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Un ex-président aux liens ambigus avec Aristide

17 février 2006  Actualités internationales
René Préval
Photo : Agence Reuters
René Préval
Port-au-Prince — L'ex-chef d'État haïtien René Préval, 63 ans, qui a remporté officiellement hier la présidentielle haïtienne, est un ancien premier ministre de Jean-Bertrand Aristide duquel il aurait pris ses distances.

«Je n'ai rien à décider», a répété pendant la campagne électorale cet homme de petite taille et au visage mangé par une barbe blanche, à la question de savoir s'il autoriserait ou non un retour en Haïti d'Aristide, exilé en Afrique du Sud après avoir démissionné en 2004 sous la menace d'une rébellion armée.

Après la chute de la dictature de la famille Duvalier en 1986, René Préval a milité activement dans les organisations populaires et les organismes de défense des droits de l'homme. Il collabore avec le mouvement La famille, c'est la vie et se lie d'amitié avec son fondateur, le prêtre Jean-Bertrand Aristide, qui l'appelle bientôt son frère jumeau.

Le 9 février 1991, il est choisi par le président Aristide comme premier ministre. Sept mois plus tard, un coup d'État militaire (le 30 septembre 1991) renverse ce pouvoir.

La boulangerie créée en 1983 par Préval, serveur dans des restaurants aux États-Unis au début des années 70, est pillée et incendiée. Il se réfugie à l'ambassade de France puis à celle du Mexique. Il quitte Haïti le 29 avril 1992 et rejoint Aristide en exil à Washington.

En 1996, Aristide, rétabli en 1994 en Haïti par une intervention militaire américaine mais qui ne peut en vertu de la Constitution enchaîner un deuxième mandat, laisse sa place à René Préval.

Le soutien est cependant loin d'être franc et massif: Aristide a appelé à voter pour son «jumeau» la veille du scrutin et du bout des lèvres. Préval est élu avec 87,9 % des voix, mais l'abstention dépasse les 70 % du corps électoral.

Les détracteurs du président le qualifient de pion de l'ancien prêtre. Ses partisans assurent que René Préval avait les mains liées et était sous la menace de bandes armées à la solde d'Aristide.

La première présidence Préval montre un homme peu à l'aise dans les hautes sphères du pouvoir. Bon vivant, il n'aime pas lire de longs discours et fuit les protocoles. Les plus démunis l'apprécient car il ne fait pas de promesses. Il crée des écoles, construit des routes et inaugure des places publiques.

En 2001, Aristide reprend son siège de président à la suite d'une élection boycottée par l'opposition.

Près de deux ans après la démission d'Aristide, poussé à l'exil en février 2006 par une rébellion armée, Ti-René, comme l'appelle sa base électorale, a pris ses distances mais sans rupture catégorique: il refuse pour cette nouvelle campagne électorale d'être le candidat officiel du parti Lavalas d'Aristide.

Ses interventions sont limitées et il reste évasif sur le sort d'Aristide: «C'est un adulte, à lui de dire s'il revient ou pas.»

Car pour gagner, René Préval avait besoin d'un soutien massif de la majorité pauvre de la population haïtienne, autrefois acquise à Aristide et dont une partie semble toujours espérer son retour.

Selon l'un de ses proches, René Préval n'a eu aucun contact avec Aristide depuis février 2004.

Né le 17 janvier 1943 dans une famille aisée, René Préval est le fils d'un ancien ministre. Il a une formation en agronomie. Outre le français et le créole, les deux langues officielles en Haïti, il parle l'anglais et l'espagnol. Divorcé, il est père de deux filles.
 
 
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