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Pouvoirs d’urgence pour Bagdad

N/A ZZZN/A , N/A ZZZN/A   8 juillet 2004  International
Bagdad — Au moment où la guérilla frappait en plein centre de Bagdad, le gouvernement irakien a promulgué hier un nouveau texte législatif lui accordant des pouvoirs spéciaux d'urgence pour garantir la sécurité, alors que le pays reste en proie aux troubles.

La nouvelle loi, très attendue, permet au premier ministre intérimaire Iyad Allaoui de décréter la loi martiale sous certaines conditions, dans une zone donnée et pour une durée limitée. Elle l'autorise également, après accord unanime du Conseil présidentiel, à imposer le couvre-feu dans des zones précises, à mener des perquisitions, à arrêter des individus en possession d'armes et à désigner des gouverneurs, notamment des chefs militaires, pour diriger des secteurs spécifiques. Ce texte permet encore aux autorités irakiennes de geler les avoirs de suspects et d'intercepter leurs communications.

«Nous nous rendons bien compte qu'elle pourrait restreindre certaines libertés, mais il y a un certain nombre de garanties», a déclaré le ministre irakien de la Justice, Malik Dohan al-Hassan, un de ses collègues comparant la loi au Patriot Act adopté aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Selon le ministre de la Justice, qui cherchait à apaiser les craintes d'un retour à une forme de dictature, M. Allaoui devra cependant avoir l'aval d'un tribunal pour prendre une des mesures prévues par le texte. Et la loi martiale sera limitée à 60 jours maximum. En outre, la nouvelle loi ne pourra en aucun cas être utilisée pour modifier la Constitution provisoire ou retarder les élections prévues en janvier 2005.

Les observateurs croyaient que le texte serait accompagné d'une offre d'amnistie pour les rebelles ayant combattu les Américains avant le transfert de souveraineté du 28 juin. Un projet d'amnistie toujours en discussion, selon le ministre irakien des Droits de l'homme, Bakhityar Amine, «sera publié bientôt, dès qu'il sera approuvé par le cabinet et le Conseil présidentiel».

Dans un entretien publié hier par le journal espagnol El País, le premier ministre Allaoui a assuré que son gouvernement voulait rétablir la peine de mort en Irak pour une période limitée et pour des cas particuliers, comme les assassinats.

Sur le terrain, Bagdad a été en proie à une flambée de violence. Un affrontement de grande ampleur, mettant aux prises des insurgés et des soldats irakiens, soutenus par l'armée américaine, ses hélicoptères et ses blindés, a fait au moins quatre morts et vingt blessés à Bagdad.

Le bruit des mitrailleuses et les explosions de grenades avaient auparavant fait fuir les civils de ce quartier commerçant et habituellement fréquenté, situé non loin de la rive occidentale du Tigre. Le quartier a été bouclé.

Quatre obus de mortier ont été tirés sur un autre quartier de la capitale près du siège du parti politique du premier ministre irakien et d'une résidence utilisée par M. Allaoui, qui n'était pas présent. Cette attaque a fait six blessés.

Au moins trois soldats irakiens ont été vus morts sur le pont Abou al-Mouadham. Deux policiers blessés sont également arrivés dans un hôpital de la ville après l'attaque d'un commissariat, ont constaté des journalistes. Selon un bilan provisoire donné par le ministère de la Santé, deux civils ont été tués et huit autres ont été blessés.

Les forces américaines se sont souvent opposées à des insurgés chiites dans le faubourg de «Sadr City» mais les combats en plein jour dans le centre de Bagdad ont été assez rares.

La police irakienne a également désamorcé une voiture piégée transportant 750 kilos d'explosifs, garée près de la mosquée al-Imam dans le quartier de Karada, au coeur de Bagdad. Et l'armée américaine a annoncé que quatre de ses Marines avaient été tués mardi en service dans la province d'Anbar (ouest).

Par ailleurs, Bakhityar Amin a lu une liste de combattants étrangers arabes arrêtés en Irak pour avoir pris part à la guérilla, originaires d'Arabie Saoudite, de Syrie, de Jordanie, du Yémen, d'Égypte, des territoires palestiniens, du Maroc, de Turquie et d'Iran. Il a précisé qu'un Marocain, identifié comme étant George Bin Baqi, a été arrêté à la frontière jordanienne avec le fils du demi-frère de Saddam Hussein, Mohammed Barazan al-Tikriti.

Un responsable du secteur pétrolier a pour sa part annoncé hier que les exportations de pétrole irakien étaient revenues à la normale après des réparations sur un oléoduc saboté samedi. Les exportations sont revenues à 1,7 million de barils par jour contre un million après le sabotage.

À Bruxelles, on a appris de source diplomatique que le premier ministre irakien par intérim, Iyad Allaoui, rencontrerait lundi dans la capitale belge les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne pour évoquer la contribution de l'UE à la reconstruction de son pays.

Le procès de Saddam

Des menaces de mort répétées ont amené l'équipe de juristes constituée pour assurer la défense de Saddam Hussein à renoncer au voyage à Bagdad prévu cette semaine en signe de soutien à l'ancien président irakien. Le groupe emmené par Rachdane compte 21 avocats, arabes pour l'essentiel, nommés par Sadjida Khairallah, l'épouse de Saddam Hussein. Deux cents consultants en droit du monde entier se sont en outre engagés à lui venir en aide.

Ces juristes avaient déjà exprimé des craintes pour leur sécurité en Irak. Des responsables irakiens s'étaient notamment montrés menaçants vis-à-vis des Arabes qui défendent l'ancien raïs comme un nationaliste qui aurait résisté aux Américains. «Il n'y aura pas de visite à Bagdad tant que nous n'aurons pas obtenu l'autorisation de rencontrer M. le président Saddam et tant que notre protection ne sera pas assurée», a ajouté Rachdane.






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