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Israël reste de glace

Au lendemain du massacre de Cana, l'État hébreu décide d'élargir l'offensive terrestre

Tenant son bébé, cette Libanaise en pleurs est parvenue à fuir à pied la ville de Bint Jbeil, située dans le sud du pays du Cèdre et ravagée par les bombardements intensifs menés par l’armée israélienne. Quelque 800 000 personnes ont déjà d
Photo : Agence Reuters
Tenant son bébé, cette Libanaise en pleurs est parvenue à fuir à pied la ville de Bint Jbeil, située dans le sud du pays du Cèdre et ravagée par les bombardements intensifs menés par l’armée israélienne. Quelque 800 000 personnes ont déjà d
Même si les pressions se sont multipliées hier en faveur d'un cessez-le-feu immédiat au Liban, au lendemain du bombardement meurtrier de Cana par Israël, l'État hébreu a réaffirmé son intention de poursuivre son offensive contre le Hezbollah jusqu'au déploiement d'une force internationale dans le sud du Liban. La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a d'ailleurs affirmé sa «conviction» qu'un «cessez-le-feu urgent» et «un règlement durable» étaient possibles dès cette semaine.

Le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, a pour sa part martelé qu'«il n'y aurait pas de cessez-le-feu dans les prochains jours». «Nous continuons à nous battre», a-t-il répété, ajoutant que le conflit au Liban finirait avec la fin des menaces contre Israël. Et malgré l'annonce faite par Tsahal d'une restriction de ses raids aériens pendant 48 heures, des chasseurs ont pilonné des objectifs au Sud-Liban, en appui à une incursion de soldats dans cette région du pays.

Tôt ce matin, le cabinet de sécurité israélien a encore durci le ton en annonçant qu'il autorisait une opération terrestre de plus grande envergure. Cette offensive pourrait permettre de repousser le Hezbollah au nord du fleuve Litani, à 20 kilomètres de la frontière de l'État hébreu, jusqu'à l'arrivée d'une force de maintien de la paix internationale.

Théâtre d'un intense ballet diplomatique jusqu'ici improductif, l'ONU a pour sa part reporté sine die une réunion convoquée par le secrétaire général Kofi Annan pour discuter du déploiement d'une force internationale au pays du Cèdre. Ce report a mis à mal les espoirs d'un arrêt rapide des affrontements entre Israël et le Hezbollah, qui ont déjà coûté la vie à au moins 750 Libanais et 51 Israéliens. Ce délai supplémentaire a été décidé afin de permettre aux différentes parties concernées d'obtenir davantage de détails sur ce que la communauté internationale compte faire au Liban, a précisé une porte-parole de l'ONU, Marie Okabe. Des diplomates onusiens ont indiqué que la réunion pourrait avoir lieu plus tard cette semaine.

L'ambassadeur américain aux Nations unies, John Bolton, a assuré que ce report n'était dû qu'à des problèmes pratiques. «Cela n'a aucune signification politique», a-t-il affirmé. L'ambassadeur de France, Jean-Marc de La Sablière, a toutefois rappelé que Paris jugeait cette réunion «prématurée». «Il est important d'avoir un accord politique avant que cette force soit déployée», a-t-il dit. Hier, le Conseil de sécurité a seulement approuvé à l'unanimité une prolongation de 30 jours du mandat de la Force intérimaire des Nations unies (FINUL) au Liban, qui compte 2000 hommes. Le ministre libanais des Affaires étrangères par intérim, Tarek Mitri, a cependant demandé l'ouverture d'une enquête internationale sur le drame de Cana, sans succès.

Maintenant leur appui indéfectible à l'action de l'État hébreu, les États-Unis ont à nouveau refusé d'appuyer les appels à un cessez-le-feu immédiat, et le président George W. Bush a réaffirmé qu'il voulait un arrêt durable des violences. Il a ainsi résisté aux pressions qu'exercent ses alliés arabes sur une administration de plus en plus accusée de traîner les pieds pour affaiblir le plus possible le Hezbollah, au mépris des victimes civiles.

Mme Rice «travaille dans l'urgence à un cessez-le-feu viable, un cessez-le-feu qui dure», a déclaré M. Bush lors d'une réunion publique à Miami. «Nous allons travailler avec nos alliés pour présenter devant le Conseil de sécurité des Nations unies une résolution qui mette fin à la violence et jette les bases d'une paix durable», a-t-il dit, répétant du même souffle que l'État hébreu exerçait «son droit à se défendre».

La pression s'intensifie toutefois au sein même de l'appareil politique américain. L'influent sénateur républicain Chuck Hagel a demandé hier au Sénat que le président Bush réclame sans tarder un cessez-le-feu au Liban. «M. le président, les massacres écoeurants qui se produisent des deux côtés [de la frontière entre Israël et le Liban] doivent cesser et cesser maintenant», a dit le sénateur du Nebraska, président de la sous-commission du Sénat pour les affaires économiques et politiques internationales. «Le président [George W.] Bush doit lancer un appel à un cessez-le-feu immédiat», a-t-il affirmé.

De son côté, la France a fait circuler hier un projet de résolution réclamant une cessation immédiate des hostilités, un texte qui a peu de chances d'être voté du fait de l'opposition américaine. D'après ce projet, la force internationale ne peut être déployée qu'une fois le cessez-le-feu conclu. Israël a toutefois répliqué qu'aucune trêve ne sera conclue tant qu'une force internationale ne sera pas en place.

Au cours d'une nouvelle visite au Liban, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a prôné des contacts avec l'Iran, qui, a-t-il dit, «joue un rôle de stabilisation dans la région». Il a d'ailleurs rencontré son homologue iranien, Manouchehr Mottaki, hier. L'Iran est l'un des principaux soutiens des chiites libanais du Hezbollah en guerre contre Israël.

Situation critique pour les Libanais

Le chef du bureau de coordination de l'ONU pour les affaires humanitaires, Jan Egeland, a exhorté Israël à observer une pause de 48 heures hier à compter de minuit dans ses raids au Sud-Liban, en notant que l'ampleur et la durée de la trêve annoncée restaient imprécises. Il a en outre souligné que les tentatives de prise de contact avec les autorités israéliennes étaient restées vaines.

«Nous avons donc 48 heures pour faire parvenir autant de fournitures que possible aux civils et pour évacuer les groupes vulnérables qui veulent s'en aller mais ne peuvent pas le faire, a-t-il dit. C'est une question de vie ou de mort que nous sachions l'étendue, la durée et tous les détails [de la trêve], à la fois pour les Libanais et pour le personnel humanitaire.» Un membre du Conseil de sécurité israélien, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a par ailleurs précisé hier soir que les frappes aériennes sur le Liban reprendraient «avec toute leur force» après l'expiration de la trêve de 48 heures concédée par l'État hébreu.

Les civils ont profité de la suspension partielle des raids aériens pour fuir les villages du sud, tandis que des convois de secours se rendaient sur place pour distribuer de l'aide. Les affrontements sur le terrain se sont toutefois poursuivis et Tsahal a annoncé que des unités avaient effectué une nouvelle incursion au Sud-Liban, dans le secteur d'Aïta al-Chaab, où elles opéraient pour la première fois.

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, Libération et Reuters
 
 
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