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La «colombe» Al Gore réveille les démocrates

26 septembre 2002  International
Washington - Le chef de la majorité démocrate au Sénat américain Tom Daschle a exigé hier que le président George W. Bush présente des excuses au peuple américain pour avoir politisé le débat sur l'Irak en sous-entendant que les démocrates n'étaient pas intéressés par la sécurité des États-Unis.

«C'est scandaleux. Scandaleux», s'est exclamé M. Daschle lors d'une séance au Sénat, contenant à grand-peine sa colère.

«Le président devrait présenter ses excuses au sénateur Daniel Inouye et à tous les anciens combattants qui ont combattu dans chaque guerre et qui sont des démocrates au Sénat des États-Unis. Il devrait présenter ses excuses au peuple américain», a dit M. Daschle.

M. Daschle réagissait à une série de commentaires du secrétaire général de la Maison-Blanche Andrew Card, du vice-président Dick Cheney et de M. Bush lui-même, qui répète depuis une dizaine de jours que le Sénat contrôlé par les démocrates «était davantage intéressé par des intérêts particuliers à Washington que par la sécurité du peuple américain».

Ces propos ne semblaient pas faire référence à l'Irak mais au projet de création d'un superministère de la Sécurité intérieure et au fait que les démocrates veulent limiter ses prérogatives présidentielles en insistant pour que les employés de cette future agence fédérale puissent continuer à être syndiqués.

M. Bush a répondu à un journaliste l'interrogeant pour savoir s'il politisait la guerre en Irak et la lutte contre le terrorisme: «Il s'agit seulement d'une préoccupation légitime de sécurité nationale».

Le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, a plus tard réagi en affirmant que les propos du président Bush, pour lesquels M. Daschle a réclamé des excuses, ne visaient pas directement les démocrates.

«Le président n'a jamais fait référence dans son discours au Sénat contrôlé par les démocrates», a affirmé Ari Fleischer.

Des démocrates libérés

La sortie de M. Daschle survient après celle de l'ancien vice-président américain Al Gore qui a lancé un véritable pavé dans la mare en critiquant lundi la politique du président George W. Bush sur l'Irak, y compris au sein de son parti démocrate.

Hier, le discours sans concession de l'ancien rival malheureux de M. Bush continuait à être débattu à l'envi dans la presse américaine et faisait l'objet d'une poignée d'éditoriaux grinçants. Certains dénonçaient la brutale transformation de M. Gore en colombe, à deux ans de la prochaine élection présidentielle, alors même qu'il faisait jusque là figure de faucon parmi les démocrates.

Lundi, dans un discours à San Francisco, M. Gore a violemment critiqué la politique de George W. Bush vis-à-vis de l'Irak, affirmant qu'elle risquait «de nuire à notre capacité de remporter la guerre contre le terrorisme».

«Notre capacité à obtenir une coopération internationale dans notre guerre contre le terrorisme pourrait être sérieusement affectée en cas d'action unilatérale contre l'Irak», avait-il ajouté.

Il avait également souligné que le capital international de sympathie ayant suivi les attentats du 11 septembre avait depuis été «dilapidé et remplacé par une grande anxiété partout dans le monde, liée non pas à ce que les réseaux terroristes vont faire, mais à ce que nous allons faire».

Ces déclarations n'ont généré que mépris glacé à la Maison-Blanche.

Les propos d'Al Gore ont en tout cas semblé libérer certains démocrates du Congrès, jusque-là extrêmement prudents sur la question irakienne, en raison des échéances électorales législatives du 5 novembre et du soutien de l'opinion publique à M. Bush sur l'Irak. Plusieurs démocrates ont estimé qu'Al Gore avait dit tout haut ce qu'ils pensaient tout bas.

«C'est extrêmement important qu'il rende publiques les inquiétudes» de certains démocrates, a ainsi déclaré la sénatrice de Californie Dianne Feinstein.

D'autres démocrates et commentateurs soulignaient à l'inverse hier le danger de la démarche de M. Gore, tant pour son éventuelle candidature en 2004, que pour son parti avant les législatives. «Ce qui m'inquiète, c'est que [...] le public considère les démocrates comme un parti contre la guerre», expliquait ainsi sous couvert d'anonymat un stratège démocrate dans le New York Times.






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