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Irak - Terreur dans les villes saintes chiites

N/A ZZZN/A   20 décembre 2004  International
Najaf/Kerbala — Les chiites sont dans le collimateur des partisans de la politique du pire en Irak. Hier, des attentats à la voiture piégée ont fait au moins 62 morts et environ 130 blessés dans les deux grandes villes saintes chiites d'Irak, Najaf et Kerbala, à six semaines des élections prévues dans le pays.

Les explosions se sont produites à deux heures d'intervalle à Kerbala et à Najaf, non loin de gares routières bondées de monde, ce qui semble constituer une opération coordonnée visant à faire le plus de victimes possible parmi les chiites, majorité longtemps opprimée qui devrait dominer le scrutin du 30 janvier.

À Bagdad, des activistes ont tué trois agents électoraux après les avoir extraits de force d'une voiture. L'attaque a eu lieu dans la rue Haïfa, artère centrale devenue l'un des points chauds de l'insurrection antiaméricaine dans la capitale.

Dans les deux villes saintes, les attentats ont été perpétrés à proximité de sanctuaires importants — la mosquée de l'imam Ali à Najaf et la mosquée de l'imam Hussein à Kerbala.

Ces actions semblent destinées à provoquer un conflit de type religieux entre les chiites et la minorité sunnite qui a gouverné le pays durant des décennies avec Saddam Hussein.

Des dirigeants chiites, y compris l'imam radical Moqtada al Sadr, ont exhorté leur communauté à ne pas répliquer par des actes de même nature.

À Najaf, le kamikaze a fait sauter son véhicule à environ 300 mètres de la mosquée de l'imam Ali, à proximité de groupes d'habitants qui attendaient des autobus ou des taxis et non loin d'ensembles de bureaux.

Des médecins ont fait état d'au moins 48 morts et de 90 blessés. Une colonne de fumée s'élevait au-dessus de la ville. Un couvre-feu a été décrété dans la vieille ville de Nadjaf.

Femmes et enfants

À Kerbala, l'hôpital principal a annoncé 14 morts et 39 blessés. Toutes les victimes semblent être des civils et comprennent des femmes et des enfants en grand nombre.

Un cameraman de Reuters arrivé sur place peu après l'attentat a dit que le sol était jonché de morts et de blessés. Des flammes attaquaient encore des véhicules calcinés une heure plus tard. L'explosion a creusé un trou profond et fait voler en éclats vitres et devantures de magasin.

L'attentat de Kerbala est le second en l'espace de cinq jours. Mercredi, une bombe qui visait apparemment l'imam chiite Abdul Mehdi al Kerbalai avait explosé au moment où il regagnait son bureau après les prières du soir au sanctuaire de l'imam Hussein. L'explosion d'hier s'est produite à quelques centaines de mètres de là.

L'attentat de mercredi avait fait douze morts et 30 blessés — dont l'imam visé, qui passe pour un proche de l'ayatollah Ali al Sistani, chef spirituel suprême des chiites d'Irak.

Sistani, qui vit à Najaf, a supervisé la mise en place d'une puissante coalition chiite qui se présente aux élections et qui, d'un avis général, devrait en sortir victorieuse.

De nombreux sunnites militants, engagés dans une insurrection contre l'occupation américaine, craignent la montée en puissance de la majorité chiite, qui représente 60 % de la population mais n'a jamais exercé le pouvoir.

On a enregistré plusieurs tentatives pour attiser les tensions interconfessionnelles depuis les attentats-suicides qui avaient fait plus de 170 morts en mars à Kerbala et à Bagdad lors d'un deuil annuel observé par les chiites. La double opération avait été imputée à l'islamiste jordanien Abou Moussab al Zarkaoui, allié d'al-Qaïda.

«Ils ont échoué, ils échoueront»

Les dignitaires religieux chiites assurent qu'ils ne céderont pas aux provocations et repoussent les accusations de leurs adversaires laïques voulant qu'ils ambitionnent d'imposer une théocratie à l'iranienne.

«Ils cherchent à déclencher une guerre civile religieuse et à empêcher les élections d'avoir lieu dans le délai convenu. Ils ont échoué auparavant et ils échoueront à nouveau», dit Mohamed Bahr al Ouloum, l'un des principaux chefs religieux chiites.

«Les chiites sont résolus à ne pas réagir par la violence, qui n'engendre que la violence. Nous sommes déterminés au sujet des élections, et l'ayatollah Sistani l'a bien fait comprendre.»

Même le Mouvement Sadr, dirigé par le jeune Moqtada Sadr qui avait défié précédemment l'autorité de Sistani, a souligné que la vengeance n'était pas avisée. «Une guerre civile sera l'enfer. Il y a un consensus contre la vengeance», a déclaré son porte-parole Ali al Yassiri.

Selon Haidar al Oubadi, responsable du parti chiite Dawa, Kerbala et Najaf ont été prises pour cibles en raison de ce qu'elles symbolisent — toutes deux abritent des sanctuaires majeurs voués aux martyrs du chiisme et Najaf est un centre d'études historique — et parce qu'on s'attend à ce que les élections s'y déroulent sans incidents.

Par ailleurs, quatre Kurdes ont été tués par des inconnus à Haouidja, au sud-ouest de la ville de Kirkouk. Deux autres Kurdes avaient péri dans une autre attaque.

Les autorités américaines et irakiennes prévoient une intensification des attentats à l'approche des premières élections libres organisées en Irak depuis un demi-siècle.

Selon des responsables électoraux, la sécurité permet d'envisager des scrutins sans perturbation majeure dans 14 des 18 gouvernorats irakiens. Mais les violences qui continuent dans les autres zones, à dominante sunnite, ont amené des organisations sunnites à réclamer un report de la consultation.

Des activistes menacent de tuer dix Irakiens qu'ils détiennent en otages à moins que l'entreprise américaine qui les emploie ne quitte l'Irak, selon un enregistrement vidéo diffusé hier par les chaînes arabes al-Arabia et al-Jazira.






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