«La balle est dans le camp de l'Irak»
13 septembre 2002
International
Photo : Agence Reuters
Une dernière chance au processus onusien.
Maintenant que les États-Unis ont accepté de donner une dernière chance au processus onusien pour régler le dossier de l'Irak, le Canada estime que c'est maintenant au tour de Saddam Hussein d'agir dans le bon sens.
«La balle est dans le camp de l'Irak, maintenant», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham. «L'Irak doit de nouveau accepter les inspecteurs sur son territoire. Je rencontrerai le ministre des Affaires étrangères irakien lundi après-midi, et mon conseil sera celui-ci: "Ouvrez la porte immédiatement. C'est maintenant le temps. Vous devez montrer à la face du monde que vous n'êtes pas un danger, parce que la communauté internationale est inquiète pour sa paix et sa sécurité, et c'est à cause de vous et de votre incapacité à démontrer que vous n'avez pas d'armes de destruction massive. Vous devez le faire, et vous devez le faire bientôt."»
M. Graham s'est félicité de ce que les États-Unis se soient montrés sensibles à l'opinion de leurs alliés qui lui demandaient presque tous de ne pas agir unilatéralement par la force mais plutôt de respecter le droit et d'agir au sein des instances internationales. «C'est une déclaration très positive, a commenté M. Graham. Nous sommes très contents que les États-Unis aient confiance en cette organisation pour régler cette question.» Prenant la parole devant les Nations unies, comme l'avait fait le président américain George W. Bush en matinée, M. Graham a ajouté que la crise actuelle constitue une occasion de renforcer les institutions internationales. «Il nous revient aussi de nous assurer que nos institutions internationales émergeront renforcées et fortifiées de cette crise.»
La critique bloquiste en matière d'affaires étrangères, Francine Lalonde, voudrait maintenant que le Canada agisse en tant que «facilitateur» pour retourner les inspecteurs en Irak, une proposition qu'elle fera d'ailleurs lundi en comité de la Chambre des communes. «Il faut avoir l'assurance de l'Irak que les inspecteurs pourront faire tout leur travail, c'est-à-dire aller partout où c'est nécessaire, mais aussi assurer l'Irak que les inspecteurs ne feront que leur travail», a dit Mme Lalonde.
Elle s'est expliquée en rappelant le témoignage de l'ancien inspecteur Scott Ritter devant le comité des Affaires étrangères le printemps dernier. M. Ritter avait alors souligné que les inspecteurs avaient quitté l'Irak en 1998 à la demande non pas de Bagdad mais des États-Unis, qui préparaient un raid sur la base d'informations glanées par les inspecteurs. D'où l'opposition irakienne à leur retour. Selon Mme Lalonde, il faut résoudre ces deux problèmes en même temps et «le Canada peut jouer un rôle constructif en ce sens».
À la défense de Chrétien
Par ailleurs, M. Graham s'est porté à la défense du premier ministre Jean Chrétien pour des déclarations que ce dernier avait faites la veille à propos des attentats terroristes du 11 septembre, semant la controverse. M. Chrétien a dit en entrevue au réseau CBC, en faisant référence à son expérience africaine dans le cadre du Sommet du G8, qu'il fallait faire attention aux inégalités mondiales afin de ne pas paraître «trop égoïstes» et de ne pas alimenter le «ressentiment» et la jalousie des plus pauvres.
«Vous savez, vous ne pouvez pas exercer vos pouvoirs au point d'humilier les autres. Et c'est ce que le monde occidental — pas seulement les Américains, le monde occidental — doit réaliser parce que ce sont des êtres humains aussi et il y a des conséquences à long terme si vous ne regardez pas quelle sera la réalité dans 10, 20 ou 30 ans. Et je crois que le monde occidental sera trop riche par rapport au monde en développement. Alors, nécessairement, on sera considérés comme arrogants, suffisants, cupides et sans limites.»
Ces propos ont soulevé la colère du chef allianciste Stephen Harper, qui les a qualifiés de «honteux». M. Harper a demandé au premier ministre de s'excuser auprès des États-Unis et des familles des victimes des attentats du 11 septembre. Nenni, a répondu le ministre Graham. «Les commentaires du premier ministre frappent dans le mille. [...] La question est de savoir comment construire un monde meilleur où le terrorisme n'existe pas.»
Le chef conservateur Joe Clark et la porte-parole bloquiste en matière d'affaires étrangères, Francine Lalonde, ont eux aussi donné leur appui à M. Chrétien. Ils ont cependant dit espérer qu'il s'agira d'une prise de conscience durable. «Si le gouvernement du Canada est sincère pour s'attaquer aux racines du terrorisme, on doit avoir plus d'actions et un changement profond dans la politique étrangère du Canada», a dit M. Clark en faisant référence aux budgets amaigris de l'aide internationale. «Je n'ai pas trouvé cette coloration dans ses propos antérieurs, a ajouté Mme Lalonde. Alors, j'ai hâte de voir la suite, de voir s'il s'agit d'une prise de conscience durable.»
Avec la collaboration de Manon Cornellier
«La balle est dans le camp de l'Irak, maintenant», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham. «L'Irak doit de nouveau accepter les inspecteurs sur son territoire. Je rencontrerai le ministre des Affaires étrangères irakien lundi après-midi, et mon conseil sera celui-ci: "Ouvrez la porte immédiatement. C'est maintenant le temps. Vous devez montrer à la face du monde que vous n'êtes pas un danger, parce que la communauté internationale est inquiète pour sa paix et sa sécurité, et c'est à cause de vous et de votre incapacité à démontrer que vous n'avez pas d'armes de destruction massive. Vous devez le faire, et vous devez le faire bientôt."»
M. Graham s'est félicité de ce que les États-Unis se soient montrés sensibles à l'opinion de leurs alliés qui lui demandaient presque tous de ne pas agir unilatéralement par la force mais plutôt de respecter le droit et d'agir au sein des instances internationales. «C'est une déclaration très positive, a commenté M. Graham. Nous sommes très contents que les États-Unis aient confiance en cette organisation pour régler cette question.» Prenant la parole devant les Nations unies, comme l'avait fait le président américain George W. Bush en matinée, M. Graham a ajouté que la crise actuelle constitue une occasion de renforcer les institutions internationales. «Il nous revient aussi de nous assurer que nos institutions internationales émergeront renforcées et fortifiées de cette crise.»
La critique bloquiste en matière d'affaires étrangères, Francine Lalonde, voudrait maintenant que le Canada agisse en tant que «facilitateur» pour retourner les inspecteurs en Irak, une proposition qu'elle fera d'ailleurs lundi en comité de la Chambre des communes. «Il faut avoir l'assurance de l'Irak que les inspecteurs pourront faire tout leur travail, c'est-à-dire aller partout où c'est nécessaire, mais aussi assurer l'Irak que les inspecteurs ne feront que leur travail», a dit Mme Lalonde.
Elle s'est expliquée en rappelant le témoignage de l'ancien inspecteur Scott Ritter devant le comité des Affaires étrangères le printemps dernier. M. Ritter avait alors souligné que les inspecteurs avaient quitté l'Irak en 1998 à la demande non pas de Bagdad mais des États-Unis, qui préparaient un raid sur la base d'informations glanées par les inspecteurs. D'où l'opposition irakienne à leur retour. Selon Mme Lalonde, il faut résoudre ces deux problèmes en même temps et «le Canada peut jouer un rôle constructif en ce sens».
À la défense de Chrétien
Par ailleurs, M. Graham s'est porté à la défense du premier ministre Jean Chrétien pour des déclarations que ce dernier avait faites la veille à propos des attentats terroristes du 11 septembre, semant la controverse. M. Chrétien a dit en entrevue au réseau CBC, en faisant référence à son expérience africaine dans le cadre du Sommet du G8, qu'il fallait faire attention aux inégalités mondiales afin de ne pas paraître «trop égoïstes» et de ne pas alimenter le «ressentiment» et la jalousie des plus pauvres.
«Vous savez, vous ne pouvez pas exercer vos pouvoirs au point d'humilier les autres. Et c'est ce que le monde occidental — pas seulement les Américains, le monde occidental — doit réaliser parce que ce sont des êtres humains aussi et il y a des conséquences à long terme si vous ne regardez pas quelle sera la réalité dans 10, 20 ou 30 ans. Et je crois que le monde occidental sera trop riche par rapport au monde en développement. Alors, nécessairement, on sera considérés comme arrogants, suffisants, cupides et sans limites.»
Ces propos ont soulevé la colère du chef allianciste Stephen Harper, qui les a qualifiés de «honteux». M. Harper a demandé au premier ministre de s'excuser auprès des États-Unis et des familles des victimes des attentats du 11 septembre. Nenni, a répondu le ministre Graham. «Les commentaires du premier ministre frappent dans le mille. [...] La question est de savoir comment construire un monde meilleur où le terrorisme n'existe pas.»
Le chef conservateur Joe Clark et la porte-parole bloquiste en matière d'affaires étrangères, Francine Lalonde, ont eux aussi donné leur appui à M. Chrétien. Ils ont cependant dit espérer qu'il s'agira d'une prise de conscience durable. «Si le gouvernement du Canada est sincère pour s'attaquer aux racines du terrorisme, on doit avoir plus d'actions et un changement profond dans la politique étrangère du Canada», a dit M. Clark en faisant référence aux budgets amaigris de l'aide internationale. «Je n'ai pas trouvé cette coloration dans ses propos antérieurs, a ajouté Mme Lalonde. Alors, j'ai hâte de voir la suite, de voir s'il s'agit d'une prise de conscience durable.»
Avec la collaboration de Manon Cornellier
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