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Saddam Hussein défie ses juges

N/A ZZZN/A , N/A ZZZN/A   2 juillet 2004  International
«Je suis Saddam Hussein, président de l’Irak», a lancé à plusieurs reprises l’ancien dictateur, aujourd’hui jugé par son pays.
Photo : Agence Reuters
«Je suis Saddam Hussein, président de l’Irak», a lancé à plusieurs reprises l’ancien dictateur, aujourd’hui jugé par son pays.
Bagdad — Saddam Hussein a comparu hier devant un tribunal près de Bagdad pour crimes contre l'humanité. C'était l'occasion de voir les premières images depuis six mois de l'ancien dictateur, dont le sort divise les dirigeants irakiens, favorables ou opposés à sa condamnation à mort.

Barbe poivre et sel, veste grise, le président irakien déchu est apparu amaigri devant le Tribunal spécial irakien (TSI). Selon les rares journalistes présents sur place, l'ancien maître de Bagdad, âgé de 67 ans, est apparu tour à tour abattu et combatif.

Au total, sept chefs d'accusation ont été retenus contre Saddam Hussein, qui concernent le gazage des Kurdes à Halabja (1988), l'écrasement de la rébellion chiite (1991), les fosses communes, la guerre contre l'Iran (1980-1988), l'invasion du Koweït (1990), le massacre des membres de la tribu Barzani, chef kurde dans les années 80, et les exécutions des dignitaires religieux chiites en 1980 et en 1999.

Qualifiant l'audience de mascarade, Saddam Hussein a refusé de signer le document par lequel il aurait reconnu avoir été inculpé et informé des charges pesant contre lui. «Je suis Saddam Hussein, président de l'Irak», a-t-il affirmé à plusieurs reprises, avant d'accuser le président américain George Bush d'être le «véritable criminel». L'ancien dictateur a refusé de condamner l'invasion du Koweït par les forces irakiennes en 1990, traitant au passage les Koweïtiens de «chiens».

L'ancien maître de Bagdad, à qui on a retiré les menottes à son entrée dans la salle, n'a pas hésité à sermonner le juge: «La prochaine fois que vous me faites comparaître ici, présentez-moi tous ces papiers en la présence d'avocats. Pourquoi vous comporteriez-vous d'une manière que nous pourrions par la suite juger hâtive?» Ou bien encore, lorsqu'il lui est demandé s'il a les moyens de payer un avocat, il répond, non sans ironie: «Selon les Américains, j'ai des millions de dollars à Genève, alors je devrais pouvoir m'en offrir un.»

Il a demandé selon quelle loi il sera jugé et s'est emporté lorsqu'a été soulevée la question de l'invasion du Koweït, l'une des charges les plus lourdes retenues contre lui. «Comment Saddam pourrait-il être jugé à cause d'un Koweït qui a dit qu'il réduirait les femmes irakiennes à des prostituées à dix dinars?», s'est-il insurgé, assurant avoir défendu l'honneur de l'Irak et ravivé ses droits historiques sur ces «chiens». Le juge l'a repris sur cette insulte.

Peu après Saddam Hussein, 11 de ses proches collaborateurs, dont l'ancien vice-premier ministre Tarek Aziz et Ali Hassan al Madjid, surnommé Ali le chimique pour son recours aux armes chimiques contre des populations civiles, ont comparu à leur tour devant le TSI, présidé par un jeune magistrat.

Les 12 hommes avaient été officiellement placés mercredi sous le contrôle administratif du gouvernement intérimaire, garant de la souveraineté de l'Irak depuis lundi.

Ceux-ci étant notamment jugés pour crimes contre l'humanité, génocide et crimes de guerre, leur procès pourrait durer des années et déboucher sur des condamnations à mort.

Accusé par les Irakiens d'avoir ordonné de tuer ou de torturer des milliers de personnes, Saddam Hussein était considéré comme un prisonnier de guerre depuis sa capture par l'armée américaine dans une cache située à proximité de sa ville natale de Tikrit, le 13 décembre dernier. Il relève désormais du droit pénal irakien et ne peut plus se prévaloir du statut de prisonnier de guerre, protégé par la Convention de Genève.

La vingtaine d'avocats réunis par la femme de Saddam Hussein pour assurer sa défense ont contesté la légitimité du TSI, installé non loin de l'un des anciens palais de Saddam et de l'aéroport international de Bagdad.

«Sur quelle base ce tribunal a-t-il été créé? Qui a nommé ses juges? À quelles lois est-il soumis?», s'est interrogé Mohamed Rachdane, l'avocat jordanien qui coordonne le collectif des défenseurs de l'ancien président irakien.

Dans le même temps, la polémique battait son plein, y compris au sein des plus hautes instances du pouvoir en Irak, sur le fait de savoir si Saddam Hussein devait ou non se voir infliger la peine capitale, rétablie mercredi.

Le chef kurde irakien Jalal Talabani s'est ainsi prononcé contre son exécution, contrairement au seul ministre chrétien du gouvernement intérimaire irakien, Pascale Icho Warda, une femme partisane de sa condamnation à mort.

Un point de vue que partage le ministre koweitien de l'Information, Mohammad Abou al-Hassan, selon lequel Saddam Hussein est un «criminel de guerre [...] qui mérite la peine capitale» pour avoir ordonné l'invasion du Koweït.

Le président américain George W. Bush se disait, lui, satisfait de voir l'ex-dictateur traduit en justice en Irak. «Saddam Hussein va faire face à la justice dont il a privé le peuple irakien, y compris les centaines de milliers d'innocents qui ont été victimes de sa brutalité», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche Scott McClellan. Il a ajouté que le jugement de l'ancien raïs était une étape importante pour aider les Irakiens à oublier les décennies de brutalités sous son régime et pour montrer que l'état de droit faisait maintenant partie intégrante du nouvel Irak.

Dans les cafés de Bagdad, les premières images télévisées de Saddam Hussein depuis sa capture ont été accueillies par des sifflets. «Il mangeait un cerf entier à chaque repas; maintenant, il a beaucoup maigri», a lancé un Bagdadi, Mohammed Ali.

Si de nombreux Irakiens souhaitent la mort de l'ancien dictateur, d'autres veulent le voir souffrir, à l'image de ce qu'il a fait subir à son peuple. «Ils devraient mettre Saddam dans une cage et le trimbaler de par le monde dans un zoo ambulant pour que tout le monde voie quel monstre il a été», a déclaré Samir Madjid, un commerçant de Bagdad.

Pour d'autres encore, Saddam Hussein reste un grand homme. «C'était un président, un chef arabe. Je pense que les Arabes sont humiliés de le voir ainsi prisonnier, quoi qu'il ait fait», a déclaré Faleh Jassem, un chauffeur de taxi.






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