Ridge craint un important attentat
9 juillet 2004
International
Washington — Le réseau terroriste al-Qaïda prépare activement un attentat de grande envergure aux États-Unis pendant la campagne présidentielle, a affirmé hier le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Tom Ridge, tout en précisant manquer d'informations spécifiques.
«Des informations crédibles montrent maintenant qu'al-Qaïda avance dans ses projets de lancer un attentat de grande envergure aux États-Unis, dans le but de perturber notre processus démocratique», a déclaré M. Ridge lors d'une conférence de presse.
«Nous savons qu'ils ont la capacité de réussir et qu'ils ont la conviction erronée que leurs attentats auront un impact sur la détermination américaine» de lutter contre le terrorisme, a-t-il ajouté.
M. Ridge a toutefois précisé que les informations disponibles ne fournissaient ni date, ni lieu, ni méthode pour ces projets d'attentat et que le niveau d'alerte terroriste aux États-Unis, actuellement élevé et figuré par la couleur jaune, n'était pas relevé pour le moment.
Les responsables américains font part depuis plusieurs semaines de leurs craintes d'un attentat perpétré dans les prochains mois, estimant que les terroristes espèrent pouvoir peser sur les élections, depuis que les attentats du 11 mars à Madrid ont précédé de trois jours une défaite-surprise du parti conservateur au pouvoir.
L'élection présidentielle américaine est prévue le 2 novembre, et la campagne électorale, qui bat son plein, sera officiellement lancée avec les conventions du Parti démocrate, fin juillet à Boston, puis du Parti républicain, dans la semaine du 30 août à New York.
M. Ridge a convenu qu'il n'y avait pas de «renseignement spécifique crédible» indiquant qu'al-Qaïda s'apprête à frapper ces deux réunions.
Interrogé sur d'éventuelles arrière-pensées politiques motivant ces nouvelles mises en garde, qui viseraient à assimiler implicitement «un vote pour le démocrate John Kerry à un vote pour Oussama ben Laden», le chef d'al-Qaïda, M. Ridge a assuré que c'était une interprétation fausse. «Dans le climat de l'après-Madrid, je me suis dit qu'il était très important de tenir les Américains informés régulièrement de l'état» des mesures prises pour contrer tout risque d'attentat, a-t-il justifié.
M. Ridge s'est également rendu au Congrès hier matin pour informer les sénateurs de l'état de la menace terroriste, et une réunion similaire avait eu lieu mercredi à la Chambre des représentants.
«Il y a un risque accru d'attaque terroriste aux États-Unis d'ici à la présidentielle [...] mais de toute évidence il n'y a pas de raison de paniquer ou de paralyser l'activité», a déclaré le chef de la majorité démocrate au Sénat, Bill Frist, à l'issue de la réunion avec Tom Ridge, le directeur de la police fédérale (FBI) Robert Mueller et un responsable de la CIA (centrale du renseignement).
Un haut responsable du renseignement a précisé que les autorités cherchaient notamment à renforcer la sécurité autour des moyens de transport collectifs et des grandes infrastructures: ponts, tunnels, usines chimiques, etc., et souligné qu'al-Qaïda continuait à «essayer d'utiliser des avions comme des armes».
Assurant d'autre part que les deux principaux chefs du réseau, Oussama ben Laden et Aymane Al-Zawahiri, continuent à «préparer et superviser les activités terroristes» depuis la région frontalière entre l'Afghanistan et le Pakistan, ce responsable a expliqué qu'al-Qaïda se caractérisait par la minutie de la préparation de ses attentats.
«Ils ont beaucoup d'activités pré-opérationnelles», a-t-il souligné, laissant entendre que les autorités espéraient pouvoir repérer des préparatifs avant qu'une attaque soit déclenchée.
La Maison-Blanche a justifié l'avertissement donné hier par son souci d'informer le public américain.
«Notre plus importante responsabilité est de protéger les Américains. Et quand nous recevons des informations crédibles de cette nature montrant qu'al-Qaïda continue de préparer une attaque d'envergure contre les Américains, il est important de les informer sur les renseignements que nous recevons et c'est exactement ce que nous faisons», a affirmé le porte-parole de la présidence américaine Scott McClellan.
Flambée de l'or noir
Dopé par les menaces d'une attaque terroriste aux États-Unis et par une demande toujours très forte dans le monde. Le baril de pétrole brut a clôturé au-dessus de 40 $ à New York hier pour la première fois depuis le 1er juin.
Le baril de brut de référence a bondi de 1,25 $ à 40,33 $ après avoir perdu 57 ¢ mercredi. Depuis le 29 juin, le brut s'est donc envolé de près de 5 $.
À Londres, le baril de Brent a pris 1,16 $ à 37,77 $.
Pour Marshall Steeves, analyste de Refco, les déclarations de Tom Ridge ont «entraîné une vague d'achats spéculatifs».
Mike Fitzpatrick, analyste de Fimat, souligne par ailleurs que «la demande de pétrole est toujours soutenue dans le monde», ce qui pour lui est à l'origine de cette nouvelle poussée de fièvre de l'or noir.
D'après Marshall Steeves, il n'y a pas de risque de pénurie sur le marché physique. Il estime que la flambée d'hier correspond juste à une «prime de risque» terroriste.
«Il n'y a qu'à voir les stocks de ce matin», affirme-t-il, alors que le département de l'Énergie (DoE) a annoncé une hausse de un million de barils (Mb) des stocks d'essence américains la semaine dernière à 206,1 Mb.
Même si la hausse annoncée par le DoE pour les stocks de brut n'a été que de 100 000 barils, «il est même étonnant qu'il y ait eu une hausse si faible soit-elle étant donné l'activité très élevée des raffineries», qui ont fonctionné à près de 97 % de leur capacité la semaine dernière, juge M. Steeves.
Un avis partagé par Fadel Gheit, analyste de Oppenheimer Fund, qui estime que «les fondamentaux font que les prix auraient dû perdre au moins un dollar».
Les cours se sont d'ailleurs détendus après la publication des rapports du DoE et de l'API sur les stocks, avant de rebondir fortement dans la foulée des déclarations de Tom Ridge.
«Cela a fait une peur énorme à tout le monde», rapporte M. Gheit.
Les menaces de terrorisme sont survenues à un moment où les investisseurs étaient déjà nerveux à la suite de l'affaire Ioukos et d'une attaque contre un oléoduc en Irak le week-end dernier, qui avait momentanément interrompu les exportations.
La Justice russe a lancé mercredi une procédure de saisie pour obtenir le recouvrement de 3,4 milliards de dollars d'arriérés fiscaux exigés du géant pétrolier Ioukos, alors que le groupe, acculé à la faillite, a demandé en vain un échelonnement de sa dette.
Ioukos a laissé entendre qu'il pourrait suspendre sa production de pétrole, ce qui enlèverait 1,8 million de barils par jour du marché.
M. Steeves ne s'attend pas à ce que les cours retrouvent leurs niveaux historiques de début juin, mais il prévoit que les cours du brut montent «au moins jusqu'à 41 $ avant de voir les opérateurs prendre leurs bénéfices».
Pour l'essence, il estime la marge de hausse plus faible: «quelques cents», pas plus.
«Des informations crédibles montrent maintenant qu'al-Qaïda avance dans ses projets de lancer un attentat de grande envergure aux États-Unis, dans le but de perturber notre processus démocratique», a déclaré M. Ridge lors d'une conférence de presse.
«Nous savons qu'ils ont la capacité de réussir et qu'ils ont la conviction erronée que leurs attentats auront un impact sur la détermination américaine» de lutter contre le terrorisme, a-t-il ajouté.
M. Ridge a toutefois précisé que les informations disponibles ne fournissaient ni date, ni lieu, ni méthode pour ces projets d'attentat et que le niveau d'alerte terroriste aux États-Unis, actuellement élevé et figuré par la couleur jaune, n'était pas relevé pour le moment.
Les responsables américains font part depuis plusieurs semaines de leurs craintes d'un attentat perpétré dans les prochains mois, estimant que les terroristes espèrent pouvoir peser sur les élections, depuis que les attentats du 11 mars à Madrid ont précédé de trois jours une défaite-surprise du parti conservateur au pouvoir.
L'élection présidentielle américaine est prévue le 2 novembre, et la campagne électorale, qui bat son plein, sera officiellement lancée avec les conventions du Parti démocrate, fin juillet à Boston, puis du Parti républicain, dans la semaine du 30 août à New York.
M. Ridge a convenu qu'il n'y avait pas de «renseignement spécifique crédible» indiquant qu'al-Qaïda s'apprête à frapper ces deux réunions.
Interrogé sur d'éventuelles arrière-pensées politiques motivant ces nouvelles mises en garde, qui viseraient à assimiler implicitement «un vote pour le démocrate John Kerry à un vote pour Oussama ben Laden», le chef d'al-Qaïda, M. Ridge a assuré que c'était une interprétation fausse. «Dans le climat de l'après-Madrid, je me suis dit qu'il était très important de tenir les Américains informés régulièrement de l'état» des mesures prises pour contrer tout risque d'attentat, a-t-il justifié.
M. Ridge s'est également rendu au Congrès hier matin pour informer les sénateurs de l'état de la menace terroriste, et une réunion similaire avait eu lieu mercredi à la Chambre des représentants.
«Il y a un risque accru d'attaque terroriste aux États-Unis d'ici à la présidentielle [...] mais de toute évidence il n'y a pas de raison de paniquer ou de paralyser l'activité», a déclaré le chef de la majorité démocrate au Sénat, Bill Frist, à l'issue de la réunion avec Tom Ridge, le directeur de la police fédérale (FBI) Robert Mueller et un responsable de la CIA (centrale du renseignement).
Un haut responsable du renseignement a précisé que les autorités cherchaient notamment à renforcer la sécurité autour des moyens de transport collectifs et des grandes infrastructures: ponts, tunnels, usines chimiques, etc., et souligné qu'al-Qaïda continuait à «essayer d'utiliser des avions comme des armes».
Assurant d'autre part que les deux principaux chefs du réseau, Oussama ben Laden et Aymane Al-Zawahiri, continuent à «préparer et superviser les activités terroristes» depuis la région frontalière entre l'Afghanistan et le Pakistan, ce responsable a expliqué qu'al-Qaïda se caractérisait par la minutie de la préparation de ses attentats.
«Ils ont beaucoup d'activités pré-opérationnelles», a-t-il souligné, laissant entendre que les autorités espéraient pouvoir repérer des préparatifs avant qu'une attaque soit déclenchée.
La Maison-Blanche a justifié l'avertissement donné hier par son souci d'informer le public américain.
«Notre plus importante responsabilité est de protéger les Américains. Et quand nous recevons des informations crédibles de cette nature montrant qu'al-Qaïda continue de préparer une attaque d'envergure contre les Américains, il est important de les informer sur les renseignements que nous recevons et c'est exactement ce que nous faisons», a affirmé le porte-parole de la présidence américaine Scott McClellan.
Flambée de l'or noir
Dopé par les menaces d'une attaque terroriste aux États-Unis et par une demande toujours très forte dans le monde. Le baril de pétrole brut a clôturé au-dessus de 40 $ à New York hier pour la première fois depuis le 1er juin.
Le baril de brut de référence a bondi de 1,25 $ à 40,33 $ après avoir perdu 57 ¢ mercredi. Depuis le 29 juin, le brut s'est donc envolé de près de 5 $.
À Londres, le baril de Brent a pris 1,16 $ à 37,77 $.
Pour Marshall Steeves, analyste de Refco, les déclarations de Tom Ridge ont «entraîné une vague d'achats spéculatifs».
Mike Fitzpatrick, analyste de Fimat, souligne par ailleurs que «la demande de pétrole est toujours soutenue dans le monde», ce qui pour lui est à l'origine de cette nouvelle poussée de fièvre de l'or noir.
D'après Marshall Steeves, il n'y a pas de risque de pénurie sur le marché physique. Il estime que la flambée d'hier correspond juste à une «prime de risque» terroriste.
«Il n'y a qu'à voir les stocks de ce matin», affirme-t-il, alors que le département de l'Énergie (DoE) a annoncé une hausse de un million de barils (Mb) des stocks d'essence américains la semaine dernière à 206,1 Mb.
Même si la hausse annoncée par le DoE pour les stocks de brut n'a été que de 100 000 barils, «il est même étonnant qu'il y ait eu une hausse si faible soit-elle étant donné l'activité très élevée des raffineries», qui ont fonctionné à près de 97 % de leur capacité la semaine dernière, juge M. Steeves.
Un avis partagé par Fadel Gheit, analyste de Oppenheimer Fund, qui estime que «les fondamentaux font que les prix auraient dû perdre au moins un dollar».
Les cours se sont d'ailleurs détendus après la publication des rapports du DoE et de l'API sur les stocks, avant de rebondir fortement dans la foulée des déclarations de Tom Ridge.
«Cela a fait une peur énorme à tout le monde», rapporte M. Gheit.
Les menaces de terrorisme sont survenues à un moment où les investisseurs étaient déjà nerveux à la suite de l'affaire Ioukos et d'une attaque contre un oléoduc en Irak le week-end dernier, qui avait momentanément interrompu les exportations.
La Justice russe a lancé mercredi une procédure de saisie pour obtenir le recouvrement de 3,4 milliards de dollars d'arriérés fiscaux exigés du géant pétrolier Ioukos, alors que le groupe, acculé à la faillite, a demandé en vain un échelonnement de sa dette.
Ioukos a laissé entendre qu'il pourrait suspendre sa production de pétrole, ce qui enlèverait 1,8 million de barils par jour du marché.
M. Steeves ne s'attend pas à ce que les cours retrouvent leurs niveaux historiques de début juin, mais il prévoit que les cours du brut montent «au moins jusqu'à 41 $ avant de voir les opérateurs prendre leurs bénéfices».
Pour l'essence, il estime la marge de hausse plus faible: «quelques cents», pas plus.
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