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L'armée israélienne massée à la frontière

Israël envisagerait une offensive terrestre; la crise humanitaire s'aggrave au Liban

22 juillet 2006  Actualités internationales
Exténués mais soulagés après une pénible opération de rapatriement, des centaines de Canadiens d’origine libanaise ont vécu de touchantes retrouvailles avec leurs proches qui les attendaient impatiemment à l’aéroport Montréal-Trudeau. Depui
Photo : Jacques Nadeau
Exténués mais soulagés après une pénible opération de rapatriement, des centaines de Canadiens d’origine libanaise ont vécu de touchantes retrouvailles avec leurs proches qui les attendaient impatiemment à l’aéroport Montréal-Trudeau. Depui
Beyrouth — Devant l'efficacité limitée de ses frappes contre le Hezbollah, Israël a mobilisé hier des troupes supplémentaires, faisant craindre une offensive terrestre au Liban, alors que les efforts diplomatiques se multipliaient pour tenter d'établir un cessez-le-feu. Crainte appuyée par le fait qu'Israël, qui a accepté la mise en place d'un couloir humanitaire au Liban, a appelé les habitants à fuir le sud, contrôlé par le Hezbollah.

Dans le même temps, les évacuations d'étrangers vers Chypre — notamment celle de milliers d'Américains — se sont accélérées, mais la situation d'un demi-million de déplacés libanais devient de plus en plus critique, surtout dans le sud du pays.

Les chasseurs-bombardiers israéliens ont pilonné Baalbeck, fief du Hezbollah dans l'est du Liban, tuant quatre civils, et les bombardements israéliens se sont poursuivis dans le sud du pays, où le secteur de Tyr (83 km au sud de Beyrouth) a été touché. Hier soir, deux autres civils, dont une fillette de 11 ans, ont été tués dans des raids nocturnes au Sud-Liban.

Pendant ce temps, de nouvelles salves de roquettes se sont abattues sur le nord d'Israël, dont à Haïfa, la troisième ville du pays, où 19 civils ont été blessés.

L'armée israélienne a annoncé qu'elle renforçait son dispositif militaire le long de sa frontière avec le Liban en mobilisant plusieurs milliers de réservistes. Elle a également multiplié les brèves incursions dans le sud du Liban et fait état d'un accrochage jeudi au cours duquel elle a perdu quatre hommes.

À ce sujet, l'armée israélienne a affirmé être en possession des corps de 13 combattants du Hezbollah tués dans cet accrochage. Elle a ajouté en avoir tué «environ une centaine» depuis le début de l'offensive contre le mouvement chiite alors que le Hezbollah ne reconnaît que 11 morts dans ses rangs.

L'aviation israélienne a de nouveau lâché hier des tracts au Sud-Liban, appelant les habitants des villages situés au sud du fleuve Litani, à 40 km au nord de la frontière avec Israël, «à évacuer leurs localités immédiatement».

Depuis jeudi, les opérations militaires israéliennes au Liban ont pris une nouvelle dimension, avec de violents combats au sol sur la frontière entre les deux pays. Toutefois, la campagne de frappes aériennes se poursuit et, sauf retournement de la situation, il n'est pas certain que Tsahal se prépare à envahir le sud du Liban, comme en 1978 et en 1982. Engager des actions sur une vingtaine de kilomètres à l'intérieur du Liban serait une opération à hauts risques.

Cette solution est pourtant souhaitée par une bonne partie de l'appareil militaire israélien, qui se sent exclu de la guerre en cours. Pour la première fois de son histoire, Tsahal est commandée par un aviateur, le général Dan Halutz. Il met en oeuvre une nouvelle façon de faire la guerre en utilisant essentiellement l'aviation, la marine et l'artillerie. «Les anciennes armes prestigieuses, comme les blindés, les parachutistes ou les forces spéciales, vivent très mal cette situation», indique un expert militaire occidental.

Pour Israël, le Hezbollah s'avère, en tout état de cause, un ennemi coriace. L'objectif de «détruire» le Hezbollah s'éloignerait et il ne s'agirait plus désormais que de «l'handicaper», a d'ailleurs indiqué hier le général israélien Ido Nehushtan, à Haïfa.

Au dixième jour d'un conflit qui a plongé le Liban dans le chaos, Israël et la formation chiite ont répété hier qu'ils étaient déterminés à continuer à en découdre. Israël exige la libération de deux soldats capturés le 12 juillet par le Hezbollah, ainsi que le désarmement de ce mouvement. Pour sa part, celui-ci demande un cessez-le-feu sans condition et des négociations en vue de la libération de centaines de prisonniers libanais. La diplomatie paraît, dans les circonstances, totalement impuissante.

L'État hébreu a accueilli fraîchement les propositions du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, pour un «arrêt immédiat des hostilités», prévoyant la libération des soldats israéliens, une conférence internationale et une force de stabilisation au Liban.

Le Hezbollah les a également rejetées. «La seule chose que nous acceptons est un cessez-le-feu inconditionnel, suivi de négociations indirectes sur l'échange de prisonniers», a déclaré un député du parti chiite, Hussein Haj Hassan.

Le conflit entre Israël et le Hezbollah avait fait hier soir 341 morts au Liban, dont 305 civils, et quelque 1000 blessés, tandis que 33 Israéliens, dont 15 civils, ont été tués. L'ONU a demandé «la pleine coopération» d'Israël pour assurer un accès humanitaire immédiat aux victimes du conflit au Liban. D'autant que, pour l'heure, tous les efforts d'apaisement se sont heurtés à la détermination des belligérants à ne céder sur rien.

Un sommet sur le Liban à Rome

Devant cette situation, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, a annoncé qu'elle quitterait demain les États-Unis pour le Proche-Orient, où elle doit notamment rencontrer le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, mais aussi le président palestinien, Mahmoud Abbas.

Mme Rice se rendra aussi à Rome pour rencontrer les responsables d'un «groupe de contact» sur le Liban. La réunion, dont la date a été fixée à mercredi prochain, le 26 juillet, se tiendra au niveau ministériel avec la participation de ministres occidentaux et des Saoudiens. Les Israéliens devraient également y participer, selon une source gouvernementale italienne.

D'avance, la chef de la diplomatie américaine a de nouveau refusé d'appeler à un cessez-le-feu, estimant qu'une telle approche ne tenait pas compte de ce que Washington considère comme la «racine» du problème, le soutien de la Syrie et de l'Iran au Hezbollah.

En mission à Beyrouth hier, le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a estimé que «la situation [s'était] considérablement dégradée» et a mis en garde contre «une catastrophe», alors que 500 000 Libanais ont dû fuir leurs maisons et ont trouvé refuge dans des abris de fortune.

La visite de M. Douste-Blazy doit être suivie par celles du secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères chargé du Moyen-Orient, Kim Howells, et du ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Les évacuations se poursuivent

Devant la montée des dangers dans un pays qui semblait avoir rompu avec son passé tragique, quelque 4500 Américains ont embarqué pour Chypre à bord de trois navires dépêchés par les États-Unis, sous la protection de marines américains.

Il s'agit de la première mission au Liban des marines depuis un attentat qui avait coûté la vie à 240 d'entre eux en 1983.

L'armée américaine, qui a déjà aidé 4000 Américains à quitter le Liban, poursuivait pour la troisième journée consécutive l'évacuation de ses ressortissants, au nombre de 25 000, souvent binationaux.

Un millier de Français devaient également être évacués hier par le port de Beyrouth, après que 2000 ressortissants français eurent déjà quitté le pays.

Avec Libération
Exténués mais soulagés après une pénible opération de rapatriement, des centaines de Canadiens d’origine libanaise ont vécu de touchantes retrouvailles avec leurs proches qui les attendaient impatiemment à l’aéroport Montréal-Trudeau. Depui Pendant qu’à Montréal et Toronto débarquaient hier des centaines de ressortissants, soulagés d’avoir pu quitter le Liban, l’armée libanaise enterrait dans une fosse commune à Tyr, dans le sud du pays, une centaine de civils tués ces derniers
 
 
 
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