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La Corée du Nord posséderait déjà deux bombes nucléaires

Les aveux de Pyongyang provoquent une nouvelle crise internationale

18 octobre 2002  Actualités internationales
Washington - Washington a affirmé hier que la Corée du Nord possédait des armes nucléaires, provoquant ainsi, après l'Irak et la guerre contre le terrorisme, une nouvelle crise internationale.

Mercredi soir, Washington avait affirmé que la Corée du Nord avait admis avoir développé secrètement un programme nucléaire.

La Corée du Nord possède deux armes nucléaires élaborées à partir de plutonium, ont affirmé hier des responsables de l'administration américaine sous le couvert de l'anonymat. «Je crois qu'ils ont un petit nombre d'armes nucléaires», a déclaré pour sa part le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.

Cet aveu est une information «troublante», qui «porte à réfléchir» et appelle une réponse sur le plan diplomatique, a estimé hier un porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan. «Nous allons réagir par les canaux diplomatiques [...] et nous continuons de chercher une solution pacifique», a-t-il ajouté, dénonçant «une violation très grave du traité de non-prolifération nucléaire».

Cet aveu «pose pour la politique étrangère du président Bush un grave défi inattendu», alors qu'il se prépare à une confrontation avec Saddam Hussein, que des milliers de militaires américains sont en Afghanistan et que des attentats sont commis au Yémen et en Indonésie, estimait hier le quotidien Washington Post.

Mais interrogé sur les similarités entre la question nord-coréenne et l'Irak, le porte-parole de la Maison-Blanche a évoqué les propos tenus la semaine dernière à Cincinnati (Ohio) par le président Bush selon lesquels «l'Irak est unique». «L'Irak a envahi et lancé récemment des attaques militaires contre des pays voisins et a montré qu'il était prêt à utiliser des armes de destruction massive», a affirmé Scott McClellan.

Washington maintient quelque 38 000 soldats en Corée du Sud pour parer à toute menace venant du nord.

Les États-Unis ont révélé mercredi soir que le régime stalinien de Kim Jong-il avait admis développer secrètement un programme d'armement nucléaire, en violation d'un accord signé en 1994 qui en prévoyait le gel.

«En raison des inquiétudes sur ce programme, nous ne sommes plus en mesure de poursuivre» un dialogue avec la Corée du Nord, a indiqué un responsable du département d'État.

La reconnaissance par Pyongyang de la poursuite du programme date d'une visite effectuée début octobre en Corée du Nord par le secrétaire d'État adjoint américain chargé de l'Extrême-Orient et du Pacifique, James Kelly, qui prévoit se rendre très prochainement à Séoul et à Tokyo pour discuter de cette crise.

M. Boucher a souligné que Pyongyang avait déclaré considérer l'accord de 1994 comme «caduc», mais il a ajouté que les États-Unis recherchaient «une solution pacifique» à la crise.

L'accord signé en 1994 prévoyait qu'un consortium de pays, conduit par les États-Unis, devait construire avant 2003 deux réacteurs nucléaires à eau légère en Corée du Nord en échange d'un gel des programmes d'armes atomiques par Pyongyang.

À Séoul, on s'interroge sur l'«embellie»

À Séoul, où le fameux match de football de la réunification entre les deux Corées a attiré plus de 60 000 spectateurs le 7 septembre, le gouvernement sud-coréen a réuni un conseil de sécurité extraordinaire mais s'efforce de calmer le jeu alors que la politique de rapprochement ou d'«embellie» apparaît de nouveau comme un jeu de dupes: «Le fait que la Corée du Nord cherche à développer des armes nucléaires est inacceptable», a déclaré un conseiller du président Kim Dae-jung, dont le mandat expire en décembre. «Nous l'exhortons à respecter tous ses accords.» Depuis quelques semaines, le chef de l'État tirait en effet les bénéfices de la reprise du dialogue avec Pyongyang, où il s'était rendu il y a deux ans pour rencontrer le leader Kim Jong-il. Les athlètes nord-coréens aux Jeux asiatiques de Busan, achevés dimanche, ont été ovationnés. Les travaux de reconnection de la voie ferrée Séoul-Pyongyang ont enfin démarré. «Le soleil commençait à briller, et voilà que l'ombre d'un gros champignon atomique bouche l'horizon, ironise un professeur de l'université

Yonsei. Il faut maintenant savoir ce que cachent ces aveux. Depuis quand les Nord-Coréens ont-ils repris leurs recherches? Est-ce que le chantage cache une vraie menace?»

Pour Pyongyang, aux abois sur le plan économique, ce chantage ne peut pas être pris à la légère. Le leader Kim Jong-il a beau avoir promis à plusieurs reprises d'interrompre son programme de missiles balistiques, le savoir-faire nord-coréen en matière de fusées est l'une de ses rares monnaies d'échange pour faire rentrer des devises.

Les experts soulignent aussi que l'Agence internationale pour l'énergie atomique n'a jamais été autorisée à se rendre en Corée du Nord depuis 1993. La quantité d'uranium enrichi à sa disposition demeure donc un mystère.

Promesses d'aide

Reste que cette politique du pire est très risquée car elle remettra en cause, si les renseignements sont confirmés, les quelques acquis du réchauffement récent. Le Japon a promis à la Corée du Nord près de dix milliards de dollars d'aide et devrait les débloquer une fois réglée la question des kidnappés nippons, lors de négociations prévues les 29 et 30 octobre en Malaysia. La Corée du Sud est aussi prête à signer un gros chèque si les travaux de la voie ferrée avancent. Pyongyang, pour l'heure, n'a pas réagi officiellement: «Après de tels aveux, le régime nord-coréen n'a pas d'autre choix que de faire des concessions majeures», prédit, rassurant, un diplomate en poste à Séoul.
 
 
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