Nouveau massacre de civils irakiens
Les troupes américaines auraient délibérément tué des civils, dont quatre femmes et cinq enfants
Après le massacre présumé de 24 civils irakiens par des marines à Haditha en novembre 2005, l'armée américaine est de nouveau mise en cause dans la mort de 11 citoyens qui auraient été exécutés par balles le 15 mars dernier à Ishaqi, à 80 kilomètres au nord de Bagdad. Selon un rapport de la police irakienne cité hier par la BBC, les troupes américaines auraient délibérément tué des civils, dont cinq enfants et quatre femmes, avant de fai exploser le bâtiment où ils se trouvaient.
Sur les images obtenues par la chaîne britannique, on aperçoit plusieurs corps, dont ceux de trois enfants. Un des enfants est couvert de sang. Un homme, non identifié, explique devant la caméra que les enfants ont été regroupés dans une pièce. «Après les avoir menottés, ils les ont abattus. Plus tard, ils ont bombardé la maison avec leurs avions. Ils voulaient cacher les preuves. Même un enfant de six mois a été tué. Même les vaches ont été tuées aussi», affirme-t-il. «On dirait que le meurtre de civils irakiens devient un phénomène quotidien», s'est d'ailleurs insurgé hier le président de l'Association irakienne des droits de l'homme, Muayed al-Anbaki, après la diffusion de la vidéo à la télévision irakienne.
Cette bande vidéo contredit totalement la version officielle des événements. Selon les représentants des forces américaines en Irak, au moment des faits, quatre civils irakiens seraient morts après une fusillade impliquant des marines qui recherchaient un militant d'al-Qaïda signalé dans une maison d'Ishaqi. Ces quatre civils seraient morts dans l'écroulement de leur maison, sous l'effet de la fusillade, déclaraient alors les Américains. Selon eux, les quatre victimes étaient un militant présumé d'al-Qaïda ainsi que deux femmes et un enfant.
Le général Donald Campbell a toutefois expliqué hier à Bagdad qu'une enquête avait été ouverte sur les incidents d'Ishaqi, sans préciser son état d'avancement.
«Mais nous ne devons pas tirer des conclusions rapides à chaque incident», a-t-il prévenu. Selon lui, «quand on est engagé sur le terrain contre des combattants ennemis qui ne respectent pas les lois de la guerre, qui commettent des actes indécents, les soldats deviennent stressés, ils prennent peur. Il est très difficile de déterminer, sur ce champ de bataille, qui est combattant et qui est civil». «Dans certains cas, ils sont simplement bouleversés. Ils voient parfois leurs copains se faire tuer et ils peuvent craquer», a ajouté le général. Mais «cela n'excuse pas les actes qui se sont produits, a-t-il insisté. Nous ne pouvons et ne saurons accepter un comportement douteux sur le plan juridique, moral ou éthique».
Réagissant aux accusations portées contre les forces américaines en Irak, la Maison-Blanche a simplement indiqué que le président George W. Bush était «troublé» par celles-ci mais qu'il «soutenait les soldats qui ont combattu avec un courage et une discipline exemplaires en Irak sur une longue période de temps». Ces déclarations rassurantes risquent toutefois d'être insuffisantes puisque l'armée américaine est aux prises depuis maintenant trois ans avec une cascade d'accusations visant ses soldats en Irak. Après les bombardements de civils peu après l'invasion de l'Irak, les mauvais traitements infligés aux prisonniers à la prison d'Abou Ghraïb et les erreurs tragiques qui ont coûté la vie à des dizaines de civils, dont une femme enceinte mercredi, les soupçons pointent désormais vers des massacres de civils sans défense.
«La crédibilité des troupes américaines, mais aussi de la coalition, est quasi inexistante, alors ces nouvelles accusations ne sont rien pour améliorer leur image», a expliqué hier Charles-Philippe David, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal. «Mais surtout, ça semble être une preuve assez accablante que le leadership politique et militaire à Washington sur la question irakienne pense que tout est permis tant que ça reste sous le tapis.» M. David croit aussi que les nouvelles bavures attribuées aux marines démontrent que l'état-major américain n'«avait absolument pas prévu l'après-Saddam Hussein; d'ailleurs, les soldats sont très mal formés pour ce type de guerre, qui se déroule plus sous la forme d'une guérilla». Selon lui, ce manque de préparation augmente le risque de graves erreurs, comme celles alléguées à Haditha et à Ishaqi.
Ces récentes révélations risquent aussi d'attiser davantage la grogne des citoyens américains contre cette intervention militaire. «L'opinion américaine s'est retournée plus rapidement contre son gouvernement dans ce conflit que lors de la guerre du Vietnam», a souligné M. David. Les républicains devraient payer le prix de ce mécontentement aux élections de mi-mandat, en novembre prochain. Déjà, l'impopularité du président Bush atteint des sommets. «Ce sera certainement un enjeu aux élections de mi-mandat mais aussi lors de la présidentielle en 2008. C'est une véritable patate chaude, surtout que le sentiment général est de plus en plus que la guerre est perdue.» On pourrait d'ailleurs assister à une réduction substantielle des troupes en Irak, selon M. David, qui craint que les États-Unis ne finissent par «abandonner l'Irak». Environ 135 000 soldats américains se trouvent en Irak à l'heure actuelle.
Massacre à Haditha?
Par ailleurs, l'enquête administrative ouverte pour faire la lumière sur les événements survenus à Haditha s'annonce explosive. Le général Eldon Bargewell, qui dirige l'investigation, y dénonce le comportement de soldats et d'officiers, qui ont volontairement falsifié les renseignements donnés à leurs supérieurs. Il met en cause l'attitude de ces derniers qui, au mieux, ont fait preuve de négligence. Le général Bargewell, vétéran de la guerre du Vietnam et expert des opérations spéciales, dénonce les dérives et les dysfonctionnements au sein de l'armée sur lesquels s'interrogent bon nombre de parlementaires, notamment démocrates, depuis le scandale déclenché, il y a deux ans, par les tortures pratiquées à la prison d'Abou Ghraïb. Il pose aussi la question de fond: l'armée américaine est-elle capable de mener une occupation et une lutte longue et difficile contre une insurrection dans un pays arabe?
Pressé de corriger le tir, le commandant en chef de la coalition dirigée par les Américains en Irak, le général Peter Chiarelli, a ordonné à ses commandants sur le terrain d'organiser des formations sur la conduite à tenir dans cette guerre et les valeurs à y respecter. Ces formations devront avoir lieu dans les unités d'ici un mois. Chacun des quelque 150 000 soldats de la coalition devra suivre un module de formation de quatre heures sur les règles et l'éthique du combat. Cinq scénarios, notamment un cas où des soldats sont visés par des tirs provenant d'une école ou d'une mosquée, ont été élaborés pour provoquer une discussion entre le formateur et les soldats et essayer, à l'écart du stress du feu, de trouver des façons d'éviter de nouveaux carnages.
Sur le plan judiciaire, un sergent américain, reconnu coupable d'avoir menacé des détenus d'Abou Ghraïb avec un chien non muselé en 2003 et 2004, n'ira pas en prison, a décidé hier un jury militaire. Le sergent Santos Cardona, 32 ans, a été condamné à des travaux forcés pendant 90 jours et rétrogradé dans l'armée tandis que 7200 $ seront prélevés sur son salaire au cours de l'année à venir. Le procès de Cardona était le dernier en date des soldats impliqués dans le scandale des humiliations et mauvais traitements infligés aux prisonniers d'Abou Ghraïb, que le président Bush a décrit la semaine dernière comme la «plus grosse erreur» des Américains en Irak.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters
Sur les images obtenues par la chaîne britannique, on aperçoit plusieurs corps, dont ceux de trois enfants. Un des enfants est couvert de sang. Un homme, non identifié, explique devant la caméra que les enfants ont été regroupés dans une pièce. «Après les avoir menottés, ils les ont abattus. Plus tard, ils ont bombardé la maison avec leurs avions. Ils voulaient cacher les preuves. Même un enfant de six mois a été tué. Même les vaches ont été tuées aussi», affirme-t-il. «On dirait que le meurtre de civils irakiens devient un phénomène quotidien», s'est d'ailleurs insurgé hier le président de l'Association irakienne des droits de l'homme, Muayed al-Anbaki, après la diffusion de la vidéo à la télévision irakienne.
Cette bande vidéo contredit totalement la version officielle des événements. Selon les représentants des forces américaines en Irak, au moment des faits, quatre civils irakiens seraient morts après une fusillade impliquant des marines qui recherchaient un militant d'al-Qaïda signalé dans une maison d'Ishaqi. Ces quatre civils seraient morts dans l'écroulement de leur maison, sous l'effet de la fusillade, déclaraient alors les Américains. Selon eux, les quatre victimes étaient un militant présumé d'al-Qaïda ainsi que deux femmes et un enfant.
Le général Donald Campbell a toutefois expliqué hier à Bagdad qu'une enquête avait été ouverte sur les incidents d'Ishaqi, sans préciser son état d'avancement.
«Mais nous ne devons pas tirer des conclusions rapides à chaque incident», a-t-il prévenu. Selon lui, «quand on est engagé sur le terrain contre des combattants ennemis qui ne respectent pas les lois de la guerre, qui commettent des actes indécents, les soldats deviennent stressés, ils prennent peur. Il est très difficile de déterminer, sur ce champ de bataille, qui est combattant et qui est civil». «Dans certains cas, ils sont simplement bouleversés. Ils voient parfois leurs copains se faire tuer et ils peuvent craquer», a ajouté le général. Mais «cela n'excuse pas les actes qui se sont produits, a-t-il insisté. Nous ne pouvons et ne saurons accepter un comportement douteux sur le plan juridique, moral ou éthique».
Réagissant aux accusations portées contre les forces américaines en Irak, la Maison-Blanche a simplement indiqué que le président George W. Bush était «troublé» par celles-ci mais qu'il «soutenait les soldats qui ont combattu avec un courage et une discipline exemplaires en Irak sur une longue période de temps». Ces déclarations rassurantes risquent toutefois d'être insuffisantes puisque l'armée américaine est aux prises depuis maintenant trois ans avec une cascade d'accusations visant ses soldats en Irak. Après les bombardements de civils peu après l'invasion de l'Irak, les mauvais traitements infligés aux prisonniers à la prison d'Abou Ghraïb et les erreurs tragiques qui ont coûté la vie à des dizaines de civils, dont une femme enceinte mercredi, les soupçons pointent désormais vers des massacres de civils sans défense.
«La crédibilité des troupes américaines, mais aussi de la coalition, est quasi inexistante, alors ces nouvelles accusations ne sont rien pour améliorer leur image», a expliqué hier Charles-Philippe David, professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal. «Mais surtout, ça semble être une preuve assez accablante que le leadership politique et militaire à Washington sur la question irakienne pense que tout est permis tant que ça reste sous le tapis.» M. David croit aussi que les nouvelles bavures attribuées aux marines démontrent que l'état-major américain n'«avait absolument pas prévu l'après-Saddam Hussein; d'ailleurs, les soldats sont très mal formés pour ce type de guerre, qui se déroule plus sous la forme d'une guérilla». Selon lui, ce manque de préparation augmente le risque de graves erreurs, comme celles alléguées à Haditha et à Ishaqi.
Ces récentes révélations risquent aussi d'attiser davantage la grogne des citoyens américains contre cette intervention militaire. «L'opinion américaine s'est retournée plus rapidement contre son gouvernement dans ce conflit que lors de la guerre du Vietnam», a souligné M. David. Les républicains devraient payer le prix de ce mécontentement aux élections de mi-mandat, en novembre prochain. Déjà, l'impopularité du président Bush atteint des sommets. «Ce sera certainement un enjeu aux élections de mi-mandat mais aussi lors de la présidentielle en 2008. C'est une véritable patate chaude, surtout que le sentiment général est de plus en plus que la guerre est perdue.» On pourrait d'ailleurs assister à une réduction substantielle des troupes en Irak, selon M. David, qui craint que les États-Unis ne finissent par «abandonner l'Irak». Environ 135 000 soldats américains se trouvent en Irak à l'heure actuelle.
Massacre à Haditha?
Par ailleurs, l'enquête administrative ouverte pour faire la lumière sur les événements survenus à Haditha s'annonce explosive. Le général Eldon Bargewell, qui dirige l'investigation, y dénonce le comportement de soldats et d'officiers, qui ont volontairement falsifié les renseignements donnés à leurs supérieurs. Il met en cause l'attitude de ces derniers qui, au mieux, ont fait preuve de négligence. Le général Bargewell, vétéran de la guerre du Vietnam et expert des opérations spéciales, dénonce les dérives et les dysfonctionnements au sein de l'armée sur lesquels s'interrogent bon nombre de parlementaires, notamment démocrates, depuis le scandale déclenché, il y a deux ans, par les tortures pratiquées à la prison d'Abou Ghraïb. Il pose aussi la question de fond: l'armée américaine est-elle capable de mener une occupation et une lutte longue et difficile contre une insurrection dans un pays arabe?
Pressé de corriger le tir, le commandant en chef de la coalition dirigée par les Américains en Irak, le général Peter Chiarelli, a ordonné à ses commandants sur le terrain d'organiser des formations sur la conduite à tenir dans cette guerre et les valeurs à y respecter. Ces formations devront avoir lieu dans les unités d'ici un mois. Chacun des quelque 150 000 soldats de la coalition devra suivre un module de formation de quatre heures sur les règles et l'éthique du combat. Cinq scénarios, notamment un cas où des soldats sont visés par des tirs provenant d'une école ou d'une mosquée, ont été élaborés pour provoquer une discussion entre le formateur et les soldats et essayer, à l'écart du stress du feu, de trouver des façons d'éviter de nouveaux carnages.
Sur le plan judiciaire, un sergent américain, reconnu coupable d'avoir menacé des détenus d'Abou Ghraïb avec un chien non muselé en 2003 et 2004, n'ira pas en prison, a décidé hier un jury militaire. Le sergent Santos Cardona, 32 ans, a été condamné à des travaux forcés pendant 90 jours et rétrogradé dans l'armée tandis que 7200 $ seront prélevés sur son salaire au cours de l'année à venir. Le procès de Cardona était le dernier en date des soldats impliqués dans le scandale des humiliations et mauvais traitements infligés aux prisonniers d'Abou Ghraïb, que le président Bush a décrit la semaine dernière comme la «plus grosse erreur» des Américains en Irak.
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press, Le Monde et Reuters
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