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Charles Taylor est retrouvé et écroué en Sierra Leone

L'ancien président du Liberia est sous la garde du tribunal spécial

Charles Taylor en 2003. L’ancien président attendra le début de son procès en prison.
Photo : Agence France-Presse
Charles Taylor en 2003. L’ancien président attendra le début de son procès en prison.
L'ancien président libérien Charles Taylor est désormais à Freetown sous la garde du tribunal spécial jugeant les crimes de guerre commis durant le conflit civil de Sierra Leone, au terme d'une journée où il a été arrêté au Nigeria puis transféré vers la Sierra Leone via le Liberia.

Ce tribunal l'a inculpé en mars 2003 de 17 chefs d'accusation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, mais le nombre de chefs retenus contre lui a depuis lors été ramené à 11 afin de recentrer le procès. Il est notamment poursuivi pour son soutien aux maquisards sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF), qui s'étaient illustrés pendant le conflit (1991-2002) par la pratique du «manches longues - manches courtes», soit l'amputation au niveau de l'épaule ou du coude de civils pris entre deux feux.

Le procès n'aura pas lieu «avant plusieurs mois», a annoncé le procureur Desmond da Silva, qui a précisé que l'ancien président libérien serait présenté très prochainement à un juge.

«Il est temps que Charles Taylor soit jugé devant le tribunal», a déclaré Kanji Daramy, porte-parole du président sierra-léonais Ahmad Tejan Kabbah, dans le complexe comprenant le tribunal et le centre de détention. «Des personnes comme Charles Taylor, qui ont commis des crimes contre ce pays, doivent être jugées par le tribunal spécial», a-t-il estimé.

À la frontière

Âgé de 58 ans, Taylor, qui avait disparu lundi soir de la villa de Calabar où il vivait en exil au Nigeria, a été appréhendé hier au petit matin alors qu'il tentait de fuir au Cameroun voisin. Il a été interpellé au poste-frontière de Gamboru-Ngala alors qu'il voyageait à bord d'un 4X4 porteur de plaques minéralogiques diplomatiques en compagnie d'une femme et d'un petit garçon. D'après les autorités locales, le véhicule transportait une malle bourrée de dollars.

L'ancien maquisard, accusé d'avoir attisé les guerres civiles qui ont déchiré l'Afrique de l'Ouest dans les années 90, vivait en exil au Nigeria depuis son départ de Monrovia, négocié en 2003 pour faciliter le retour de la paix au Liberia au terme de 14 années d'une guerre civile particulièrement sanglante.

À son arrivée hier à l'aéroport de Monrovia, au Liberia, Taylor a été pris en charge par des Casques bleus des Nations unies et un huissier du tribunal spécial pour la Sierra Leone, qui l'ont placé à bord d'un hélicoptère de l'ONU pour Freetown.

Dans la capitale de la Sierra Leone, il a aussitôt été transféré dans un vaste complexe abritant le tribunal spécial pour la Sierra Leone. L'ancien chef de guerre et ancien président est descendu menotté de l'hélicoptère et a été placé dans une cellule de la prison du tribunal, où un haut responsable de la police sierra-léonaise lui a lu l'acte d'inculpation le concernant, a déclaré un diplomate en poste à Freetown.

Demande d'extradition

Le 5 mars, le gouvernement de la nouvelle présidente libérienne Ellen Johnson-Sirleaf avait demandé au Nigeria de livrer Taylor au Tribunal spécial sur les crimes commis pendant la guerre civile en Sierra Leone, créé avec l'aval des Nations unies. Trois semaines après, Abuja répondait que Monrovia était libre de venir le chercher, sans préciser toutefois les modalités et la date de ce transfert.

Quelques heures avant la fuite de Taylor, Johnson-Sirleaf avait émis le souhait que celui-ci soit transféré directement en Sierra Leone pour y être jugé, sans passer par le Liberia.

Aux États-Unis, où il est en visite, le président nigérian Olusegun Obasanjo a estimé que l'arrestation au Nigeria de Charles Taylor et son expulsion lui rendaient justice.

Les ONG des droits de l'homme ont estimé qu'un procès rapide de Taylor enverrait un message fort à travers l'Afrique, où des milliers de personnes ont souffert des dictateurs et des chefs de guerre, a déclaré Corinne Dufka, chef du bureau de Human Rights Watch pour l'Afrique de l'Ouest.
 
 
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