul et déposer son propre texte. Les deux délégations affirmaient cependant qu'elles continuaient de travailler ensemble afin d'arriver à un document susceptible d'emporter l'adhésion indispensable des acteurs sur le terrain, après le rejet de leur premier texte par le gouvernement libanais et les pays arabes.

Après des jours de tractations infructueuses, l'heure était néanmoins au pessimisme. La Maison-Blanche a avoué ne pas avoir idée quand le Conseil de sécurité de l'ONU voterait sur la fameuse résolution. Le porte-parole américain Tony Snow a cependant affirmé que le processus diplomatique n'était pas dans une «impasse». Mais alors que Washington prévoyait encore récemment une résolution pour cette semaine, M. Snow a admis «que personne n'est en mesure de faire de prédiction ferme sur le moment où nous aurons une résolution».

Les Américains ont en outre affirmé qu'ils refusaient une escalade de la guerre au Liban. «Nous voulons la fin des violences, nous ne voulons pas d'escalade», a déclaré M. Snow au moment où le cabinet de sécurité israélien approuvait l'extension des opérations terrestres. À la question d'un journaliste, il a répondu que le message s'adressait à «toutes les parties», y compris donc l'État hébreu, que la Maison-Blanche soutient fermement.

M. Snow s'est néanmoins gardé de critiquer la décision israélienne d'amplifier les opérations. «Le fait est que les Israéliens répondent à ce qu'ils considèrent comme leurs besoins militaires et de sécurité intérieure». Il a répété que la responsabilité du conflit incombait au Hezbollah et qu'un règlement devait «garantir que les conditions de violences futures ont disparu».

Et «la question est toujours de savoir comment avoir un dispositif de sécurité efficace dans le sud du Liban au moment où les forces israéliennes se retireront», a expliqué le porte-parole de la présidence américaine.

Alors que les discussions faisaient du surplace à l'ONU, Israël a décidé hier d'élargir ses opérations militaires afin de pénétrer jusqu'à 30 kilomètres à l'intérieur du territoire libanais, une offensive qui pourrait mobiliser 30 000 soldats et durer un mois. «Les militaires ont présenté un calendrier, disant qu'il leur faudrait au moins 30 jours, et cela a été approuvé par le cabinet», a précisé une source gouvernementale. Cette réunion, qui aurait donné lieu à des discussions houleuses, est selon les médias «la plus difficile» jamais tenue depuis le début du conflit.

Le premier ministre Éhoud Olmert et le ministre de la Défense Amir Peretz «doivent maintenant décider du moment opportun pour étendre les opérations». D'après l'un des ministres du cabinet de sécurité, qui a exigé l'anonymat, l'État hébreu, qui risque d'être accusé de ne pas soutenir le processus diplomatique, va attendre deux à trois jours avant de lancer cette opération afin de laisser le temps au Conseil de sécurité de l'ONU de débattre d'un projet de résolution.

D'après de hauts responsables militaires, plusieurs jours seront alors nécessaires pour atteindre le Litani. Il faudra ensuite plusieurs semaines supplémentaires pour débarrasser le secteur du Hezbollah et des lanceurs de roquettes, l'objectif étant de porter des coups supplémentaires au Hezbollah avant un cessez-le-feu. L'offensive, approuvée à l'issue de six heures de discussions serrées (neuf voix, aucune contre et trois abstentions), devrait permettre d'éliminer 70 à 80 % des roquettes à courte portée du Hezbollah, ont ajouté les responsables sous le couvert de l'anonymat.

Mais des chars et des fantassins israéliens ont déjà donné un aperçu de l'attaque à venir en effectuant une incursion appuyée par des tirs nourris de l'artillerie au cours de la nuit dernière. Selon des témoins, les forces israéliennes auraient même pénétré par endroits à une dizaine de kilomètres à l'intérieur du Sud-Liban, leur position la plus avancée en territoire libanais depuis le début du conflit entre Israël et le Hezbollah. L'aviation israélienne a aussi poursuivi ses raids au Liban, visant routes et ponts et tuant au moins neuf personnes. Dans la soirée, de nouveaux bombardements ont visé la banlieue sud de Beyrouth.

Tsahal a toutefois essuyé ses plus lourdes pertes humaines depuis le début du conflit, puisque 15 soldats sont morts hier dans le sud du Liban, où des combats rapprochés ont continué de faire rage entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Quelque 38 soldats ont également été blessés dans ces combats, a fait savoir un porte-parole de l'armée.

Et malgré les frappes censées détruire le Hezbollah, son chef, Hassan Nasrallah, est apparu à la télévision hier pour approuver officiellement la décision du gouvernement libanais de déployer l'armée dans le sud du pays. «Si le gouvernement libanais est prêt à envoyer 15 000 soldats dans tout le sud du Liban, cela aidera beaucoup le Liban, et les amis du Liban, à faire pression pour modifier le projet de résolution» au Conseil de sécurité de l'ONU, «ce qui ouvrira la voie à une solution politique à la crise», a déclaré Nasrallah.

Le chef du Hezbollah a aussi insisté sur le fait qu'il était prêt à poursuivre les hostilités en attendant un règlement de la crise. «Nous avons prouvé que notre puissance de feu est intacte. Au cours des deux derniers jours nous avons lancé 350 roquettes sur le nord d'Israël et ce soir une nouvelle salve est partie», a-t-il lancé. «Nous allons transformer la terre du sud en tombeau pour les soldats [israéliens]», a ajouté le chef de la milice chiite.

Les combattants du Hezbollah ont tiré une centaine de roquettes, dont certaines de longue portée, sur le nord d'Israël, sans faire de victimes. Des sources palestiniennes ont fait état de la chute de certains projectiles dans l'extrême nord de la Cisjordanie.

Depuis le début du conflit le 12 juillet, les affrontements entre Israël et les combattants chiites ont causé la mort de près de 1100 personnes au Liban, en majorité des civils, et de 116 personnes côté israélien, selon un bilan établi à partir de sources officielles. Quelque 3568 personnes ont été blessées. En Israël, 36 civils ont été tués par les roquettes du Hezbollah tirées sur le nord du pays et 80 militaires israéliens ont péri, selon l'armée israélienne.

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
 
 
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