L'annonce de la ratification de la Constitution irakienne suscite la colère des sunnites
Photo : Agence Reuters
De jeunes policiers irakiens brandissaient leurs armes et le drapeau irakien, hier, à Najaf, au sud de Bagdad, pour saluer la ratification de la Constitution.
Bagdad et Washington — Par près de 79 % des voix, les électeurs irakiens ont ratifié le projet de Constitution qui dote leur pays d'un régime parlementaire et fédéral, mais des responsables sunnites ont qualifié de frauduleux les résultats du référendum du 15 octobre qui ont été publiés hier.
Sur l'ensemble du territoire, le «oui» l'a emporté avec 78,59 % des suffrages, contre 21,41% pour le «non», ont annoncé les responsables de la commission électorale lors d'une conférence de presse.
La participation s'élève à 63 % des inscrits, en hausse par rapport aux élections législatives de janvier, ce qui représente un succès pour les autorités américaines et le gouvernement transitoire irakien, dominé par les Arabes chiites et les Kurdes.
L'issue du référendum a été jugée digne de foi par une représentante des Nations unies en Irak et par les responsables de la commission électorale.
«Le résultat est exact. Il a été vérifié selon les procédures que nous suivons tous lorsque nous avons des élections. Il a été audité, contrôlé. Cela a été véritablement mené de manière très professionnelle», a déclaré Carina Perelli, directrice de la Division de l'assistance électorale de l'ONU, qui s'est exprimé à Bagdad après la publication des résultats.
Des voix se sont toutefois élevées dans la minorité sunnite, écartée du pouvoir après en avoir détenu tous les leviers sous le régime de Saddam Hussein, pour crier à la fraude.
Les sunnites avaient obtenu, dans les jours ayant précédé la consultation, plusieurs amendements au texte visant à contrecarrer, selon eux, les risques de dérives sécessionnistes et de partage inégal des ressources pétrolières.
«Nous savons tous que ce référendum a été une tromperie menée par une commission électorale qui n'est pas indépendante, qui est contrôlée par les occupants américains et qui devrait démissionner avant les élections législatives de décembre», a affirmé hier Hussein al-Falloudji, membre de la délégation sunnite qui a participé à la rédaction du texte.
Plusieurs provinces chiites et kurdes ont approuvé le texte à plus de 95 %. Mais dans la province d'Anbar, où les sunnites sont dominants, le texte qui instaure le fédéralisme a été rejeté par près de 97 % des votants.
Ces disparités illustrent le caractère «multiethnique et multiconfessionnel» de l'Irak que sanctuarise la nouvelle Constitution, même si elle stipule que «l'islam est la religion officielle de l'État et une source principale du droit».
Une autre province, Salahaddine, d'où est originaire Saddam Hussein, a massivement voté «non» (82 %).
Les résultats de ces deux provinces étant déjà publiés, la dernière inconnue portait sur la province de Ninive, où vivent nombre de sunnites et qui aurait pu faire basculer le scrutin.
Les règles référendaires prévoyaient en effet que le projet de Constitution soumis à la ratification des 15 millions d'électeurs irakiens serait rejeté si trois provinces au moins le refusaient à la majorité des deux tiers.
Mais le «non» n'a totalisé que 55 % des voix dans la province de Ninive. Il n'a été majoritaire dans aucune autre des 18 provinces.
Le processus de transition politique devrait donc se poursuivre avec, le 15 décembre, la tenue d'élections législatives qui doteront le pays d'un Parlement pour quatre ans et l'investiture d'un nouveau gouvernement avant la fin de l'année.
Beaucoup dépendra cependant de l'attitude des sunnites. «La politique est directement liée à la sécurité sur le terrain. La situation ne peut qu'empirer», a prévenu hier Hussein al-Falloudji.
Selon un autre représentant sunnite ayant participé à l'élaboration du projet de Constitution, Saleh Moutlak, «la violence n'est pas la seule solution, à condition que la politique offre des solutions [...], mais il n'y a que peu d'espoir que nous puissions obtenir quelque profit que ce soit aux élections de décembre».
Les Américains se félicitent
La Maison-Blanche s'est félicitée hier de l'adoption de la Constitution irakienne, alors que le bilan des soldats américains tués en Irak a atteint le seuil symbolique des 2000 et que plus de la moitié des Américains estiment que la guerre était une erreur.
Le président américain, George W. Bush, a salué le «courage» des électeurs irakiens, tandis que le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan, a évoqué un «jour historique» pour l'Irak.
«Avec leur vote courageux, les Irakiens ont une fois de plus prouvé leur détermination à construire une nation contre l'extrémisme et la violence», a déclaré le président américain dans un discours prononcé devant des épouses de militaires à la base aérienne de Bolling, à Washington.
Il a souligné que «beaucoup plus de sunnites» avaient participé au vote «que lors des élections historiques de janvier», et que «le niveau de violence a été beaucoup plus bas» pour le deuxième scrutin.
À Ottawa, la chef de la diplomatie américaine, Condoleezza Rice, a également souligné l'importance du vote des sunnites, malgré leur opposition à la Constitution, lors d'une conférence de presse commune tenue avec son homologue canadien, Pierre Pettigrew.
«C'est une histoire remarquable. Ils poursuivent leur chemin politique malgré la violence de ceux qui veulent les en empêcher, a-t-elle dit. Ce n'est pas contraire à l'exercice de la démocratie de voter non. L'exercice de la démocratie, c'est de voter, et les sunnites ont exercé leur droit de vote.»
Barre symbolique
Ces déclarations surviennent au moment où les pertes de l'armée américaine ont atteint la barre symbolique et psychologique des 2000 tués depuis le début, en mars 2003, de l'invasion de l'Irak, où les insurgés ont développé une guérilla meurtrière. Le nombre des blessés est bien plus élevé encore, avec 15 220 victimes, selon le site du Pentagone.
Dans son discours prononcé hier, le président américain a remercié les soldats américains engagés en Irak. «Vous comprenez tous que le sacrifice est essentiel pour gagner une guerre, a-t-il dit. Et cette guerre exigera plus de sacrifices, plus de temps et plus de volonté. Les terroristes sont l'ennemi le plus brutal que nous ayons eu à affronter.»
Un nouveau sondage de l'institut Harris Interactive publié hier par le Wall Street Journal montre que plus de la moitié (53 %) des Américains estiment que la guerre en Irak était «une erreur»
«Deux mille militaires américains ont maintenant perdu la vie en Irak. Il est temps de finir cette guerre», a déclaré hier le démocrate James McGovern en séance de la Chambre des représentants.
Au Sénat, le doyen Robert Byrd, l'un des rares à avoir voté contre la guerre il y a trois ans, a également souligné que «c'est un nouveau seuil tragique dans cette guerre, dans laquelle trop de sang a déjà coulé».
Hors du Congrès, l'organisation de gauche «Move On» a annoncé qu'elle organiserait des veillées ce soir à travers tout le pays en hommage aux 2000 militaires morts.
Du côté de la majorité républicaine, le très respecté sénateur John McCain s'en est pris aux responsables exploitant l'occasion pour critiquer l'administration.
Le chiffre de 2000 morts «est un chiffre significatif qui, sans aucun doute, va avoir un retentissement dans l'opinion publique américaine», a affirmé à l'AFP Charles Heyman, un expert en matière de défense rattaché au centre de recherche britannique Jane's Information Group, basée à Londres.
Si les troupes américaines restent en Irak, «il se peut qu'il y ait mille morts de plus l'année prochaine à cette même date», a-t-il estimé.
Mais les insurgés, des membres de l'organisation terroriste al-Qaïda mais aussi des nostalgiques du régime déchu de Saddam Hussein, restent déterminés. Disposant de moyens incomparablement plus limités que la machine de guerre américaine, ils sont engagés dans une guérilla dont la principale arme est l'engin explosif artisanal.
«Les engins explosifs sont devenus très efficaces contre tous les types de véhicules blindés, a ajouté Charles Heyman. Ce n'est pas une technologie avancée, mais c'est facile à fabriquer et facile à utiliser.»
Reste que ce sont les Irakiens eux-mêmes qui payent le plus lourd tribut. Depuis le 1er janvier 2005, 4373 Irakiens (3015 civils, 970 policiers et 388 soldats) sont morts dans les actes de violence commis dans le pays, selon les statistiques obtenues mensuellement par l'AFP auprès des ministères de la Santé, de l'Intérieur et de la Défense irakiens.
Et selon le site www.iraqbodycount.net, qui recense le nombre des civils tués en Irak à partir des informations de presse, ce sont de 26 690 à 30 051 personnes qui sont mortes depuis mars 2003.
Revendication
Enfin, la branche irakienne d'al-Qaïda, dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, a revendiqué hier sur Internet le triple attentat suicide commis la veille contre des hôtels à Bagdad, qui a fait 17 morts.
Les attentats ont visé les hôtels Sheraton, Palestine et Sadir, habités par de nombreux journalistes et ressortissants étrangers travaillant à Bagdad.
Le groupe de Zarqaoui a revendiqué de nombreux attentats meurtriers et la décapitation d'otages. L'armée américaine a mis la tête de Zarqaoui à prix pour 25 millions de dollars.
La violence a continué hier. Au moins 35 Irakiens ont été tués dans des attaques.
Sur l'ensemble du territoire, le «oui» l'a emporté avec 78,59 % des suffrages, contre 21,41% pour le «non», ont annoncé les responsables de la commission électorale lors d'une conférence de presse.
La participation s'élève à 63 % des inscrits, en hausse par rapport aux élections législatives de janvier, ce qui représente un succès pour les autorités américaines et le gouvernement transitoire irakien, dominé par les Arabes chiites et les Kurdes.
L'issue du référendum a été jugée digne de foi par une représentante des Nations unies en Irak et par les responsables de la commission électorale.
«Le résultat est exact. Il a été vérifié selon les procédures que nous suivons tous lorsque nous avons des élections. Il a été audité, contrôlé. Cela a été véritablement mené de manière très professionnelle», a déclaré Carina Perelli, directrice de la Division de l'assistance électorale de l'ONU, qui s'est exprimé à Bagdad après la publication des résultats.
Des voix se sont toutefois élevées dans la minorité sunnite, écartée du pouvoir après en avoir détenu tous les leviers sous le régime de Saddam Hussein, pour crier à la fraude.
Les sunnites avaient obtenu, dans les jours ayant précédé la consultation, plusieurs amendements au texte visant à contrecarrer, selon eux, les risques de dérives sécessionnistes et de partage inégal des ressources pétrolières.
«Nous savons tous que ce référendum a été une tromperie menée par une commission électorale qui n'est pas indépendante, qui est contrôlée par les occupants américains et qui devrait démissionner avant les élections législatives de décembre», a affirmé hier Hussein al-Falloudji, membre de la délégation sunnite qui a participé à la rédaction du texte.
Plusieurs provinces chiites et kurdes ont approuvé le texte à plus de 95 %. Mais dans la province d'Anbar, où les sunnites sont dominants, le texte qui instaure le fédéralisme a été rejeté par près de 97 % des votants.
Ces disparités illustrent le caractère «multiethnique et multiconfessionnel» de l'Irak que sanctuarise la nouvelle Constitution, même si elle stipule que «l'islam est la religion officielle de l'État et une source principale du droit».
Une autre province, Salahaddine, d'où est originaire Saddam Hussein, a massivement voté «non» (82 %).
Les résultats de ces deux provinces étant déjà publiés, la dernière inconnue portait sur la province de Ninive, où vivent nombre de sunnites et qui aurait pu faire basculer le scrutin.
Les règles référendaires prévoyaient en effet que le projet de Constitution soumis à la ratification des 15 millions d'électeurs irakiens serait rejeté si trois provinces au moins le refusaient à la majorité des deux tiers.
Mais le «non» n'a totalisé que 55 % des voix dans la province de Ninive. Il n'a été majoritaire dans aucune autre des 18 provinces.
Le processus de transition politique devrait donc se poursuivre avec, le 15 décembre, la tenue d'élections législatives qui doteront le pays d'un Parlement pour quatre ans et l'investiture d'un nouveau gouvernement avant la fin de l'année.
Beaucoup dépendra cependant de l'attitude des sunnites. «La politique est directement liée à la sécurité sur le terrain. La situation ne peut qu'empirer», a prévenu hier Hussein al-Falloudji.
Selon un autre représentant sunnite ayant participé à l'élaboration du projet de Constitution, Saleh Moutlak, «la violence n'est pas la seule solution, à condition que la politique offre des solutions [...], mais il n'y a que peu d'espoir que nous puissions obtenir quelque profit que ce soit aux élections de décembre».
Les Américains se félicitent
La Maison-Blanche s'est félicitée hier de l'adoption de la Constitution irakienne, alors que le bilan des soldats américains tués en Irak a atteint le seuil symbolique des 2000 et que plus de la moitié des Américains estiment que la guerre était une erreur.
Le président américain, George W. Bush, a salué le «courage» des électeurs irakiens, tandis que le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan, a évoqué un «jour historique» pour l'Irak.
«Avec leur vote courageux, les Irakiens ont une fois de plus prouvé leur détermination à construire une nation contre l'extrémisme et la violence», a déclaré le président américain dans un discours prononcé devant des épouses de militaires à la base aérienne de Bolling, à Washington.
Il a souligné que «beaucoup plus de sunnites» avaient participé au vote «que lors des élections historiques de janvier», et que «le niveau de violence a été beaucoup plus bas» pour le deuxième scrutin.
À Ottawa, la chef de la diplomatie américaine, Condoleezza Rice, a également souligné l'importance du vote des sunnites, malgré leur opposition à la Constitution, lors d'une conférence de presse commune tenue avec son homologue canadien, Pierre Pettigrew.
«C'est une histoire remarquable. Ils poursuivent leur chemin politique malgré la violence de ceux qui veulent les en empêcher, a-t-elle dit. Ce n'est pas contraire à l'exercice de la démocratie de voter non. L'exercice de la démocratie, c'est de voter, et les sunnites ont exercé leur droit de vote.»
Barre symbolique
Ces déclarations surviennent au moment où les pertes de l'armée américaine ont atteint la barre symbolique et psychologique des 2000 tués depuis le début, en mars 2003, de l'invasion de l'Irak, où les insurgés ont développé une guérilla meurtrière. Le nombre des blessés est bien plus élevé encore, avec 15 220 victimes, selon le site du Pentagone.
Dans son discours prononcé hier, le président américain a remercié les soldats américains engagés en Irak. «Vous comprenez tous que le sacrifice est essentiel pour gagner une guerre, a-t-il dit. Et cette guerre exigera plus de sacrifices, plus de temps et plus de volonté. Les terroristes sont l'ennemi le plus brutal que nous ayons eu à affronter.»
Un nouveau sondage de l'institut Harris Interactive publié hier par le Wall Street Journal montre que plus de la moitié (53 %) des Américains estiment que la guerre en Irak était «une erreur»
«Deux mille militaires américains ont maintenant perdu la vie en Irak. Il est temps de finir cette guerre», a déclaré hier le démocrate James McGovern en séance de la Chambre des représentants.
Au Sénat, le doyen Robert Byrd, l'un des rares à avoir voté contre la guerre il y a trois ans, a également souligné que «c'est un nouveau seuil tragique dans cette guerre, dans laquelle trop de sang a déjà coulé».
Hors du Congrès, l'organisation de gauche «Move On» a annoncé qu'elle organiserait des veillées ce soir à travers tout le pays en hommage aux 2000 militaires morts.
Du côté de la majorité républicaine, le très respecté sénateur John McCain s'en est pris aux responsables exploitant l'occasion pour critiquer l'administration.
Le chiffre de 2000 morts «est un chiffre significatif qui, sans aucun doute, va avoir un retentissement dans l'opinion publique américaine», a affirmé à l'AFP Charles Heyman, un expert en matière de défense rattaché au centre de recherche britannique Jane's Information Group, basée à Londres.
Si les troupes américaines restent en Irak, «il se peut qu'il y ait mille morts de plus l'année prochaine à cette même date», a-t-il estimé.
Mais les insurgés, des membres de l'organisation terroriste al-Qaïda mais aussi des nostalgiques du régime déchu de Saddam Hussein, restent déterminés. Disposant de moyens incomparablement plus limités que la machine de guerre américaine, ils sont engagés dans une guérilla dont la principale arme est l'engin explosif artisanal.
«Les engins explosifs sont devenus très efficaces contre tous les types de véhicules blindés, a ajouté Charles Heyman. Ce n'est pas une technologie avancée, mais c'est facile à fabriquer et facile à utiliser.»
Reste que ce sont les Irakiens eux-mêmes qui payent le plus lourd tribut. Depuis le 1er janvier 2005, 4373 Irakiens (3015 civils, 970 policiers et 388 soldats) sont morts dans les actes de violence commis dans le pays, selon les statistiques obtenues mensuellement par l'AFP auprès des ministères de la Santé, de l'Intérieur et de la Défense irakiens.
Et selon le site www.iraqbodycount.net, qui recense le nombre des civils tués en Irak à partir des informations de presse, ce sont de 26 690 à 30 051 personnes qui sont mortes depuis mars 2003.
Revendication
Enfin, la branche irakienne d'al-Qaïda, dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, a revendiqué hier sur Internet le triple attentat suicide commis la veille contre des hôtels à Bagdad, qui a fait 17 morts.
Les attentats ont visé les hôtels Sheraton, Palestine et Sadir, habités par de nombreux journalistes et ressortissants étrangers travaillant à Bagdad.
Le groupe de Zarqaoui a revendiqué de nombreux attentats meurtriers et la décapitation d'otages. L'armée américaine a mis la tête de Zarqaoui à prix pour 25 millions de dollars.
La violence a continué hier. Au moins 35 Irakiens ont été tués dans des attaques.
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