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Arafat résiste encore

N/A ZZZN/A   5 novembre 2004  International
Des dizaines de partisans d’Arafat se sont rassemblés devant l’hôpital Percy de Clamart, où ils ont brandi des drapeaux palestiniens et des photos du président de l’Autorité palestinienne et déposé des bougies sur le trottoir.
Photo : Agence Reuters
Des dizaines de partisans d’Arafat se sont rassemblés devant l’hôpital Percy de Clamart, où ils ont brandi des drapeaux palestiniens et des photos du président de l’Autorité palestinienne et déposé des bougies sur le trottoir.
Paris — Le directeur de la communication des services de santé militaire français a démenti hier la mort de Yasser Arafat, annoncée par la télévision israélienne et par le premier ministre luxembourgeois.

Le président de l'Autorité palestinienne «n'est pas décédé» mais son état de santé nécessite un traitement en soins intensifs, où il a été transféré mercredi, a déclaré hier à l'hôpital Percy le Dr Christian Estripeau. «M. le président Yasser Arafat demeure hospitalisé à l'hôpital d'instruction des armées de Percy», a déclaré le médecin militaire. Il a expliqué que «la situation clinique des premiers jours suivant l'admission est devenue plus complexe».

Malade depuis trois semaines, Yasser Arafat a été admis vendredi dernier au service d'hématologie de Percy après s'être plaint de douleurs à l'estomac, de diarrhées et de vomissements.

Les médecins qui le soignent ont exclu une leucémie mais ont noté des anomalies sanguines. «L'état de santé du patient demande des traitements appropriés qui ont nécessité son transfert, mercredi 3 novembre dans l'après-midi, dans un service adapté à sa pathologie», a précisé le Dr Estripeau hier.

Il a souligné que le communiqué médical sur Yasser Arafat avait été «établi dans le respect de la discrétion exigé par son épouse», Souha Arafat.

«Il est vivant. Il n'est pas cliniquement mort mais son état s'aggrave», a déclaré un peu plus tard à Reuters le médecin personnel de Yasser Arafat, le neurologue jordanien Ashraf Kurdi, qui se trouve à Paris. «Le président Arafat n'a pas eu d'arrêt cardiaque ou de crise cardiaque. Il n'y a pas de diagnostic. Nous ne savons pas ce qu'il a», a-t-il ajouté.

Des dizaines de partisans d'Arafat se sont rassemblés devant l'hôpital Percy de Clamart, où ils ont brandi des drapeaux palestiniens et des photos du président de l'Autorité autonome et déposé des bougies sur le trottoir.

Le raïs, âgé de 75 ans, a reçu dans l'après-midi la visite du président français Jacques Chirac, qui avait supervisé sa venue en France. «Le président l'a vu il y a une demi-heure, il était vivant», a-t-on déclaré dans l'entourage de Jacques Chirac.

«Le président de la République s'est rendu à l'hôpital Percy à 15h15, avant son départ à Bruxelles. Il a vu le président Arafat, à qui il a exprimé tous ses voeux de rétablissement, et son épouse» Souha, a déclaré l'Élysée sans autre précision sur l'état de santé du raïs palestinien.

Un collaborateur de Yasser Arafat a précisé que le président de l'Autorité palestinienne avait «souri» au président français et lui avait pris la main.

Jacques Chirac «a également rencontré les membres de l'Autorité palestinienne présents et les médecins qui font tout leur possible pour la santé du président de l'Autorité palestinienne», a précisé l'Élysée.

Un peu plus tard, à l'ouverture du sommet européen de Bruxelles, le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a pourtant annoncé le décès du président palestinien. Il a ensuite retiré ses déclarations après avoir parlé à Jacques Chirac, arrivé à Bruxelles entre-temps.

Une télévision israélienne, citant des sources françaises, a affirmé que Yasser Arafat était en état de mort cérébrale. «Que Dieu ait son âme», a déclaré le président américain réélu George W. Bush, interrogé à Washington lors d'une conférence de presse sur ces informations.

En Cisjordanie, le premier ministre palestinien Ahmed Koreï a démenti que le raïs soit cliniquement mort. M. Koreï a d'ores et déjà été investi de certains pouvoirs dont disposait Yasser Arafat en matière de sécurité et de finances.

Peu auparavant, tous les chefs des services de sécurité palestiniens avaient été convoqués à une réunion dans la soirée à Ramallah, siège de l'Autorité autonome dont Arafat est le président.

Le ministre palestinien des Affaires étrangères, Nabil Chaath, a affirmé que des responsables étaient en contact chaque demi-heure avec l'hôpital militaire Percy, à Clamart. «La direction palestinienne est en réunion constante pour suivre l'état de santé du président», a-t-il déclaré depuis Ramallah, en Cisjordanie, où sont réunis des dirigeants de l'OLP (Organisation de la libération de la Palestine) et du Fatah.

Le comité exécutif de l'OLP a transféré au premier ministre Ahmed Qoreï une partie des pouvoirs d'Arafat afin qu'il puisse accomplir les tâches administratives et financières urgentes, selon un membre du comité, Qaïs Abdel Karim. Le chef du gouvernement devait aussi rencontrer les responsables de la sécurité dans la bande de Gaza aujourd'hui pour éviter tout conflit interne en cette période particulièrement précaire, d'après un responsable palestinien ayant requis l'anonymat.

Pendant ce temps, quelque 1500 Palestiniens manifestaient leur soutien à Arafat à Qalqiliya, en Cisjordanie, et 500 autres dans le camp de réfugiés de Balata.

Dès le début de la matinée d'hier, des informations contradictoires ont circulé sur l'état de santé de Yasser Arafat.

Un membre de la délégation palestinienne à Paris a indiqué que le président de l'Autorité palestinienne était dans le coma et que son état était jugé critique.

Cette information a été démentie à Ramallah par Tayeb Abdoul Rahim, proche conseiller du président de l'Autorité palestinienne, qui a affirmé à des journalistes qu'il n'était «pas vrai du tout qu'Arafat [était] tombé dans le coma». Il a précisé que le raïs, âgé de 75 ans, avait été anesthésié pour subir une ponction lombaire.

Le ministre palestinien Saëb Erekat a précisé avoir parlé avec Souha, l'épouse d'Arafat, qui lui a fait savoir que ce dernier était dans un état grave mais stable. «De nouveaux examens ont été effectués, dont une endoscopie, mais on n'a rien trouvé», a déclaré à Reuters un collaborateur du président de l'Autorité palestinienne.

«Les médecins ne savent toujours pas ce qu'il a et les soupçons d'empoisonnement augmentent parce que tous les examens montrent qu'il ne souffre de rien mais que son état ne s'améliore pas», a-t-il ajouté.

La représentante de l'Autorité palestinienne en France, Leïla Chahid, a confirmé une «rechute» de Yasser Arafat sans donner plus de précisions.

Vendredi dernier, Yasser Arafat avait quitté son quartier général de la Moukata'a, assiégé depuis plus de deux ans par les forces israéliennes, pour rejoindre la Jordanie, puis la France, à bord d'un avion médicalisé affrété par les autorités françaises.

Du côté israélien, la sécurité a été renforcée dans les colonies juives de Cisjordanie par crainte d'éventuels débordements palestiniens en cas de décès d'Arafat, ont rapporté les chaînes de télévision israéliennes. Les responsables de l'armée israélienne, dont le ministre de la Défense, Shaul Mofaz, se sont rencontrés pour discuter de la dégradation de l'état de santé d'Arafat. Tsahal n'a pas encore avancé ses troupes vers les régions où des problèmes pourraient surgir mais les commandants militaires ont reçu l'ordre de se tenir prêts à intervenir.

L'armée israélienne a aussi abordé les différents lieux où Yasser Arafat pourrait être inhumé. Le président palestinien souhaite être enterré à Jérusalem, mais le premier ministre israélien Ariel Sharon s'y oppose. Des responsables militaires ont précisé qu'ils excluaient aussi un enterrement à Abou Dis, en périphérie de la ville sainte.

Il pourrait être inhumé à Ramallah (Cisjordanie) ou dans la bande de Gaza, où sa famille possède une concession. À l'annonce, démentie ensuite, de la mort d'Arafat par les médias israéliens hier, des dizaines de juifs se sont rassemblés sur une place du centre de Jérusalem pour chanter, danser et distribuer des bonbons aux passants.

Shimon Peres, Prix Nobel de la paix avec Yasser Arafat en 1994, a déclaré à la radio de l'armée israélienne: «Ce qui se passe, c'est qu'une nouvelle direction est en train de se former.» D'après lui, cette nouvelle direction est déterminée à mettre fin au «terrible problème» de la nation palestinienne. Les Palestiniens «doivent corriger leur principale erreur, qui a été de laisser les terroristes s'emparer de la politique palestinienne».






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