Israël et le Hezbollah intensifient leurs attaques
Washington commence à montrer des signes d'impatience
Après le rapt par Israël de cinq militants présumés du Hezbollah dans un raid en profondeur au Liban hier, Tsahal a poursuivi son opération terrestre dans le sud du pays ainsi que ses raids aériens afin d'éliminer les structures de la milice chiite. Mais cette dernière a répliqué en tirant un nombre record de 215 roquettes sur le nord de l'État hébreu, preuve que le Parti de Dieu a toujours les moyens de frapper Israël, trois semaines après le début de l'offensive censée l'anéantir.
Cette escalade est survenue alors que la communauté internationale semblait progresser très lentement vers un règlement de ce conflit, les États-Unis et la France ayant même rapproché leurs positions dans le dossier de l'envoi d'une force internationale. L'administration américaine a d'ailleurs montré des signes d'impatience, la secrétaire d'État Condoleezza Rice souhaitant un cessez-le-feu «dans quelques jours».
Ce à quoi Israël a répondu en intensifiant ses opérations terrestres pour neutraliser la menace du Hezbollah. Alors que le conflit entamait sa quatrième semaine, un commando israélien héliporté a, au cours de la nuit, enlevé cinq membres présumés du Hezbollah et en a tué ou blessé dix autres à Baalbek, selon le général Haloutz. «Nous avons lancé cette opération pour prouver que nous pouvions frapper partout au Liban», a-t-il dit. Le raid a donné lieu à de très violents combats entre des commandos israéliens et le Hezbollah, notamment dans et autour de l'hôpital de Dar Al-Hikma, qui avait été auparavant évacué, selon la milice chiite.
Le mouvement a démenti le rapt de ses membres et qualifié l'opération de «fiasco». Il a aussi nié qu'il s'agisse de combattants du Hezbollah, précisant que l'un d'eux était un épicier âgé de 60 ans. La police libanaise a noté que cinq civils ont été enlevés et 16 tués, dont sept enfants.
Après le raid à Baalbek, dans l'est du Liban, à 100 km de la frontière israélienne, l'opération la plus profonde en territoire libanais depuis le début de l'offensive, le chef d'état-major israélien Dan Haloutz a indiqué que l'armée envisageait de «nouvelles attaques aériennes en profondeur au Liban, surtout dans la région de Beyrouth». Des explosions ont d'ailleurs retenti au cours de la nuit dans la capitale libanaise.
Entre-temps, au Sud-Liban, l'aviation israélienne a mené des raids contre des objectifs du Hezbollah pour appuyer ses unités au sol engagées dans des affrontements violents avec les combattants du parti chiite sur trois axes. Elle a ainsi lancé plusieurs dizaines d'opérations sur la région de Tyr, les bombardements se rapprochant de la ville portuaire dans l'après-midi. Sept civils ont été tués en début de soirée, lors d'un pilonnage aérien, naval et terrestre de cette région, selon la police. L'objectif de l'offensive terrestre israélienne, à laquelle participent pour l'instant 7000 soldats, est de détruire le long de sa frontière les positions du Hezbollah et de mettre ainsi fin aux tirs de roquettes.
Mais l'opération israélienne est déjà un échec, selon plusieurs analystes. Le Wall Street Journal a bien résumé la situation mardi, dans un éditorial. «Les Forces de défense israéliennes ont de toute évidence sous-estimé les moyens du Hezbollah et surestimé leur propre capacité à les affaiblir par voie aérienne, écrivait alors le quotidien américain. Le soutien américain à la stratégie israélienne est loin de ne rien coûter [au président George W.] Bush, et M. Olmert doit comprendre qu'il [ce soutien] ne se maintiendra pas s'il n'a pas la volonté suffisante de vaincre aussi vite que c'est militairement possible.»
Et alors que, selon des responsables israéliens, l'offensive avait atténué les capacités du Hezbollah, cette formation a tout de même tiré plus de 200 roquettes hier, un nombre record, sur des localités du nord d'Israël, dont pour la première fois un secteur à 60 km de la frontière. La police israélienne a fait état d'un mort et de 19 blessés. La distance parcourue par certaines roquettes met à portée des tirs du Hezbollah la région centre d'Israël, particulièrement peuplée du côté du littoral.
Un missile de la milice chiite a également touché pour la première fois la Cisjordanie, tombant dans une zone rurale près de la ville palestinienne de Jenine. Le précédent record du nombre de roquettes tirées en une journée remontait à dimanche, avec un total de 157.
La diplomatie tarde
Au siège de l'ONU à New York, des diplomates ont laissé entendre que les perspectives d'adoption prochaine d'une résolution, prévoyant l'envoi d'une force internationale et un cessez-le-feu «durable», s'étaient améliorées. «Les perspectives d'une adoption prochaine d'une résolution se sont améliorées considérablement», a déclaré l'ambassadeur de la Grande-Bretagne, Emyr Jones Parry.
Mais dans le même temps, une réunion prévue aujourd'hui des contributeurs potentiels à une future force internationale au Liban a été reportée pour la deuxième fois en une semaine, apparemment en raison du boycottage de la France. Paris conditionne l'envoi d'une force internationale au Liban à l'instauration préalable d'un cessez-le-feu, contrairement à Washington. Plus tôt dans la journée, Mme Rice avait réitéré la position de son pays qu'une trêve ne devait pas laisser le Hezbollah avec la capacité de frapper Israël.
Adoptant un ton ferme, le gouvernement israélien a soutenu qu'il n'entendait pas céder à la pression internationale, affirmant qu'il mettra un terme à son offensive contre le Hezbollah une fois que ses objectifs seront atteints, a réaffirmé le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz. «Nous n'allons pas conduire notre opération selon les pressions américaines et européennes, nous allons la mener conformément à nos objectifs», a-t-il déclaré. Le ministre a ajouté que cette opération militaire allait au contraire «tracer le contour diplomatique devant déterminer le futur de la région».
Des gouvernements européens tentent de leur côté d'associer l'Iran et la Syrie, parrains du Hezbollah, à la recherche d'un règlement politique de la crise libanaise en leur reconnaissant un rôle dans la stabilisation régionale. Si Washington, principal allié d'Israël, exclut tout contact à un niveau élevé avec ces deux pays qu'il tient pour des «États parias», les responsables de la diplomatie européenne ne sont tenus par aucun tabou de cet ordre s'ils estiment qu'un dialogue peut contribuer à éteindre les incendies au Proche-Orient.
«Il est clair que le processus de stabilisation au Proche-Orient doit impliquer l'Iran et la Syrie. La politique d'isolation de ces dernières années n'a pas porté ses fruits», a ainsi souligné le ministre italien des Affaires étrangères, Massimo D'Alema, devant une commission parlementaire.
Reste à savoir ce que les Européens ont à proposer d'autre qu'un respect relatif aux Syriens et aux Iraniens pour qu'ils pèsent sur le Hezbollah en vue d'amener les activistes chiites à cesser leurs tirs de roquettes sur Israël et à accepter de désarmer.
La population écope
Loin de la joute politique, la population libanaise continue de payer le prix de l'offensive israélienne, puisqu'au moins 835 personnes — des civils et des militaires — ont été tuées au Liban et plus de 3210 blessées, selon un bilan officiel libanais. Plus de 800 000 personnes ont aussi été forcées de quitter leur domicile et les destructions matérielles s'élèvent déjà à plus de 2,5 milliards de dollars. Côté israélien, 19 civils ont péri dans le nord d'Israël, touché par plus de 2000 roquettes, ainsi que 36 militaires.
Un raid aérien israélien a par ailleurs tué un activiste palestinien et en a blessé deux autres dans le sud de la bande de Gaza, ont rapporté des témoins palestiniens dans la nuit d'hier à aujourd'hui. Les activistes affrontaient une cinquantaine de chars et de véhicules blindés israéliens qui progressaient près de l'aéroport de Rafah, tandis que des soldats fouillaient des maisons, ont précisé les témoins. Israël a tué au moins 155 Palestiniens, dont plus de la moitié sont des civils, dans la bande de Gaza depuis qu'il a lancé une offensive pour faire cesser les tirs de roquettes sur son territoire et obtenir la libération d'un soldat enlevé le 25 juin par des activistes.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Cette escalade est survenue alors que la communauté internationale semblait progresser très lentement vers un règlement de ce conflit, les États-Unis et la France ayant même rapproché leurs positions dans le dossier de l'envoi d'une force internationale. L'administration américaine a d'ailleurs montré des signes d'impatience, la secrétaire d'État Condoleezza Rice souhaitant un cessez-le-feu «dans quelques jours».
Ce à quoi Israël a répondu en intensifiant ses opérations terrestres pour neutraliser la menace du Hezbollah. Alors que le conflit entamait sa quatrième semaine, un commando israélien héliporté a, au cours de la nuit, enlevé cinq membres présumés du Hezbollah et en a tué ou blessé dix autres à Baalbek, selon le général Haloutz. «Nous avons lancé cette opération pour prouver que nous pouvions frapper partout au Liban», a-t-il dit. Le raid a donné lieu à de très violents combats entre des commandos israéliens et le Hezbollah, notamment dans et autour de l'hôpital de Dar Al-Hikma, qui avait été auparavant évacué, selon la milice chiite.
Le mouvement a démenti le rapt de ses membres et qualifié l'opération de «fiasco». Il a aussi nié qu'il s'agisse de combattants du Hezbollah, précisant que l'un d'eux était un épicier âgé de 60 ans. La police libanaise a noté que cinq civils ont été enlevés et 16 tués, dont sept enfants.
Après le raid à Baalbek, dans l'est du Liban, à 100 km de la frontière israélienne, l'opération la plus profonde en territoire libanais depuis le début de l'offensive, le chef d'état-major israélien Dan Haloutz a indiqué que l'armée envisageait de «nouvelles attaques aériennes en profondeur au Liban, surtout dans la région de Beyrouth». Des explosions ont d'ailleurs retenti au cours de la nuit dans la capitale libanaise.
Entre-temps, au Sud-Liban, l'aviation israélienne a mené des raids contre des objectifs du Hezbollah pour appuyer ses unités au sol engagées dans des affrontements violents avec les combattants du parti chiite sur trois axes. Elle a ainsi lancé plusieurs dizaines d'opérations sur la région de Tyr, les bombardements se rapprochant de la ville portuaire dans l'après-midi. Sept civils ont été tués en début de soirée, lors d'un pilonnage aérien, naval et terrestre de cette région, selon la police. L'objectif de l'offensive terrestre israélienne, à laquelle participent pour l'instant 7000 soldats, est de détruire le long de sa frontière les positions du Hezbollah et de mettre ainsi fin aux tirs de roquettes.
Mais l'opération israélienne est déjà un échec, selon plusieurs analystes. Le Wall Street Journal a bien résumé la situation mardi, dans un éditorial. «Les Forces de défense israéliennes ont de toute évidence sous-estimé les moyens du Hezbollah et surestimé leur propre capacité à les affaiblir par voie aérienne, écrivait alors le quotidien américain. Le soutien américain à la stratégie israélienne est loin de ne rien coûter [au président George W.] Bush, et M. Olmert doit comprendre qu'il [ce soutien] ne se maintiendra pas s'il n'a pas la volonté suffisante de vaincre aussi vite que c'est militairement possible.»
Et alors que, selon des responsables israéliens, l'offensive avait atténué les capacités du Hezbollah, cette formation a tout de même tiré plus de 200 roquettes hier, un nombre record, sur des localités du nord d'Israël, dont pour la première fois un secteur à 60 km de la frontière. La police israélienne a fait état d'un mort et de 19 blessés. La distance parcourue par certaines roquettes met à portée des tirs du Hezbollah la région centre d'Israël, particulièrement peuplée du côté du littoral.
Un missile de la milice chiite a également touché pour la première fois la Cisjordanie, tombant dans une zone rurale près de la ville palestinienne de Jenine. Le précédent record du nombre de roquettes tirées en une journée remontait à dimanche, avec un total de 157.
La diplomatie tarde
Au siège de l'ONU à New York, des diplomates ont laissé entendre que les perspectives d'adoption prochaine d'une résolution, prévoyant l'envoi d'une force internationale et un cessez-le-feu «durable», s'étaient améliorées. «Les perspectives d'une adoption prochaine d'une résolution se sont améliorées considérablement», a déclaré l'ambassadeur de la Grande-Bretagne, Emyr Jones Parry.
Mais dans le même temps, une réunion prévue aujourd'hui des contributeurs potentiels à une future force internationale au Liban a été reportée pour la deuxième fois en une semaine, apparemment en raison du boycottage de la France. Paris conditionne l'envoi d'une force internationale au Liban à l'instauration préalable d'un cessez-le-feu, contrairement à Washington. Plus tôt dans la journée, Mme Rice avait réitéré la position de son pays qu'une trêve ne devait pas laisser le Hezbollah avec la capacité de frapper Israël.
Adoptant un ton ferme, le gouvernement israélien a soutenu qu'il n'entendait pas céder à la pression internationale, affirmant qu'il mettra un terme à son offensive contre le Hezbollah une fois que ses objectifs seront atteints, a réaffirmé le ministre israélien de la Défense, Amir Peretz. «Nous n'allons pas conduire notre opération selon les pressions américaines et européennes, nous allons la mener conformément à nos objectifs», a-t-il déclaré. Le ministre a ajouté que cette opération militaire allait au contraire «tracer le contour diplomatique devant déterminer le futur de la région».
Des gouvernements européens tentent de leur côté d'associer l'Iran et la Syrie, parrains du Hezbollah, à la recherche d'un règlement politique de la crise libanaise en leur reconnaissant un rôle dans la stabilisation régionale. Si Washington, principal allié d'Israël, exclut tout contact à un niveau élevé avec ces deux pays qu'il tient pour des «États parias», les responsables de la diplomatie européenne ne sont tenus par aucun tabou de cet ordre s'ils estiment qu'un dialogue peut contribuer à éteindre les incendies au Proche-Orient.
«Il est clair que le processus de stabilisation au Proche-Orient doit impliquer l'Iran et la Syrie. La politique d'isolation de ces dernières années n'a pas porté ses fruits», a ainsi souligné le ministre italien des Affaires étrangères, Massimo D'Alema, devant une commission parlementaire.
Reste à savoir ce que les Européens ont à proposer d'autre qu'un respect relatif aux Syriens et aux Iraniens pour qu'ils pèsent sur le Hezbollah en vue d'amener les activistes chiites à cesser leurs tirs de roquettes sur Israël et à accepter de désarmer.
La population écope
Loin de la joute politique, la population libanaise continue de payer le prix de l'offensive israélienne, puisqu'au moins 835 personnes — des civils et des militaires — ont été tuées au Liban et plus de 3210 blessées, selon un bilan officiel libanais. Plus de 800 000 personnes ont aussi été forcées de quitter leur domicile et les destructions matérielles s'élèvent déjà à plus de 2,5 milliards de dollars. Côté israélien, 19 civils ont péri dans le nord d'Israël, touché par plus de 2000 roquettes, ainsi que 36 militaires.
Un raid aérien israélien a par ailleurs tué un activiste palestinien et en a blessé deux autres dans le sud de la bande de Gaza, ont rapporté des témoins palestiniens dans la nuit d'hier à aujourd'hui. Les activistes affrontaient une cinquantaine de chars et de véhicules blindés israéliens qui progressaient près de l'aéroport de Rafah, tandis que des soldats fouillaient des maisons, ont précisé les témoins. Israël a tué au moins 155 Palestiniens, dont plus de la moitié sont des civils, dans la bande de Gaza depuis qu'il a lancé une offensive pour faire cesser les tirs de roquettes sur son territoire et obtenir la libération d'un soldat enlevé le 25 juin par des activistes.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
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