Macabre cacophonie autour de l'état critique de Yasser Arafat
10 novembre 2004
International
Photo : Agence Reuters
À Gaza, hier soir, des citoyens palestiniens ont allumé des cierges autour d’une photo du président palestinien Yasser Arafat.
Gaza — La plus grande confusion a régné hier, toute la journée, autour de l'état clinique du président palestinien Yasser Arafat. Et les explications embarrassées données dans la soirée par la délégation des principaux dirigeants palestiniens, venus à Paris s'enquérir de la santé du raïs, n'ont guère permis d'y voir plus clair.
«Le président est très mal», a reconnu Nabil Chaath, le ministre palestinien des Affaires étrangères, à l'issue d'une rencontre à l'Élysée avec Jacques Chirac. «Son état s'est détérioré. Depuis mercredi dernier, Yasser Arafat est plongé dans le coma, et ce coma s'est renforcé la nuit dernière. Cela étant dit, même si nous nous rendons compte que le président est dans une situation difficile, son coeur, son cerveau et ses poumons fonctionnent toujours, et il est donc toujours en vie. Je ne pense pas qu'il y ait quelque raison que ce soit de lancer des rumeurs précipitant sa mort ou des rumeurs permettant d'espérer un prompt rétablissement. Son sort est dans les mains de Dieu.»
Une heure plus tôt, toutefois, à Ramallah, un autre ministre annonçait le décès de Yasser Arafat. «La question est de savoir comment et quand nous allons l'annoncer. Mais il est mort, c'est sûr», avait-il affirmé, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Une déclaration «catégoriquement» démentie par Leïla Chahid, la représentante de l'Autorité palestinienne en France, et infirmée de façon beaucoup plus sobre par les médecins militaires de l'hôpital Percy. «Les termes du communiqué rendu public ce jour par le général Estripeau sont toujours valides, a assuré le porte-parole du service de santé des Armées. M. Arafat n'est pas décédé.»
Cette macabre cacophonie semble trouver ses racines dans un incroyable bras de fer entre la direction palestinienne et l'épouse du président, Souha Arafat, qui, du point de vue du droit français, serait la seule personne habilitée à demander l'interruption de l'assistance thérapeutique maintenant son mari en vie. Depuis quelques jours, la femme du raïs avait interdit l'accès de la chambre du patient à tous les officiels palestiniens en poste ou de passage à Paris, avant d'accuser publiquement les dirigeants du Fatah de vouloir «enterrer vivant le président». Plusieurs médiations, françaises ou palestiniennes, ont tenté de la faire fléchir. Sans grand succès. Souha Arafat campe à l'hôpital Percy, flanquée de deux avocats. La délégation palestinienne venue hier au chevet du raïs a certes été «accueillie amicalement et autorisée à discuter avec les médecins», selon les termes de Nabil Chaath, mais seul le premier ministre Ahmed Qoreï a été autorisé à pénétrer dans la chambre du malade, et à la condition d'être accompagné du garde du corps personnel d'Arafat. Mahmoud Abbas, secrétaire général adjoint de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), tout comme le ministre des Affaires étrangères et le président du Conseil législatif (le Parlement palestinien) ont été fermement priés d'attendre dans le couloir.
La direction palestinienne savait pouvoir rencontrer quelques difficultés. L'épouse du vieux chef nationaliste avait fait savoir à Mohammed Dahlan, l'ancien patron de la Sécurité préventive dans la bande de Gaza, qu'elle s'inquiétait de ses capacités à maintenir son train de vie après la mort de son mari, et elle aurait exigé une part conséquente de ses avoirs qui sont également ceux de l'OLP. Mais personne ne semblait avoir pressenti une telle inflexibilité de la part de Souha Arafat. Craignant de voir le processus de succession politique pris en otage par la bataille pour la captation de l'héritage, la direction palestinienne n'a plus d'autre choix que de faire le gros dos.
Funérailles
«Les médecins n'ont jamais pensé procéder à une euthanasie, sa famille non plus», a expliqué Nabil Chaath avant de repartir pour la Cisjordanie: «Le président vivra ou il décédera en fonction de sa capacité à résister, en fonction de la volonté de Dieu.» Pourtant, la direction palestinienne a engagé avec les autorités israéliennes des négociations sur l'organisation des funérailles du raïs. Un accord aurait même été trouvé, hier soir, concernant l'inhumation de Yasser Arafat en Cisjordanie, à Ramallah, dans le palais de la Moukataa, siège de la présidence palestinienne dans lequel il a passé ces trois dernières années en quasi-détention.
Ouverture des États-Unis
Les États-Unis ont affirmé hier qu'ils étaient prêts à travailler avec une nouvelle direction palestinienne.
«Les États-Unis sont prêts à s'engager [à travailler] avec la direction palestinienne quand les dirigeants palestiniens auront défini cette direction», a déclaré le secrétaire d'État Colin Powell, lors d'une visite à Mexico.
«Nous verrons ce qui se passe dans les jours qui viennent, mais notre engagement en faveur d'une solution à deux États [Israël et un État palestinien] sur la base de la feuille de route [...] reste inchangé», a-t-il ajouté en faisant référence au plan de paix international, pour l'instant dans l'impasse.
Le secrétaire d'État Colin Powell, jusqu'à présent soucieux d'éviter tout commentaire politique sur un après-Arafat, avait déjà salué lundi soir la manière dont les responsables palestiniens abordaient la délicate période actuelle.
«Depuis qu'Arafat a été hospitalisé à Paris, j'ai été très impressionné par la manière avec laquelle les dirigeants palestiniens là-bas, dans les territoires, discutent entre eux et avancent dans leurs discussions», avait-il déclaré peu avant d'arriver au Mexique pour une réunion bilatérale.
M. Powell a par ailleurs ajouté hier, dans un entretien publié par le Financial Times, «espérer que des opportunités émergeront de cette période de transition».
«Le président est très mal», a reconnu Nabil Chaath, le ministre palestinien des Affaires étrangères, à l'issue d'une rencontre à l'Élysée avec Jacques Chirac. «Son état s'est détérioré. Depuis mercredi dernier, Yasser Arafat est plongé dans le coma, et ce coma s'est renforcé la nuit dernière. Cela étant dit, même si nous nous rendons compte que le président est dans une situation difficile, son coeur, son cerveau et ses poumons fonctionnent toujours, et il est donc toujours en vie. Je ne pense pas qu'il y ait quelque raison que ce soit de lancer des rumeurs précipitant sa mort ou des rumeurs permettant d'espérer un prompt rétablissement. Son sort est dans les mains de Dieu.»
Une heure plus tôt, toutefois, à Ramallah, un autre ministre annonçait le décès de Yasser Arafat. «La question est de savoir comment et quand nous allons l'annoncer. Mais il est mort, c'est sûr», avait-il affirmé, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Une déclaration «catégoriquement» démentie par Leïla Chahid, la représentante de l'Autorité palestinienne en France, et infirmée de façon beaucoup plus sobre par les médecins militaires de l'hôpital Percy. «Les termes du communiqué rendu public ce jour par le général Estripeau sont toujours valides, a assuré le porte-parole du service de santé des Armées. M. Arafat n'est pas décédé.»
Cette macabre cacophonie semble trouver ses racines dans un incroyable bras de fer entre la direction palestinienne et l'épouse du président, Souha Arafat, qui, du point de vue du droit français, serait la seule personne habilitée à demander l'interruption de l'assistance thérapeutique maintenant son mari en vie. Depuis quelques jours, la femme du raïs avait interdit l'accès de la chambre du patient à tous les officiels palestiniens en poste ou de passage à Paris, avant d'accuser publiquement les dirigeants du Fatah de vouloir «enterrer vivant le président». Plusieurs médiations, françaises ou palestiniennes, ont tenté de la faire fléchir. Sans grand succès. Souha Arafat campe à l'hôpital Percy, flanquée de deux avocats. La délégation palestinienne venue hier au chevet du raïs a certes été «accueillie amicalement et autorisée à discuter avec les médecins», selon les termes de Nabil Chaath, mais seul le premier ministre Ahmed Qoreï a été autorisé à pénétrer dans la chambre du malade, et à la condition d'être accompagné du garde du corps personnel d'Arafat. Mahmoud Abbas, secrétaire général adjoint de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), tout comme le ministre des Affaires étrangères et le président du Conseil législatif (le Parlement palestinien) ont été fermement priés d'attendre dans le couloir.
La direction palestinienne savait pouvoir rencontrer quelques difficultés. L'épouse du vieux chef nationaliste avait fait savoir à Mohammed Dahlan, l'ancien patron de la Sécurité préventive dans la bande de Gaza, qu'elle s'inquiétait de ses capacités à maintenir son train de vie après la mort de son mari, et elle aurait exigé une part conséquente de ses avoirs qui sont également ceux de l'OLP. Mais personne ne semblait avoir pressenti une telle inflexibilité de la part de Souha Arafat. Craignant de voir le processus de succession politique pris en otage par la bataille pour la captation de l'héritage, la direction palestinienne n'a plus d'autre choix que de faire le gros dos.
Funérailles
«Les médecins n'ont jamais pensé procéder à une euthanasie, sa famille non plus», a expliqué Nabil Chaath avant de repartir pour la Cisjordanie: «Le président vivra ou il décédera en fonction de sa capacité à résister, en fonction de la volonté de Dieu.» Pourtant, la direction palestinienne a engagé avec les autorités israéliennes des négociations sur l'organisation des funérailles du raïs. Un accord aurait même été trouvé, hier soir, concernant l'inhumation de Yasser Arafat en Cisjordanie, à Ramallah, dans le palais de la Moukataa, siège de la présidence palestinienne dans lequel il a passé ces trois dernières années en quasi-détention.
Ouverture des États-Unis
Les États-Unis ont affirmé hier qu'ils étaient prêts à travailler avec une nouvelle direction palestinienne.
«Les États-Unis sont prêts à s'engager [à travailler] avec la direction palestinienne quand les dirigeants palestiniens auront défini cette direction», a déclaré le secrétaire d'État Colin Powell, lors d'une visite à Mexico.
«Nous verrons ce qui se passe dans les jours qui viennent, mais notre engagement en faveur d'une solution à deux États [Israël et un État palestinien] sur la base de la feuille de route [...] reste inchangé», a-t-il ajouté en faisant référence au plan de paix international, pour l'instant dans l'impasse.
Le secrétaire d'État Colin Powell, jusqu'à présent soucieux d'éviter tout commentaire politique sur un après-Arafat, avait déjà salué lundi soir la manière dont les responsables palestiniens abordaient la délicate période actuelle.
«Depuis qu'Arafat a été hospitalisé à Paris, j'ai été très impressionné par la manière avec laquelle les dirigeants palestiniens là-bas, dans les territoires, discutent entre eux et avancent dans leurs discussions», avait-il déclaré peu avant d'arriver au Mexique pour une réunion bilatérale.
M. Powell a par ailleurs ajouté hier, dans un entretien publié par le Financial Times, «espérer que des opportunités émergeront de cette période de transition».
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