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Taylor sera jugé à La Haye

Les Pays-Bas accèdent à la demande du tribunal spécial à certaines conditions

Un Casque bleu de la Mongolie montait la garde hier devant les locaux du tribunal spécial à Freetown, en Sierra Leone.
Photo : Agence Reuters
Un Casque bleu de la Mongolie montait la garde hier devant les locaux du tribunal spécial à Freetown, en Sierra Leone.
Le tribunal spécial pour la Sierra Leone, invoquant des risques pour la stabilité de la région, souhaite juger à La Haye l'ancien président libérien Charles Taylor, détenu depuis mercredi, et les Pays-Bas ont donné hier un accord sous conditions.

Taylor sera toutefois entendu dès aujourd'hui à Freetown, en Sierra Leone, par le tribunal pour dire s'il plaide coupable ou non coupable.

Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a confirmé avoir reçu une demande en ce sens: «Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone a demandé hier au gouvernement néerlandais à pouvoir siéger à La Haye pour le procès de M. Taylor», a dit un porte-parole du ministère, lequel s'est dit ouvert à une coopération avec la Sierra Leone.

À Monrovia, la présidente libérienne, Ellen Johnson-Sirleaf, a elle aussi dit souhaiter que le procès de Taylor ait lieu en dehors de la Sierra Leone, en un lieu comme La Haye. «Nous attendons toujours une résolution du Conseil de sécurité qui permettrait de trouver un lieu de tenue [du procès] au climat plus propice, comme la Cour internationale de La Haye», a-t-elle dit.

Les autorités néerlandaises soulignent aussi qu'il faudra une assise légale permettant au tribunal spécial de siéger à La Haye, comme une résolution du Conseil de sécurité, et ajoutent que Taylor devra quitter les Pays-Bas une fois le verdict rendu.

Le procureur du tribunal spécial basé à Freetown, Desmond de Silva, a déclaré que l'ancien maquisard risque la réclusion à perpétuité mais pas la peine de mort s'il est reconnu coupable de crimes de guerre car il sera jugé en vertu du droit international qui prohibe la peine capitale.

Il devra répondre de 11 chefs d'inculpation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, dont ceux de mutilations et d'esclavage sexuel, accusations qu'il rejette. Il est en outre accusé d'avoir reçu des diamants en échange d'un soutien matériel et militaire aux rebelles.

Si, comme on s'y attend, Taylor plaide non coupable aujourd'hui, l'accusation et la défense devront se préparer au procès, qui ne commencera pas avant plusieurs mois.

Exilé au Nigeria dans le cadre d'un accord de paix conclu en 2003 au Liberia, Taylor échappait depuis près de trois ans à la justice. Ayant disparu lundi de sa résidence au Nigeria, il a été interpellé mercredi alors qu'il tentait de passer au Cameroun. Aussitôt transféré au Liberia, il a été pris en charge par des Casques bleus à son arrivée à Monrovia et conduit à Freetown, où il a été incarcéré à la prison du Tribunal spécial pour la Sierra Leone.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a fait remarquer que l'arrestation et l'incarcération de Taylor dans le pays même qui l'accuse de crimes de guerre sont un signal fort adressé à tous ceux qui violent les droits de l'homme. «Son arrestation et le fait qu'il ait été déféré devant la justice referment un chapitre mais aussi adressent un message fort à la région, montrant que l'impunité n'est plus de mise et que les seigneurs de la guerre doivent rendre des comptes», a-t-il dit.

Des observateurs redoutent que les partisans de celui qui fut un très puissant chef de guerre ne cherchent une nouvelle fois à déstabiliser la région après son arrestation.
 
 
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