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Liban: la diplomatie s'agite

Kofi Annan réclame l'«arrêt immédiat» des hostilités. Israël déterminé à «exciser le cancer terroriste».

Des journalistes sont allés hier, sous escorte onusienne, constater de visu les dégâts causés par les raids israéliens dans le sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Des quartiers qui étaient il y a moins de deux semaines grouillants d’activités so
Photo : Agence Reuters
Des journalistes sont allés hier, sous escorte onusienne, constater de visu les dégâts causés par les raids israéliens dans le sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Des quartiers qui étaient il y a moins de deux semaines grouillants d’activités so
Les raids de l'aviation israélienne au Liban ont marqué hier une pause relative qui a favorisé les évacuations d'étrangers, rendu plus audibles les appels à l'arrêt des hostilités et entrouvert un espace à la diplomatie.

La chaîne d'information qatarie al-Jazira a fait état de trois militaires israéliens tués et de trois autres blessés dans un affrontement avec le Hezbollah à la frontière entre Israël et le Liban, où deux autres soldats avaient été tués la veille.

Israël a confirmé qu'un engagement sérieux a eu lieu avec les combattants chiites libanais, entraînant huit blessés parmi ses soldats, mais il n'a pas mentionné les trois morts.

L'offensive lancée par Tsahal est essentiellement aérienne, mais des commandos des forces spéciales israéliennes opèrent au nord de la frontière et le ministre de la Défense Amir Peretz n'a pas exclu une opération terrestre si le besoin s'en faisait sentir.

Alors que, selon un ministre israélien, la capacité de frappe du Hezbollah a été réduite de moitié depuis le début de l'offensive israélienne, aucun tir de roquette n'a été signalé hier contre des localités du nord d'Israël, contrairement aux journées précédentes.

Les États-Unis semblent de plus en plus isolés dans leur refus de faire pression sur Israël pour que ce dernier accepte un cessez-le-feu.

Les appels en ce sens se sont multipliés hier, émanant du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, de la France, de la Russie, de l'Arabie Saoudite et du Vatican, tandis que la diplomatie tentait de reprendre le dessus après avoir assisté impuissante à une montée apparemment irrésistible des tensions dans la région.

Mais le branle-bas diplomatique qui a eu lieu au siège de l'ONU hier, à New York, n'est pas près de déboucher sur un cessez-le-feu. Le secrétaire général de l'ONU, qui a rencontré hier soir la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice, a présenté au Conseil de sécurité ses propositions pour une «cessation immédiate des hostilités». Mais les Israéliens, soutenus par les Américains, ne veulent pas d'un cessez-le-feu qui ramènerait au statu quo ante et laisserait le Hezbollah libre de reprendre ses attaques sur les villes du nord d'Israël.

Kofi Annan a bien tenté de présenter un «paquet diplomatique» pour répondre aux objections des États-Unis et d'Israël, proposant «en parallèle» à la fois un cessez-le-feu, une opération humanitaire de grande ampleur, la remise à l'armée libanaise des deux soldats israéliens kidnappés par le Hezbollah et «la transformation ou le renforcement» des forces de l'ONU actuellement présentes au Sud-Liban, ainsi qu'une conférence internationale.

Le premier ministre libanais Fouad Siniora a déclaré hier qu'il n'y avait pas d'issue politique pour le moment à l'affrontement avec Israël, affirmant que les États-Unis «donnaient l'occasion» à l'État hébreu de poursuivre son offensive. Dans une interview avec l'AFP, il a répété qu'il était déterminé à étendre la souveraineté de l'État sur l'ensemble du territoire libanais, mais a souligné que cela ne se ferait pas aux dépens de l'unité nationale.

M. Siniora a indiqué que la délégation de l'ONU qui oeuvrait à un cessez-le-feu n'était pas revenue au Liban car Israël lui a donné une réponse négative. La délégation de l'ONU, qui venait de Beyrouth, s'était rendue mardi en Israël pour étudier les possibilités d'instaurer un cessez-le-feu.

Mais, pour les Israéliens, il faut attendre que soit «excisé le cancer terroriste» pour que la diplomatie entre en scène. L'État hébreu doute que le Hezbollah puisse être désarmé par des moyens diplomatiques, après des années d'inaction de la communauté internationale et en raison du refus des Libanais de servir de garde-frontières à Israël.

Faisant référence aux propos de M. Annan, l'ambassadeur américain à l'ONU s'est pour sa part interrogé sur ce que «"parallèle" pouvait vouloir dire». John Bolton s'est également montré sceptique sur «la viabilité d'un cessez-le-feu avec une organisation terroriste». De fait, Washington est disposé à jouer de toute son influence pour laisser Israël poursuivre ses opérations de démantèlement de l'infrastructure militaire du Hezbollah pendant au moins quelques jours encore, une semaine peut-être, malgré l'indignation internationale suscitée par la catastrophe humanitaire au Liban. Bush a ainsi retardé le départ de Rice dans la région afin de donner du temps aux militaires israéliens.

La secrétaire d'État se rendra au Proche-Orient la semaine prochaine pour favoriser une solution négociée à la crise israélo-libanaise. Le but de sa tournée sera d'«évoquer la situation au plan tactique mais aussi de tenter de s'attaquer aux problèmes de fond et de contribuer à un changement stratégique», a déclaré Sean McCormack, porte-parole du département d'État.

Quelque «500 000 personnes sont touchées par le conflit au Liban, le double bientôt», selon le secrétaire général des Nations unies, qui s'est aussi inquiété de la dégradation de la situation à Gaza. Mais, selon la Maison-Blanche, «c'est le Hezbollah qui est responsable de la crise humanitaire».

Dans ce contexte peu favorable, la France a fait circuler un avant-projet de résolution de «trêve humanitaire», sans grand succès, en raison de l'hostilité américaine. Les négociations butent notamment sur la force internationale qui serait déployée dans le Sud-Liban, à la place ou en complément des 2000 hommes de la Force internationale des Nations unies au Liban (FINUL), qui — une nouvelle fois — a montré, depuis neuf jours, sa totale inutilité.

Dans les couloirs de l'ONU, on évoque le chiffre de 5000 à 10 000 hommes. Mais, dans un entretien au Figaro paru hier, Jean-Marie Guéhenno, le patron du département des opérations de maintien de la paix à l'ONU, a expliqué que «les Européens sollicités pour participer à cette force n'ont pas montré un empressement unanime». Il reste enfin, selon les diplomates des Nations unies, à savoir comment cette force pourrait désarmer le Hezbollah, comme l'exigent plusieurs résolutions. «L'ONU n'est pas équipée pour la coercition», rappelle Guéhenno.

Des marines à Beyrouth

Les puissances occidentales ont activement poursuivi hier l'évacuation vers l'île de Chypre de milliers de leurs ressortissants regroupés à Beyrouth.

Avec l'aide de l'armée libanaise, une quarantaine de marines américains débarqués à l'aube sur une plage proche de la capitale ont ainsi transféré sur un transporteur de la marine américaine la moitié des quelque 1200 ressortissants américains à évacuer.

Sur les 8000 Français qui ont demandé à être évacués, près de 2000 ont déjà quitté le Liban. Dans le sud du pays, une centaine de Français ont pris place hier à bord d'un navire affrété par les Nations unies qui a accosté à Tyr et devait repartir pour Chypre.

Une troisième rotation du ferry grec Iera Petra entre Larnaca et Beyrouth est prévue aujourd'hui, et une quatrième est en cours de programmation.

Deux frégates grecques devaient par ailleurs évacuer 800 ressortissants étrangers, et près de 400 Italiens devraient prendre place à bord d'un navire de guerre italien.

Les Nations unies ont affrété un ferry chypriote d'une capacité de 600 places pour évacuer leur personnel non essentiel et les familles.

Des dizaines de milliers de Libanais et d'étrangers ont également fui le pays en empruntant la route périlleuse qui mène vers la Syrie.

En revanche, ceux qui sont restés au Liban ont pour certains l'impression que le monde les abandonne une seconde fois. Beaucoup de Libanais ont le sentiment qu'on s'intéresse plus aux étrangers qui fuient le Liban qu'aux familles victimes des bombardements, et certains craignent que la situation n'empire après le départ de tous les étrangers.

Olmert bon prince

Le premier ministre israélien Éhoud Olmert a autorisé hier l'entrée de l'aide humanitaire au Liban malgré le blocus imposé à ce pays, ont confirmé des responsables.

«Israël est en contact avec des gouvernements, avec des agences de l'ONU et avec les ONG concernées pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire au Liban», a déclaré le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Mark Regev. «Le peuple libanais n'est pas notre ennemi et nous n'avons pas l'intention d'assister à une catastrophe humanitaire au Liban. Nous collaborons avec la communauté internationale pour trouver des solutions concrètes.»
 
 
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