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Nabatiyé livrée à elle-même

Isolé, le Sud-Liban s'attend au pire

17 juillet 2006  Actualités internationales
Une femme hurle de terreur tandis qu’elle tente de fuir la ville de Nabatiyé.
Photo : Agence Reuters
Une femme hurle de terreur tandis qu’elle tente de fuir la ville de Nabatiyé.
Nabatiyé (Liban) — Hier soir, dans Nabatiyé presque totalement isolée du reste du Liban, la population s'attendait au pire après l'ultimatum israélien demandant aux habitants du Sud-Liban de partir vers le nord, après les tirs de roquettes du Hezbollah sur Haïfa, dans le nord d'Israël.

«Il y a 300 000 personnes encerclées dans la région», explique le maire de la ville, Moustapha Badreddine, dans un français parfait. «Ils [les Israéliens] ont demandé aux gens de partir de chez eux», s'indigne-t-il.

M. Badreddine faisait référence à l'ultimatum lancé par l'État hébreu aux Libanais des villages frontaliers afin de créer une zone tampon pour protéger sa propre population des bombardements du Hezbollah, le parti chiite responsable de l'enlèvement de deux soldats israéliens mercredi dernier et d'attaques contre le territoire israélien.

À quelques kilomètres de Nabatiyé, à Aabba, deux maisons contiguës ont été détruites par un raid aérien israélien. Huit personnes ont été retirées des décombres et les secouristes s'efforçaient avec peu de moyens d'en dégager neuf autres, toujours ensevelies. Le maire a fait état d'une trentaine de personnes tuées depuis mercredi dans la région de Nabatiyé, à 70 km au sud-est de Beyrouth.

Au collège des soeurs antonines, sur les hauteurs de cette ville de 50 000 habitants, plus de 15 familles ont cherché refuge, convaincues qu'elles y seraient plus en sécurité. La correspondante de l'AFP a vu quatre personnes, dont deux jeunes filles, passer le portail avec ce qu'il faut pour dormir.

«Nous avons peur de rester chez nous. Ici, nous serons plus en sécurité», lance un jeune homme, portant trois matelas sur le dos et un seau rempli de victuailles. La veille, un immeuble situé à quelques mètres de là s'est écroulé sous les bombardements tandis que la voie rapide traversant la ville a été bombardée et reste difficilement praticable. «Heureusement, il n'y a pas eu de victimes», dit soeur Lucie, la directrice du collège, «car les habitants de l'immeuble l'avaient évacué».

Les familles sont installées dans la cave de la garderie, grande d'environ 60 m2, mais d'autres écoles de la ville accueillent depuis jeudi des réfugiés venus de villages plus proches de la frontière.

Sur la seule route à peu près sûre qui mène à Nabatiyé à travers les montagnes, des convois de voitures chargées de familles fuient depuis quelques jours vers les zones essentiellement chrétiennes, moins inquiétées, car sans miliciens du parti Hezbollah.

Les villages à majorité chiite traversés par cette route semblaient vides. Chacun restait terré. «Ils [les Israéliens] veulent changer notre vie. Où est la liberté?», s'interroge M. Badreddine, un cardiologue qui a fait ses études à Montpellier (France), élu sur une liste du Hezbollah. «Ils veulent nous briser psychologiquement.»

«Pour l'instant, explique-t-il, nous avons assez de ressources, nourriture et combustible. Mais comme toute les villes assiégées, nous serons à sec» d'ici une quinzaine de jours, juge-t-il.

La solution pour lui, «c'est que l'Europe s'unisse et fasse pression sur l'État hébreu pour qu'il arrête sa politique meurtrière». Avec l'arrivée de la nuit, les explosions se sont un peu tues, mais le son menaçant des chasseurs-bombardiers tournant dans le ciel n'augurait rien de bon.

«Sortez-nous de cet enfer»

À Beyrouth, la peur est aussi vive. D'un immeuble miraculeusement épargné par les raids israéliens surgit un jeune couple accompagné de trois enfants, les traits tirés, les visages noircis par la fumée, implorant: «Sortez-nous de cet enfer. Prenez-nous n'importe où.» «Continuer à vivre ici est au-delà de l'endurance humaine», s'exclame la femme à l'adresse des journalistes. Les rares habitants, hagards, certains en pyjamas, errent dans les rues jonchées de débris et de détritus.

La banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah chiite bombardé par Israël depuis trois jours presque sans discontinuer, s'est réveillée hier frappée de stupeur comme après un tremblement de terre. Des dizaines d'immeubles et plusieurs ponts de cette banlieue ont été détruits par les raids israéliens, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Toute la nuit, les vitres des immeubles du coeur de Beyrouth ont vibré au son des bombardements aériens et des tirs de la marine israélienne, qui croise au large de Beyrouth. Ils ciblaient la banlieue à majorité chiite, situé à 3 km du centre-ville, où vivaient il y a quelques jours encore quelque 500 000 habitants.

Les accès du «périmètre de sécurité» d'un kilomètre carré, délimité par le Hezbollah pour assurer la sécurité de ses dirigeants, ainsi que le bâtiment qui abrite le siège de sa chaîne de télévision, Al-Manar, sont bloqués par les décombres d'immeubles de plusieurs étages détruits par les bombardements aériens et navals.

Le siège d'Al-Manar, un immeuble de dix étages, a été complètement aplati. Une avenue entière, bordée d'une dizaines d'immeubles, a été détruite. Deux immeubles de sept étages à l'entrée du périmètre de sécurité se sont écroulés. Des cendres d'incendies à peine éteints se dégage une fumée âcre.

Les bombardements israéliens ont par ailleurs détruit des ponts et les routes reliant la banlieue sud à la capitale, notamment dans la région de Bir al-Abed.

Des deux côtés de ponts brisés en deux, les bombes israéliennes ont creusé des cratères de plusieurs mètres de diamètre. Des jeunes gens en civil, montés sur des scooters, apparemment des activistes du Hezbollah, s'emploient à donner des ordres. Près d'un demi-million de personnes vivent normalement dans la banlieue sud. Mais une grande partie a déjà fui pour se réfugier dans des quartiers plus sûrs de Beyrouth, dans la montagne ou la plaine de la Bekaa.
 
 
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