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Les Kosovars se cherchent un nouveau Rugova

Dès samedi soir, les Kosovars sont sortis en masse pour rendre hommage à leur président.
Photo : Agence France-Presse
Dès samedi soir, les Kosovars sont sortis en masse pour rendre hommage à leur président.
Pristina — Au lendemain de la mort d'Ibrahim Rugova, des milliers d'Albanais du Kosovo lui ont rendu hommage hier tandis que leurs représentants politiques se mettaient en quête d'un successeur crédible.

Le président kosovar est mort samedi d'un cancer du poumon à l'âge de 61 ans. Figure charismatique et respectée, il incarnait les aspirations indépendantistes de la majorité albanophone de la province du sud de la Serbie placée sous administration provisoire de l'ONU depuis 1999.

Son décès et l'absence de successeur désigné laissent les Kosovars albanophones sans porte-parole à la veille de l'ouverture de pourparlers directs avec Belgrade sur le statut définitif de la province.

La police a déclaré qu'en début de soirée des dizaines de milliers de personnes avaient défilé en silence devant sa villa à flanc de colline. Le gouvernement a déclaré un deuil officiel de quinze jours et, dans toute la capitale de la province, les drapeaux ont été mis en berne.

Rugova n'avait pas de successeur désigné au sein de sa formation, la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), déchirée par des dissensions, et aucun projet pour le remplacer à la tête de l'équipe de négociateurs du Kosovo n'a été annoncé.

«La question, ce n'est pas son décès en lui-même, mais la lutte politique qui va suivre. Nul n'a été désigné, il n'y a pas de numéro deux naturel, personne qui ait été formé», soulignait samedi soir un diplomate occidental de haut rang.

L'homme politique le plus populaire du Kosovo est désormais l'ancien rebelle et ex-premier ministre Ramush Haradinaj. Mais celui-ci est en liberté sous caution dans l'attente de son procès pour crimes de guerre devant le Tribunal pénal international de La Haye.

L'administrateur civil de l'ONU pour le Kosovo, le Danois Soren Jessen-Petersen, a lancé un appel à l'unité. «Il [Rugova] a consacré sa vie à un Kosovo libre, une vision dont la réalisation se trouve désormais entre vos mains», a-t-il déclaré à l'adresse des dirigeants kosovars lors d'une cérémonie au Parlement.

Appels à l'unité

Rugova, artisan de la résistance passive, intellectuel francophile qui avait fait ses études à la Sorbonne et enseigné la littérature, sera inhumé jeudi, et non mercredi comme annoncé dans un premier temps, à la demande de sa famille. Son corps sera exposé à partir d'aujourd'hui dans l'enceinte du Parlement de Pristina.

Conformément aux dispositions institutionnelles, le président du Parlement, l'Albanais Nexhat Daci, a été nommé président du Kosovo par intérim. Les députés ont trois mois pour trouver un successeur à Rugova, mais les chancelleries occidentales souhaitent accélérer la transition.

L'ouverture des négociations directes avec Belgrade, initialement fixée à mercredi à Vienne, a été reportée à début février. Il faudra bien alors qu'une délégation albanophone soit en mesure de s'asseoir à la table des discussions. «Nous exprimons notre espoir que le Kosovo restera fidèle à l'héritage du président Rugova et que ses dirigeants politiques resteront unis dans la période à venir afin de faire face aux défis qui se présentent», souligne dans un communiqué diffusé hier l'émissaire de l'Union européenne au Kosovo.

En droit, la province de deux millions d'habitants, albanophones à 90 %, fait partie de la Serbie. Mais elle est administrée par les Nations unies depuis la fin, en 1999, de l'intervention militaire de l'OTAN contre les forces serbes accusées de «nettoyage ethnique».

À la fin de l'an dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a donné son feu vert au lancement des négociations sur son statut définitif, que les deux partis abordent avec des positions divergentes: les Kosovars dans leur très grande majorité veulent l'indépendance; Belgrade, qui considère la province comme le berceau de la nation serbe, propose «moins que l'indépendance mais plus que l'autonomie».

Oliver Ivanovic, chef de file de la minorité serbe du Kosovo, a souligné que le décès d'Ibrahim Rugova laissait «un grand vide sur la scène politique» avant d'exprimer sa «crainte» d'une lutte immédiate entre les partis politiques albanais.

De Belgrade, le président serbe Boris Tadic a exprimé ses condoléances et a formé l'espoir que sa mort n'interrompe pas le processus en cours.
 
 
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