Entre soulagement et frustration
Des centaines de ressortissants rentrent au Canada
De longues heures d'attente sous le soleil au port de Beyrouth, une traversée en mer difficile jusqu'en Turquie... Les citoyens canadiens qui sont rentrés du Liban en avaient beaucoup à dire sur l'opération de rapatriement qu'ils venaient de vivre. Premiers ressortissants d'origine libanaise à avoir été évacués et ramenés à bord des avions nolisés par le gouvernement canadien, c'est avec un certain soulagement mais une vive émotion qu'ils ont atterri à l'aéroport Montréal-Trudeau pour rejoindre les leurs.
«On est fatigués mais contents d'être là», a fait savoir Assaad Rizk, à sa sortie de l'aéroport, accompagné de sa femme et de leurs deux fillettes. «Je savais qu'on allait finir par revenir, mais j'avais peur que ce soit long», a confié l'homme qui a immigré au Canada il y a dix ans. Visiblement exténué et soulagé, il a toutefois reconnu avoir eu très peur pour ses enfants. «Je ne voulais pas qu'elles restent marquées par la guerre comme moi j'avais pu l'être, a-t-il dit. Mais comme elles n'ont jamais connu les bombes, elles n'ont pas réalisé ce qui se passait.»
Accueillie chaleureusement par les siens, Siham Kortas, en pleurs, s'en est prise au «silence international» devant les médias. «Comment ça se fait qu'Israël continue de bombarder sans que personne ne fasse rien?», a-t-elle demandé, la voix brisée par l'émotion. Après une attente pénible, assise par terre au port de Beyrouth sous 35 degrés avec sa mère âgée de 85 ans, Mme Kortas s'est finalement embarquée sur un petit bateau turc qui a mis dix heures pour la mener à Adana, en Turquie, avec une escale à Chypre. «On est restés un long moment au beau milieu de la mer parce que l'armée israélienne voulait faire des vérifications. Ils ne voulaient pas nous laisser partir», a-t-elle indiqué.
Une longue traversée qui semble en avoir marqué plus d'un. «Le bateau faisait comme ça, a raconté Lamia Hallak, en agitant vivement la main de haut en bas pour imiter le mouvement des vagues. Mes enfants ont vomi sans arrêt tout au long du voyage», a-t-elle indiqué en précisant qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir été affaiblis par une attente de plus de 24 heures au port de Beyrouth. Ayant envoyé ses enfants de sept et dix ans seuls en vacances dans sa famille à Beyrouth, Mme Hallak a raconté ne pas avoir hésité une seconde pour aller chercher ses fils, dès le premier jour de l'annonce des bombardements. «J'ai mis peu de temps à convaincre mon mari de m'accompagner, et le 15 juillet on a finalement pris l'avion pour le Liban», a-t-elle expliqué. L'aéroport de Beyrouth venant d'être bombardé, leur appareil a été contraint de s'arrêter à Casablanca (Maroc), ne laissant d'autre choix au couple que de se rendre par ses propres moyens à Beyrouth.
Six jours plus tard, visiblement émue d'avoir retrouvé ses rejetons sains et saufs, Lamia Hallak a tenu à remercier les autorités canadiennes qui, selon elle, ont fait de leur mieux dans cette situation de crise. «À partir du moment où on est descendus du bateau, on a été très bien traités. On a pu manger à notre faim et prendre des douches», a-t-elle souligné. Malgré quelques ratés dans l'exécution du plan, Siham Kortas s'est aussi montrée indulgente. «Il y a eu un manque d'organisation, mais elles [les autorités canadiennes] seront meilleures la prochaine fois», a-t-elle avancé en admettant que le gouvernement a néanmoins accompli un travail considérable.
En tout, au cours de la journée d'hier, au moins quatre appareils transportant 1083 Canadiens devraient avoir atterri à Toronto et à Montréal. Près d'une trentaine de vols sont encore attendus dans les prochains jours qui assureront le transport quotidien d'environ 4000 personnes en provenance de Chypre et de la Turquie. À l'aéroport Montréal-Trudeau, la plupart des arrivants étaient accueillis par des membres de leurs familles ou des amis. À peine une quarantaine de personnes, qui n'avaient nulle part où aller, ont nécessité le soutien d'urgence offert par la Croix-Rouge, dont la moitié étaient en transit vers une autre ville du Canada. «Environ une quinzaine de personnes profiteront ce soir d'une nuit à l'hôtel et des bons de commande pour les repas», a souligné Myrian Marotte, porte-parole de la Croix-Rouge, en se disant satisfaite du déroulement de l'opération, laquelle s'est faite dans le calme jusqu'à présent.
Le «sauvetage» de Harper
Peu après 4h hier matin, l'avion du gouvernement du Canada s'est posé à Ottawa avec une centaine de Canadiens à bord en provenance de Larcana, sur l'île de Chypre. Au sortir de l'appareil, le premier ministre Harper a reconnu que, parmi les passagers de l'avion, certains étaient frustrés, d'autres reconnaissants à son égard, mais que tous étaient fatigués.
M. Harper, qui était flanqué de son ministre des Affaires étrangères Peter MacKay lors de sa brève rencontre avec la presse, a ensuite souligné le travail des fonctionnaires canadiens qui oeuvrent au retrait du Liban de leurs concitoyens, malgré les conditions difficiles.
Pour Danielle Al-Halabi, une jeune Canadienne d'origine libanaise rapatriée hier, le plus dur a été de laisser la famille derrière soi. «Comme ils n'ont pas la citoyenneté canadienne, plusieurs membres de ma famille sont restés. C'est déchirant», a-t-elle souligné. Plusieurs Canadiens récemment rapatriés ont exprimé leur inquiétude quant aux autres ressortissants laissés pour compte à l'intérieur du pays, en particulier au Sud-Liban. En ce qui concerne les moyens mis en oeuvre pour leur venir en aide, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que «des efforts spécifiques» étaient déployés, sans toutefois pouvoir donner plus de détails.
Depuis le début des opérations canadiennes, 2500 personnes ont été évacuées, alors que le nombre de ressortissants canadiens au Liban était estimé à 50 000. Plus de 700 Canadiens sont arrivés en Turquie en provenance du Liban et encore 4000 personnes y sont attendues d'ici la fin de la journée. Hier, 850 Canadiens ont monté à bord des navires affrétés par le gouvernement canadien, dont 100 ont été évacués sur un bateau transportant des citoyens américains, a indiqué un porte-parole du gouvernement canadien. «On va continuer l'évacuation jusqu'à ce que tous les Canadiens qui ont manifesté le désir de quitter le Liban soient effectivement partis», a assuré Kim Girtel, du ministère des Affaires étrangères.
«On est fatigués mais contents d'être là», a fait savoir Assaad Rizk, à sa sortie de l'aéroport, accompagné de sa femme et de leurs deux fillettes. «Je savais qu'on allait finir par revenir, mais j'avais peur que ce soit long», a confié l'homme qui a immigré au Canada il y a dix ans. Visiblement exténué et soulagé, il a toutefois reconnu avoir eu très peur pour ses enfants. «Je ne voulais pas qu'elles restent marquées par la guerre comme moi j'avais pu l'être, a-t-il dit. Mais comme elles n'ont jamais connu les bombes, elles n'ont pas réalisé ce qui se passait.»
Accueillie chaleureusement par les siens, Siham Kortas, en pleurs, s'en est prise au «silence international» devant les médias. «Comment ça se fait qu'Israël continue de bombarder sans que personne ne fasse rien?», a-t-elle demandé, la voix brisée par l'émotion. Après une attente pénible, assise par terre au port de Beyrouth sous 35 degrés avec sa mère âgée de 85 ans, Mme Kortas s'est finalement embarquée sur un petit bateau turc qui a mis dix heures pour la mener à Adana, en Turquie, avec une escale à Chypre. «On est restés un long moment au beau milieu de la mer parce que l'armée israélienne voulait faire des vérifications. Ils ne voulaient pas nous laisser partir», a-t-elle indiqué.
Une longue traversée qui semble en avoir marqué plus d'un. «Le bateau faisait comme ça, a raconté Lamia Hallak, en agitant vivement la main de haut en bas pour imiter le mouvement des vagues. Mes enfants ont vomi sans arrêt tout au long du voyage», a-t-elle indiqué en précisant qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir été affaiblis par une attente de plus de 24 heures au port de Beyrouth. Ayant envoyé ses enfants de sept et dix ans seuls en vacances dans sa famille à Beyrouth, Mme Hallak a raconté ne pas avoir hésité une seconde pour aller chercher ses fils, dès le premier jour de l'annonce des bombardements. «J'ai mis peu de temps à convaincre mon mari de m'accompagner, et le 15 juillet on a finalement pris l'avion pour le Liban», a-t-elle expliqué. L'aéroport de Beyrouth venant d'être bombardé, leur appareil a été contraint de s'arrêter à Casablanca (Maroc), ne laissant d'autre choix au couple que de se rendre par ses propres moyens à Beyrouth.
Six jours plus tard, visiblement émue d'avoir retrouvé ses rejetons sains et saufs, Lamia Hallak a tenu à remercier les autorités canadiennes qui, selon elle, ont fait de leur mieux dans cette situation de crise. «À partir du moment où on est descendus du bateau, on a été très bien traités. On a pu manger à notre faim et prendre des douches», a-t-elle souligné. Malgré quelques ratés dans l'exécution du plan, Siham Kortas s'est aussi montrée indulgente. «Il y a eu un manque d'organisation, mais elles [les autorités canadiennes] seront meilleures la prochaine fois», a-t-elle avancé en admettant que le gouvernement a néanmoins accompli un travail considérable.
En tout, au cours de la journée d'hier, au moins quatre appareils transportant 1083 Canadiens devraient avoir atterri à Toronto et à Montréal. Près d'une trentaine de vols sont encore attendus dans les prochains jours qui assureront le transport quotidien d'environ 4000 personnes en provenance de Chypre et de la Turquie. À l'aéroport Montréal-Trudeau, la plupart des arrivants étaient accueillis par des membres de leurs familles ou des amis. À peine une quarantaine de personnes, qui n'avaient nulle part où aller, ont nécessité le soutien d'urgence offert par la Croix-Rouge, dont la moitié étaient en transit vers une autre ville du Canada. «Environ une quinzaine de personnes profiteront ce soir d'une nuit à l'hôtel et des bons de commande pour les repas», a souligné Myrian Marotte, porte-parole de la Croix-Rouge, en se disant satisfaite du déroulement de l'opération, laquelle s'est faite dans le calme jusqu'à présent.
Le «sauvetage» de Harper
Peu après 4h hier matin, l'avion du gouvernement du Canada s'est posé à Ottawa avec une centaine de Canadiens à bord en provenance de Larcana, sur l'île de Chypre. Au sortir de l'appareil, le premier ministre Harper a reconnu que, parmi les passagers de l'avion, certains étaient frustrés, d'autres reconnaissants à son égard, mais que tous étaient fatigués.
M. Harper, qui était flanqué de son ministre des Affaires étrangères Peter MacKay lors de sa brève rencontre avec la presse, a ensuite souligné le travail des fonctionnaires canadiens qui oeuvrent au retrait du Liban de leurs concitoyens, malgré les conditions difficiles.
Pour Danielle Al-Halabi, une jeune Canadienne d'origine libanaise rapatriée hier, le plus dur a été de laisser la famille derrière soi. «Comme ils n'ont pas la citoyenneté canadienne, plusieurs membres de ma famille sont restés. C'est déchirant», a-t-elle souligné. Plusieurs Canadiens récemment rapatriés ont exprimé leur inquiétude quant aux autres ressortissants laissés pour compte à l'intérieur du pays, en particulier au Sud-Liban. En ce qui concerne les moyens mis en oeuvre pour leur venir en aide, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que «des efforts spécifiques» étaient déployés, sans toutefois pouvoir donner plus de détails.
Depuis le début des opérations canadiennes, 2500 personnes ont été évacuées, alors que le nombre de ressortissants canadiens au Liban était estimé à 50 000. Plus de 700 Canadiens sont arrivés en Turquie en provenance du Liban et encore 4000 personnes y sont attendues d'ici la fin de la journée. Hier, 850 Canadiens ont monté à bord des navires affrétés par le gouvernement canadien, dont 100 ont été évacués sur un bateau transportant des citoyens américains, a indiqué un porte-parole du gouvernement canadien. «On va continuer l'évacuation jusqu'à ce que tous les Canadiens qui ont manifesté le désir de quitter le Liban soient effectivement partis», a assuré Kim Girtel, du ministère des Affaires étrangères.
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