Israël pilonne le Liban
Le Hezbollah multiplie en réaction les tirs de roquettes sur le nord israélien pendant que la diplomatie s'efforce de freiner l'escalade
Photo : Agence Reuters
L’aviation israélienne a poursuivi ses raids hier en bombardant à nouveau l’aéroport de Beyrouth, cette fois-ci en prenant pour cible les réservoirs de carburant. Les explosions ont dégagé des nuages de fumée qui ont enveloppé la banlieue sud
Jérusalem et Beyrouth — Israël a multiplié hier les frappes aériennes au Liban, lui imposant un blocus aérien de facto en plus d'un blocus maritime, tandis que le Hezbollah, qui a capturé deux soldats israéliens, continuait de faire pleuvoir ses roquettes dans le nord d'Israël.
Plusieurs villages du Sud-Liban ont été touchés lors de cette flambée de violence, sans précédent sur ce front depuis 1996, quand Tsahal occupait le Sud-Liban. Les attaques de l'armée israélienne y ont déjà provoqué la mort de 52 civils libanais, dont plus de 15 enfants, et 110 personnes ont été blessées.
La nuit dernière, l'aviation israélienne a bombardé à cinq reprises la route internationale Beyrouth-Damas, qui a été coupée à la circulation par les forces libanaises de sécurité, a annoncé la police libanaise.
Les missiles tirés par les chasseurs bombardiers israéliens se sont écrasés sur une vingtaine de km le long de cette route, depuis le centre de villégiature de Sofar, dans la montagne qui surplombe Beyrouth, jusqu'à Chtaura, dans la plaine de la Békaa (est), a-t-on précisé.
Ce raid, le premier dans cette région du Liban depuis le début de l'offensive israélienne mercredi, a également visé un pont sur l'ancienne route Beyrouth-Damas, à la hauteur de Sofar, a ajouté la police, sans faire immédiatement état de victimes.
En réaction, le Hezbollah a multiplié les tirs de roquettes — 85 selon la police — sur vingt localités frontalières, tuant deux civils et faisant quelque 90 blessés, a-t-on appris de source médicale. Les autorités ont ordonné aux habitants vivant en Galilée de se rendre dans des abris.
Plus d'un demi-million de civils israéliens s'apprêtaient ainsi à passer la nuit dans des abris dans la région de Haïfa, de Saint-Jean-d'Acre, de Safed et le long de la frontière avec le Liban, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée.
L'armée israélienne a rapporté que le port d'Haïfa, troisième ville israélienne, avait été touché par deux roquettes, mais le Hezbollah a affirmé ne pas être l'auteur des tirs.
À la demande de Beyrouth, le Conseil de sécurité des Nations unies a convoqué pour aujourd'hui une réunion d'urgence au cours de laquelle Israël et le Liban seront invités à s'exprimer.
Après ces 24 heures de pilonnages mutuels, le gouvernement libanais a réclamé, par la voix du ministre de l'information, Ghazi al Aridi, un «cessez-le-feu global» au Sud-Liban entre Israël et les combattants du Hezbollah.
L'aviation israélienne a néanmoins largué des milliers de tracts sur les faubourgs sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, invitant les habitants à s'éloigner des locaux du mouvement. L'ancien chef du Hezbollah, Abbas Moussaoui, prédécesseur du cheikh Hassan Nasrallah, avait été tué en 1992 par Tsahal.
Blocus
Israël a prévenu hier que son opération au Liban et le blocus aérien et naval seraient de longue durée. «Il ne faut pas voir cela comme une question de jours. Cela va durer longtemps», a déclaré à Reuters le général Amir Eshel, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air israélienne.
« Israël prévoit d'imposer l'isolement du Liban par la mer, par l'espace aérien et par la terre, afin de contraindre le gouvernement de ce pays à prendre ses responsabilités au Sud-Liban, qui est actuellement sous le contrôle du Hezbollah», a rapporté la radio de l'armée israélienne.
Pour la ministre libanaise des Affaires sociales, Nayla Mouawad, c'est tout simplement exiger l'impossible: «Tout le monde sait que l'État libanais ne peut pas désarmer le Hezbollah.»
L'aviation israélienne a tiré hier soir sur des réservoirs de carburant à l'aéroport international de Beyrouth, quinze heures après des raids aériens sur les pistes qui ont entraîné la fermeture des installations.
L'aéroport de Koulayat, dans le nord du pays, et une base militaire près de la frontière syrienne ont déjà été bombardés. Le Liban ne dispose désormais plus d'accès aérien civil ou militaire.
Des navires de guerre israéliens sont entrés dans les eaux territoriales libanaises, et trois pétroliers ont déjà été déroutés.
Trois installations de la télévision du Hezbollah al Manar ont aussi été la cible d'hélicoptères israéliens.
Israël a refusé l'offre du Hezbollah d'échanger les deux soldats enlevés, Ehud Goldwasser, 31 ans, et Eldad Regev, 26 ans, contre des prisonniers palestiniens. L'armée craint désormais que les deux militaires ne soient exfiltrés vers l'Iran.
Réactions diplomatiques
La diplomatie internationale se met en branle pour tenter d'enrayer une escalade aux conséquences incalculables.
Avant l'annonce de la convocation du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a annoncé qu'il dépêchait trois émissaires au Proche-Orient. Ils débuteront leur itinéraire samedi par Le Caire, où les ministres des Affaires étrangères des 22 pays membres de la Ligue arabe ont prévu de se rencontrer pour une réunion de crise.
Le haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, va lui aussi se rendre au Proche-Orient dans les jours à venir.
Le président américain George W. Bush a affirmé qu'Israël avait le droit de se défendre, mais que ses actions ne devaient pas affaiblir le gouvernement libanais.
La Commission européenne a, quant à elle, exprimé son inquiétude face à l'embrasement de la région et appelé à épargner les civils.
Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a, lui, condamné hier «l'acte de guerre disproportionné d'Israël».
Moscou a utilisé le même adjectif pour reprocher à l'État juif de faire un «usage disproportionné de la force entraînant la souffrance des populations civiles».
Mahmoud Abbas et un haut responsable de la sécurité israélienne se sont par ailleurs rencontrés mardi à Amman pour tenter de mettre fin à l'offensive de Tsahal dans la bande de Gaza, a-t-on appris hier de source autorisée palestinienne.
Cette rencontre secrète n'a pas permis d'apaiser l'offensive sur le terrain jusqu'à présent: une frappe aérienne israélienne a détruit hier les bureaux du chef de la diplomatie palestinienne, Mahmoud al Zahar, signe qu'Israël entend poursuivre malgré tout son offensive sur Gaza.
Sur le pont de Damour, reliant Beyrouth aux principales villes côtières du sud, les rares Libanais à avoir oser prendre la route hier matin patientaient sous un soleil de plomb. Dans la nuit, des appareils israéliens avaient bombardé le site. La chaussée a laissé place à un trou béant. Pour traverser, ne demeure qu'un étroit passage de terre qu'empruntent des travailleurs à pied mais aussi des familles de la capitale parties rejoindre leurs proches dans le sud. «J'habite Dahiya, la banlieue de Beyrouth, explique Samir, un graphiste, c'est là que vivent la plupart des cadres du Hezbollah. Hier, quand le parti a capturé deux soldats ennemis nous ne pensions pas que la situation se dégraderait à ce point-là. Mais dès ce matin, les gens ont commencé à se terrer chez eux et finalement, face aux menaces, certains, ont décidé de quitter le quartier.»
D'après Reuters, l'Agence France-Presse et Libération
Plusieurs villages du Sud-Liban ont été touchés lors de cette flambée de violence, sans précédent sur ce front depuis 1996, quand Tsahal occupait le Sud-Liban. Les attaques de l'armée israélienne y ont déjà provoqué la mort de 52 civils libanais, dont plus de 15 enfants, et 110 personnes ont été blessées.
La nuit dernière, l'aviation israélienne a bombardé à cinq reprises la route internationale Beyrouth-Damas, qui a été coupée à la circulation par les forces libanaises de sécurité, a annoncé la police libanaise.
Les missiles tirés par les chasseurs bombardiers israéliens se sont écrasés sur une vingtaine de km le long de cette route, depuis le centre de villégiature de Sofar, dans la montagne qui surplombe Beyrouth, jusqu'à Chtaura, dans la plaine de la Békaa (est), a-t-on précisé.
Ce raid, le premier dans cette région du Liban depuis le début de l'offensive israélienne mercredi, a également visé un pont sur l'ancienne route Beyrouth-Damas, à la hauteur de Sofar, a ajouté la police, sans faire immédiatement état de victimes.
En réaction, le Hezbollah a multiplié les tirs de roquettes — 85 selon la police — sur vingt localités frontalières, tuant deux civils et faisant quelque 90 blessés, a-t-on appris de source médicale. Les autorités ont ordonné aux habitants vivant en Galilée de se rendre dans des abris.
Plus d'un demi-million de civils israéliens s'apprêtaient ainsi à passer la nuit dans des abris dans la région de Haïfa, de Saint-Jean-d'Acre, de Safed et le long de la frontière avec le Liban, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée.
L'armée israélienne a rapporté que le port d'Haïfa, troisième ville israélienne, avait été touché par deux roquettes, mais le Hezbollah a affirmé ne pas être l'auteur des tirs.
À la demande de Beyrouth, le Conseil de sécurité des Nations unies a convoqué pour aujourd'hui une réunion d'urgence au cours de laquelle Israël et le Liban seront invités à s'exprimer.
Après ces 24 heures de pilonnages mutuels, le gouvernement libanais a réclamé, par la voix du ministre de l'information, Ghazi al Aridi, un «cessez-le-feu global» au Sud-Liban entre Israël et les combattants du Hezbollah.
L'aviation israélienne a néanmoins largué des milliers de tracts sur les faubourgs sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, invitant les habitants à s'éloigner des locaux du mouvement. L'ancien chef du Hezbollah, Abbas Moussaoui, prédécesseur du cheikh Hassan Nasrallah, avait été tué en 1992 par Tsahal.
Blocus
Israël a prévenu hier que son opération au Liban et le blocus aérien et naval seraient de longue durée. «Il ne faut pas voir cela comme une question de jours. Cela va durer longtemps», a déclaré à Reuters le général Amir Eshel, chef d'état-major adjoint de l'armée de l'air israélienne.
« Israël prévoit d'imposer l'isolement du Liban par la mer, par l'espace aérien et par la terre, afin de contraindre le gouvernement de ce pays à prendre ses responsabilités au Sud-Liban, qui est actuellement sous le contrôle du Hezbollah», a rapporté la radio de l'armée israélienne.
Pour la ministre libanaise des Affaires sociales, Nayla Mouawad, c'est tout simplement exiger l'impossible: «Tout le monde sait que l'État libanais ne peut pas désarmer le Hezbollah.»
L'aviation israélienne a tiré hier soir sur des réservoirs de carburant à l'aéroport international de Beyrouth, quinze heures après des raids aériens sur les pistes qui ont entraîné la fermeture des installations.
L'aéroport de Koulayat, dans le nord du pays, et une base militaire près de la frontière syrienne ont déjà été bombardés. Le Liban ne dispose désormais plus d'accès aérien civil ou militaire.
Des navires de guerre israéliens sont entrés dans les eaux territoriales libanaises, et trois pétroliers ont déjà été déroutés.
Trois installations de la télévision du Hezbollah al Manar ont aussi été la cible d'hélicoptères israéliens.
Israël a refusé l'offre du Hezbollah d'échanger les deux soldats enlevés, Ehud Goldwasser, 31 ans, et Eldad Regev, 26 ans, contre des prisonniers palestiniens. L'armée craint désormais que les deux militaires ne soient exfiltrés vers l'Iran.
Réactions diplomatiques
La diplomatie internationale se met en branle pour tenter d'enrayer une escalade aux conséquences incalculables.
Avant l'annonce de la convocation du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a annoncé qu'il dépêchait trois émissaires au Proche-Orient. Ils débuteront leur itinéraire samedi par Le Caire, où les ministres des Affaires étrangères des 22 pays membres de la Ligue arabe ont prévu de se rencontrer pour une réunion de crise.
Le haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana, va lui aussi se rendre au Proche-Orient dans les jours à venir.
Le président américain George W. Bush a affirmé qu'Israël avait le droit de se défendre, mais que ses actions ne devaient pas affaiblir le gouvernement libanais.
La Commission européenne a, quant à elle, exprimé son inquiétude face à l'embrasement de la région et appelé à épargner les civils.
Le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy, a, lui, condamné hier «l'acte de guerre disproportionné d'Israël».
Moscou a utilisé le même adjectif pour reprocher à l'État juif de faire un «usage disproportionné de la force entraînant la souffrance des populations civiles».
Mahmoud Abbas et un haut responsable de la sécurité israélienne se sont par ailleurs rencontrés mardi à Amman pour tenter de mettre fin à l'offensive de Tsahal dans la bande de Gaza, a-t-on appris hier de source autorisée palestinienne.
Cette rencontre secrète n'a pas permis d'apaiser l'offensive sur le terrain jusqu'à présent: une frappe aérienne israélienne a détruit hier les bureaux du chef de la diplomatie palestinienne, Mahmoud al Zahar, signe qu'Israël entend poursuivre malgré tout son offensive sur Gaza.
Sur le pont de Damour, reliant Beyrouth aux principales villes côtières du sud, les rares Libanais à avoir oser prendre la route hier matin patientaient sous un soleil de plomb. Dans la nuit, des appareils israéliens avaient bombardé le site. La chaussée a laissé place à un trou béant. Pour traverser, ne demeure qu'un étroit passage de terre qu'empruntent des travailleurs à pied mais aussi des familles de la capitale parties rejoindre leurs proches dans le sud. «J'habite Dahiya, la banlieue de Beyrouth, explique Samir, un graphiste, c'est là que vivent la plupart des cadres du Hezbollah. Hier, quand le parti a capturé deux soldats ennemis nous ne pensions pas que la situation se dégraderait à ce point-là. Mais dès ce matin, les gens ont commencé à se terrer chez eux et finalement, face aux menaces, certains, ont décidé de quitter le quartier.»
D'après Reuters, l'Agence France-Presse et Libération
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