Perspectives: Les «fausses raisons» de Bush
Que faisait George W. Bush le 13 septembre 2001, 48 heures après les attentats? Il prononçait un discours à la nation en promettant de «conduire le monde à la victoire» contre les instigateurs de la «première guerre du XXIe siècle». Autre jour, autre commémoration: le premier anniversaire des attentats à peine consommé, M. Bush prenait hier la parole devant l'ONU en lançant un ultimatum à l'Irak sous la forme d'une ouverture diplomatique qu'un compte rendu de l'AFP interprétait comme «une inflexion notable du discours unilatéraliste tenu depuis plusieurs semaines par les responsables du Pentagone et le vice-président Dick Cheney».
Vrai ou faux? Pour sauver sa peau, le régime irakien devra pourtant se plier à cinq conditions militaires et moralisantes: démantèlement des armes de destruction massive, fin de tout soutien au terrorisme, arrêt des persécutions de la population civile, règlement des contentieux hérités de l'invasion du Koweït et arrêt du commerce illicite conduit en dehors du programme «pétrole contre nourriture» de l'ONU. Ce qui, pour plusieurs, donne à la carte diplomatique présentée par Bush l'apparence d'un bluff et non d'une ouverture.
«Avec ces conditions multiples, il a placé très haut la barre, de telle sorte que Bagdad ne puisse pas accepter», commentait hier à Libération Phil Gordon, ancien conseiller de l'ex-président Bill Clinton. M. Gordon évaluait à 60 % la possibilité de guerre d'ici l'été 2003; il l'estime aujourd'hui à 90 %.
Rachad Antonius, sociologue et spécialiste du monde arabe, n'ose pas dire que la guerre est inévitable mais il croit, comme M. Gordon, que les conditions sont posées à l'Irak dans l'expectative d'un refus qui scellera les justifications d'une offensive militaire occidentale. En l'occurrence, dit M. Antonius, le Conseil de sécurité de l'ONU, auquel M. Bush a confié la tâche de lancer l'ultimatum, apparaît comme un instrument de la politique unilatéraliste américaine.
Conditions bidon à plus d'un titre, affirme-t-il: les raisons de sécurité évoquées par la Maison-Blanche pour menacer l'Irak de frappes sont de «fausses raisons» sous lesquelles opère une volonté moteur de s'emparer de la gestion des immenses ressources pétrolières irakiennes.
«L'Irak n'a ni la capacité militaire, ni les infrastructures, ni le souffle économique» pour faire la guerre de façon soutenue. En outre, il s'agit d'un régime «beaucoup trop contrôlant et autoritaire» pour soutenir autrement qu'en appuis politiques les réseaux terroristes d'Oussama ben Laden. «Pour Saddam, s'associer à eux équivaudrait à se mettre lui-même en danger.»
L'Irak est le seul pays du monde arabe, affirme M. Antonius, à disposer de toutes les ressources nécessaires pour pouvoir se développer «de façon autonome». En soi, souligne-t-il, cela en fait un obstacle aux intérêts américains, «au moment où, d'autre part, les États-Unis ne font plus tout à fait confiance aux Saoudiens».
Si bien qu'il y a dans la stratégie anti-Saddam du gouvernement Bush, soutient le chercheur, une intention de «redessiner la carte du Proche-Orient». Une intention qu'il voit aussi se profiler dans le conflit israélo-palestinien. «À la faveur d'une attaque contre l'Irak, Ariel Sharon [premier ministre d'Israël] pourrait expulser un nombre important de Palestiniens des territoires occupés», craint M. Antonius. Entre l'un et l'autre, croit-il, «il y a concordance».
Vrai ou faux? Pour sauver sa peau, le régime irakien devra pourtant se plier à cinq conditions militaires et moralisantes: démantèlement des armes de destruction massive, fin de tout soutien au terrorisme, arrêt des persécutions de la population civile, règlement des contentieux hérités de l'invasion du Koweït et arrêt du commerce illicite conduit en dehors du programme «pétrole contre nourriture» de l'ONU. Ce qui, pour plusieurs, donne à la carte diplomatique présentée par Bush l'apparence d'un bluff et non d'une ouverture.
«Avec ces conditions multiples, il a placé très haut la barre, de telle sorte que Bagdad ne puisse pas accepter», commentait hier à Libération Phil Gordon, ancien conseiller de l'ex-président Bill Clinton. M. Gordon évaluait à 60 % la possibilité de guerre d'ici l'été 2003; il l'estime aujourd'hui à 90 %.
Rachad Antonius, sociologue et spécialiste du monde arabe, n'ose pas dire que la guerre est inévitable mais il croit, comme M. Gordon, que les conditions sont posées à l'Irak dans l'expectative d'un refus qui scellera les justifications d'une offensive militaire occidentale. En l'occurrence, dit M. Antonius, le Conseil de sécurité de l'ONU, auquel M. Bush a confié la tâche de lancer l'ultimatum, apparaît comme un instrument de la politique unilatéraliste américaine.
Conditions bidon à plus d'un titre, affirme-t-il: les raisons de sécurité évoquées par la Maison-Blanche pour menacer l'Irak de frappes sont de «fausses raisons» sous lesquelles opère une volonté moteur de s'emparer de la gestion des immenses ressources pétrolières irakiennes.
«L'Irak n'a ni la capacité militaire, ni les infrastructures, ni le souffle économique» pour faire la guerre de façon soutenue. En outre, il s'agit d'un régime «beaucoup trop contrôlant et autoritaire» pour soutenir autrement qu'en appuis politiques les réseaux terroristes d'Oussama ben Laden. «Pour Saddam, s'associer à eux équivaudrait à se mettre lui-même en danger.»
L'Irak est le seul pays du monde arabe, affirme M. Antonius, à disposer de toutes les ressources nécessaires pour pouvoir se développer «de façon autonome». En soi, souligne-t-il, cela en fait un obstacle aux intérêts américains, «au moment où, d'autre part, les États-Unis ne font plus tout à fait confiance aux Saoudiens».
Si bien qu'il y a dans la stratégie anti-Saddam du gouvernement Bush, soutient le chercheur, une intention de «redessiner la carte du Proche-Orient». Une intention qu'il voit aussi se profiler dans le conflit israélo-palestinien. «À la faveur d'une attaque contre l'Irak, Ariel Sharon [premier ministre d'Israël] pourrait expulser un nombre important de Palestiniens des territoires occupés», craint M. Antonius. Entre l'un et l'autre, croit-il, «il y a concordance».
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