Al-Qaïda décapité en Irak
La mort de Zarqaoui, «un coup dur porté à al-Qaïda», déclare Bush
Photo : Agence France-Presse
De nombreux Irakiens ont fait la fête hier dans les rues de Bagdad après avoir appris la mort d’Abou Moussab al-Zarqaoui, tué dans un raid aérien américain sur une maison près de Baaqouba, au nord de Bagdad.
Un trophée pour George W. Bush. Le chef d'al-Qaïda en Irak, Abou Moussab al-Zarqaoui, a été tué mercredi soir dans un raid aérien américain sur une maison près de Baaqouba, au nord de Bagdad. La nouvelle est tombée hier matin. Question immédiate: quel impact aura l'élimination de cet important leader djihadiste sur la violente rébellion antiaméricaine et sur la guerre civile larvée qui sévit entre sunnites et chiites?
«Un coup dur porté à al-Qaïda», a déclaré le président Bush dans les jardins de la Maison-Blanche. «L'idéologie de la terreur a perdu un de ses chefs les plus visibles et les plus actifs.» Mais M. Bush, que trois ans de guerre irakienne ont coulé dans les sondages, était notablement loin, hier, de faire preuve du triomphalisme qu'il avait affiché en réaction à la capture de Saddam Hussein en décembre 2005. «Il faut s'attendre à ce que les terroristes et les insurgés continuent sans Zarqaoui», a-t-il prévenu. Même réalisme dans la réaction de la part de son fidèle allié, le premier ministre britannique Tony Blair: «Nous ne nous faisons pas d'illusions. Nous savons qu'ils continueront à tuer.»
L'homme de 39 ans, dont la tête avait été mise à prix pour 25 millions $US par Washington, faisait l'objet d'une traque serrée depuis six semaines, en conjonction avec les forces irakiennes. Deux bombes de 250 kilos ont été larguées sur son repaire à 18h15 mercredi, ont fait savoir les autorités militaires américaines à Bagdad. De la maison, il ne reste plus qu'un cratère de béton et de pièces de métal. Avec Zarqaoui ont péri cinq personnes, dont un de ses collaborateurs les plus importants, son conseiller spirituel, Abdel Rahman.
Zarqaoui, sunnite d'origine jordanienne, était un des trois leaders d'al-Qaïda les plus recherchés par les Occidentaux avec Oussama ben Laden et son bras droit, l'Égyptien Ayman Zaouahiri, qui se cacheraient toujours dans les montagnes qui séparent le Pakistan et l'Afghanistan.
Arrivé en Irak après les attentats du 11 septembre 2001 et l'intervention anglo-américaine, il a revendiqué l'attaque contre le siège de l'ONU à Bagdad en août 2003. Il s'est très vite distingué par sa cruauté dans la lutte contre l'occupation américaine et la majorité chiite. Attisant la haine confessionnelle, il a multiplié les attentats contre les civils chiites. C'est lui qui, le premier, a eu recours à la décapitation. Un des vidéos qu'on lui connaît, diffusé en 2004, le montre dans le rôle du bourreau dans la décapitation de Nick Berg, un jeune otage américain de 26 ans.
Zarqaoui a été «identifié grâce à ses empreintes digitales, son visage et ses cicatrices», a indiqué le général George Casey, commandant de la force multinationale en Irak. «Un coup sévère», a déclaré de son côté le général William Caldwell tout en déclarant qu'il fallait s'attendre, en riposte, à de nouvelles attaques au cours des prochains jours. En écho, 35 personnes ont été tuées hier dans quatre attentats contre des quartiers à majorité chiite à Bagdad.
Al-Qaïda a rapidement confirmé par communiqué sur Internet «la mort en martyr» de Zarqaoui, sans oublier d'ajouter que «la mort de nos dirigeants ne fera que renforcer notre détermination à poursuivre le djihad». Dans les quartiers les plus extrémistes, l'élimination de Zarqaoui suscitait hier sur des sites Internet un torrent de commentaires dithyrambiques et vengeurs de nombreux islamistes affirmant à l'envi, en vers comme en prose, que «mille Zarqaoui apparaîtront».
L'armée américaine ne se fait pas non plus d'illusions sur la capacité de l'hydre al-Qaïda à se reformer autour d'un nouveau leader. À Bagdad, le général Casey a ouvertement mentionné le nom de l'Égyptien Abou al-Masri comme successeur vraisemblable, une information par ailleurs reçue avec perplexité au Caire parmi les spécialistes de l'islamisme radical. «Je suis très surpris de la révélation de ce nom, qui n'est qu'un pseudonyme [signifiant en arabe «le père de l'Égyptien»]», a estimé Amr al-Choubaki, chercheur réputé au centre d'al-Arham.
Reste, soulignaient hier les généraux américains, que l'assassinat a été commis grâce «à des renseignements obtenus auprès de hauts responsables de son groupe», signe, selon les experts, que Zarqaoui était devenu matière indésirable dans ses propres rangs. Reste aussi, a prétendu le général Caldwell, fier de l'opération, qu'un «trésor de renseignements» a été découvert dans le repaire de Zarqaoui et que les forces de sécurité allaient maintenant «cibler ceux que nous avons utilisés pour arriver jusqu'à lui».
L'opposition absolue de Zarqaoui à toute réconciliation nationale et la violence avec laquelle il cultivait la haine interconfessionnelle ont fini par lui mettre à dos plusieurs leaders tribaux dans le triangle sunnite. Et ses attentats contre les civils ont fini par inspirer une répulsion considérable. Son ascendant et sa popularité auraient particulièrement souffert du triple attentat suicide qu'il a orchestré en novembre dernier contre trois hôtels d'Amman, en Jordanie, faisant 60 morts. Moins stratège que fou sanguinaire, il n'a jamais été proche de Ben Laden. Il a été durement critiqué par Zaouahiri, l'idéologue d'al-Qaïda, pour avoir ciblé la communauté chiite et avoir eu recours à la décapitation.
Rôle exagéré
Plusieurs soutiennent toutefois qu'on a eu tendance à exagérer le rôle de Zarqaoui dans les violences irakiennes. «Il était tenu pour responsable de tout en Irak par les Américains, qui l'ont diabolisé à des fins de propagande. Mais il n'avait pas autant de contrôle que le prétendaient les États-Unis», estime James Denselow, de l'institut Chatam House, à Londres. «En fait, le conflit devient de plus en plus complexe et de plus en plus difficile à arrêter.»
La plus grande partie de la violence, soulignait hier la BBC en analyse, est le résultat d'un «enchevêtrement complexe de groupes sunnites nationalistes et islamistes, d'anciens supporters baasistes de Saddam Hussein et de milices chiites, sans compter une bonne dose d'actions purement criminelles». Les insurgés emmenés par Zarqaoui ont un poids relatif, soulignent les spécialistes: ils ne sont qu'un groupe parmi la soixantaine qui sévit dans le pays.
Si bien que la rue chiite se réjouissait hier de la mort de Zarqaoui tout en doutant que la disparition du chef terroriste puisse faire baisser le degré de violence dans le pays.
La nouvelle est tombée juste avant l'annonce à Bagdad que la formation du gouvernement irakien avait enfin été complétée, cinq mois après la tenue des élections, avec la nomination de ministres aux postes clés de la Défense et de l'Intérieur. Une coïncidence que certains médias arabes soupçonnaient d'ailleurs d'avoir été orchestrée tant elle était opportune. N'empêche qu'on espère au sein du gouvernement du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, qui a amorcé des discussions avec certains groupes rebelles, que, Zarqaoui évincé, les rivalités entre sunnites et chiites pourront maintenant être apaisées plus facilement.
Avec la BBC, Le Monde et l'Agence France-Presse
«Un coup dur porté à al-Qaïda», a déclaré le président Bush dans les jardins de la Maison-Blanche. «L'idéologie de la terreur a perdu un de ses chefs les plus visibles et les plus actifs.» Mais M. Bush, que trois ans de guerre irakienne ont coulé dans les sondages, était notablement loin, hier, de faire preuve du triomphalisme qu'il avait affiché en réaction à la capture de Saddam Hussein en décembre 2005. «Il faut s'attendre à ce que les terroristes et les insurgés continuent sans Zarqaoui», a-t-il prévenu. Même réalisme dans la réaction de la part de son fidèle allié, le premier ministre britannique Tony Blair: «Nous ne nous faisons pas d'illusions. Nous savons qu'ils continueront à tuer.»
L'homme de 39 ans, dont la tête avait été mise à prix pour 25 millions $US par Washington, faisait l'objet d'une traque serrée depuis six semaines, en conjonction avec les forces irakiennes. Deux bombes de 250 kilos ont été larguées sur son repaire à 18h15 mercredi, ont fait savoir les autorités militaires américaines à Bagdad. De la maison, il ne reste plus qu'un cratère de béton et de pièces de métal. Avec Zarqaoui ont péri cinq personnes, dont un de ses collaborateurs les plus importants, son conseiller spirituel, Abdel Rahman.
Zarqaoui, sunnite d'origine jordanienne, était un des trois leaders d'al-Qaïda les plus recherchés par les Occidentaux avec Oussama ben Laden et son bras droit, l'Égyptien Ayman Zaouahiri, qui se cacheraient toujours dans les montagnes qui séparent le Pakistan et l'Afghanistan.
Arrivé en Irak après les attentats du 11 septembre 2001 et l'intervention anglo-américaine, il a revendiqué l'attaque contre le siège de l'ONU à Bagdad en août 2003. Il s'est très vite distingué par sa cruauté dans la lutte contre l'occupation américaine et la majorité chiite. Attisant la haine confessionnelle, il a multiplié les attentats contre les civils chiites. C'est lui qui, le premier, a eu recours à la décapitation. Un des vidéos qu'on lui connaît, diffusé en 2004, le montre dans le rôle du bourreau dans la décapitation de Nick Berg, un jeune otage américain de 26 ans.
Zarqaoui a été «identifié grâce à ses empreintes digitales, son visage et ses cicatrices», a indiqué le général George Casey, commandant de la force multinationale en Irak. «Un coup sévère», a déclaré de son côté le général William Caldwell tout en déclarant qu'il fallait s'attendre, en riposte, à de nouvelles attaques au cours des prochains jours. En écho, 35 personnes ont été tuées hier dans quatre attentats contre des quartiers à majorité chiite à Bagdad.
Al-Qaïda a rapidement confirmé par communiqué sur Internet «la mort en martyr» de Zarqaoui, sans oublier d'ajouter que «la mort de nos dirigeants ne fera que renforcer notre détermination à poursuivre le djihad». Dans les quartiers les plus extrémistes, l'élimination de Zarqaoui suscitait hier sur des sites Internet un torrent de commentaires dithyrambiques et vengeurs de nombreux islamistes affirmant à l'envi, en vers comme en prose, que «mille Zarqaoui apparaîtront».
L'armée américaine ne se fait pas non plus d'illusions sur la capacité de l'hydre al-Qaïda à se reformer autour d'un nouveau leader. À Bagdad, le général Casey a ouvertement mentionné le nom de l'Égyptien Abou al-Masri comme successeur vraisemblable, une information par ailleurs reçue avec perplexité au Caire parmi les spécialistes de l'islamisme radical. «Je suis très surpris de la révélation de ce nom, qui n'est qu'un pseudonyme [signifiant en arabe «le père de l'Égyptien»]», a estimé Amr al-Choubaki, chercheur réputé au centre d'al-Arham.
Reste, soulignaient hier les généraux américains, que l'assassinat a été commis grâce «à des renseignements obtenus auprès de hauts responsables de son groupe», signe, selon les experts, que Zarqaoui était devenu matière indésirable dans ses propres rangs. Reste aussi, a prétendu le général Caldwell, fier de l'opération, qu'un «trésor de renseignements» a été découvert dans le repaire de Zarqaoui et que les forces de sécurité allaient maintenant «cibler ceux que nous avons utilisés pour arriver jusqu'à lui».
L'opposition absolue de Zarqaoui à toute réconciliation nationale et la violence avec laquelle il cultivait la haine interconfessionnelle ont fini par lui mettre à dos plusieurs leaders tribaux dans le triangle sunnite. Et ses attentats contre les civils ont fini par inspirer une répulsion considérable. Son ascendant et sa popularité auraient particulièrement souffert du triple attentat suicide qu'il a orchestré en novembre dernier contre trois hôtels d'Amman, en Jordanie, faisant 60 morts. Moins stratège que fou sanguinaire, il n'a jamais été proche de Ben Laden. Il a été durement critiqué par Zaouahiri, l'idéologue d'al-Qaïda, pour avoir ciblé la communauté chiite et avoir eu recours à la décapitation.
Rôle exagéré
Plusieurs soutiennent toutefois qu'on a eu tendance à exagérer le rôle de Zarqaoui dans les violences irakiennes. «Il était tenu pour responsable de tout en Irak par les Américains, qui l'ont diabolisé à des fins de propagande. Mais il n'avait pas autant de contrôle que le prétendaient les États-Unis», estime James Denselow, de l'institut Chatam House, à Londres. «En fait, le conflit devient de plus en plus complexe et de plus en plus difficile à arrêter.»
La plus grande partie de la violence, soulignait hier la BBC en analyse, est le résultat d'un «enchevêtrement complexe de groupes sunnites nationalistes et islamistes, d'anciens supporters baasistes de Saddam Hussein et de milices chiites, sans compter une bonne dose d'actions purement criminelles». Les insurgés emmenés par Zarqaoui ont un poids relatif, soulignent les spécialistes: ils ne sont qu'un groupe parmi la soixantaine qui sévit dans le pays.
Si bien que la rue chiite se réjouissait hier de la mort de Zarqaoui tout en doutant que la disparition du chef terroriste puisse faire baisser le degré de violence dans le pays.
La nouvelle est tombée juste avant l'annonce à Bagdad que la formation du gouvernement irakien avait enfin été complétée, cinq mois après la tenue des élections, avec la nomination de ministres aux postes clés de la Défense et de l'Intérieur. Une coïncidence que certains médias arabes soupçonnaient d'ailleurs d'avoir été orchestrée tant elle était opportune. N'empêche qu'on espère au sein du gouvernement du premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, qui a amorcé des discussions avec certains groupes rebelles, que, Zarqaoui évincé, les rivalités entre sunnites et chiites pourront maintenant être apaisées plus facilement.
Avec la BBC, Le Monde et l'Agence France-Presse
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