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Forum social mondial - Caracas aura été éclipsé par Davos

Le forum s'achève sans avoir tranché le débat sur son propre avenir

30 janvier 2006  Actualités internationales
Une femme marche près d’une murale de Caracas qui invite à dire «non à l’impérialisme».
Photo : Agence Reuters
Une femme marche près d’une murale de Caracas qui invite à dire «non à l’impérialisme».
Caracas — Le Forum social mondial (FSM) s'est achevé hier à Caracas après six jours de débats sur la mondialisation, les progrès de la gauche en Amérique latine et la guerre, tiraillé entre le désir de préserver son indépendance et la politisation très forte de cette VIe édition.

Après une première étape à Bamako, au Mali, du 19 au 23 janvier, le FSM, organisé sur trois continents cette année, l'Afrique, l'Amérique et l'Asie, a réuni 70 000 personnes et 5000 journalistes depuis mardi dans la capitale vénézuélienne, et devrait aller à Karachi, au Pakistan, fin mars.

Hier, le volet vénézuélien du rendez-vous altermondialiste, décevant en termes d'affluence — on attendait 120 000 personnes — devait prendre fin avec une cérémonie de «résistance culturelle des peuples» et une possible dernière visite du président du pays, Hugo Chavez. Des «concerts pour la paix» et la lecture d'une «lettre de réponse des Indiens Sioux au président des États-Unis qui leur proposait d'acheter leurs territoires» étaient prévus.

Conçu pour voler la vedette au forum économique de Davos — qui réunit en Suisse chefs d'État et de grandes entreprises — en faisant entendre, aux mêmes dates, la voix des victimes de la mondialisation et en prônant un monde plus juste et plus solidaire, le FSM a plutôt été éclipsé par son rival.

À Davos, les initiatives du patron de Microsoft, Bill Gates, qui a mis 600 millions de dollars sur la table pour combattre la tuberculose, et du chanteur Bono qui a proposé de labelliser les produits des entreprises finançant la lutte contre le sida en Afrique, ont polarisé l'attention des médias.

De son côté, le FSM, souvent accusé de se cantonner à la dénonciation de la mondialisation sans formuler de solution crédible, a semblé donner raison à ses détracteurs en s'achevant sans avoir tranché le débat sur son propre avenir.

Trop politique?

Happé par la politique, et très axé sur le «socialisme du XXIe siècle» d'Hugo Chavez, hôte et bailleur de fonds, il s'est écarté d'une neutralité inscrite dans sa charte, qui proscrit l'expression partisane des hommes politiques ou des parlementaires à sa tribune.

Le président vénézuélien aura été omniprésent, tant dans les nombreux débats évoquant la montée de la gauche en Amérique latine que dans la rue, où une multitude de poupées, tee-shirts, calendriers et autres souvenirs «révolutionnaires» étaient proposés aux participants.

Lors d'une spectaculaire cérémonie «anti-impérialiste» vendredi, point d'orgue du Forum, Hugo Chavez a sommé le mouvement altermondialiste de choisir entre «folklorisation» et «socialisme du XXIe siècle», dans un discours-fleuve prononcé devant 10 000 spectateurs, au son de l'Internationale.

Dans une mise en scène très théâtrale, Hugo Chavez a exalté le régime communiste du président cubain Fidel Castro et a fustigé l'«impérialisme» des États-Unis, aux côtés de la mère d'un soldat américain mort en Irak, Cindy Sheehan, venue au FSM accuser George W. Bush de mener «une guerre terroriste contre le monde». Certains, au forum, ne cachaient pas leur agacement devant cette intrusion.

«À Porto Alegre, il y avait beaucoup plus de discussions, une plus grande diversité des thèmes abordés», estimait hier Roberta Coutinho Chagas, une Brésilienne de 31 ans habituée des forums. À Caracas, «beaucoup d'invités "patriotiques"» étaient «venus soutenir le gouvernement de Chavez», a-t-elle dit, évoquant également une surreprésentation de Cuba, dont 800 délégués étaient présents.
 
 
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