Rwanda - Dallaire juge Washington, Londres et Paris «criminellement responsables»
Photo : Agence Reuters
Roméo Dallaire, ancien commandant de la force de l’ONU au Rwanda.
Kigali — Les pays occidentaux ont une «responsabilité criminelle» dans le génocide de 1994 au Rwanda parce qu'ils se sont montrés trop indifférents pour l'arrêter, a déclaré hier le général canadien Roméo Dallaire, qui commandait alors la force de maintien de la paix de l'ONU dans le pays. «La communauté internationale se fichait entièrement des Rwandais parce que le Rwanda est un pays sans importance stratégique», a-t-il dit à Kigali lors d'une conférence organisée pour le 10e anniversaire des massacres.
«Il revient au Rwanda de ne pas laisser les autres oublier qu'ils sont pénalement responsables du génocide», a-t-il souligné en citant la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. «Le génocide a été brutal, criminel, répugnant, et il s'est poursuivi pendant cent jours sous les yeux de la communauté internationale.»
Dallaire, 57 ans, est revenu au Rwanda pour la première fois depuis 1994 afin d'exposer aux habitants du pays ses souvenirs du génocide et de formuler des recommandations pour de futures missions de maintien de la paix.
Très isolé à l'époque parmi les représentants de la communauté internationale, Dallaire jouit aujourd'hui d'une large popularité dans le petit pays d'Afrique centrale parce qu'il s'était efforcé sans relâche, bien qu'en vain, d'empêcher les massacres. L'officier canadien à la retraite a été profondément traumatisé par l'échec de sa mission durant l'élimination de quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés par des extrémistes hutus armés de machettes ou de massues cloutées.
Le génocide rwandais débuta la nuit du 6 avril 1994, après la destruction près de Kigali d'un avion qui transportait les présidents du Rwanda et du Burundi. Tous deux y laissèrent la vie.
La «peur des victimes»
Dallaire réclama une force onusienne plus importante et mandatée pour s'opposer aux tueries, mais les pays du Conseil de sécurité choisirent au contraire de réduire les effectifs de 2500 hommes à 450 soldats mal entraînés et piètrement équipés.
Le général canadien a rappelé hier que les événements survenus en 1993 en Somalie, où 18 soldats américains appuyant une mission de paix de l'ONU avaient péri dans un accrochage, avaient créé la «peur des victimes» dans le camp occidental. Dimanche dernier, en inaugurant une conférence sur la prévention des génocides, le président rwandais Paul Kagamé avait salué l'attitude de Dallaire en 1994. Kagamé dirigeait alors l'armée rebelle appelée à renverser le gouvernement hutu qui avait planifié et exécuté les massacres durant trois mois.
De nombreux citoyens rwandais ont aussi exprimé leur admiration pour Dallaire. Son expérience l'avait affecté au point qu'il fut sujet à des troubles psychologiques ultérieurs et qu'on le découvrit un jour ivre mort sur un banc, dans un parc d'Ottawa, après une tentative de suicide. «Dallaire n'a fait défaut au Rwanda que parce qu'il a tenté de nous sauver. Le monde et l'ONU n'ont pas fait défaut au Rwanda parce qu'ils n'ont même pas essayé», déclare Beatha Uwazaninka, 24 ans, qui a échappé à la mort en se cachant sous une pile de cadavres.
«C'est un bon ami parce qu'il est allé en enfer avec nous pendant trois mois», ajoute Uwazaninka, qui dit connaître un certain nombre de personnes que les maigres troupes de Dallaire ont arrachées à une mort certaine. «J'aimerais que tous les soldats de l'ONU aient été comme lui.»
Dallaire repousse quant à lui l'idée qu'il ait joué un rôle héroïque dans une tragédie moderne. «Il n'y a pas de consolation dans le fait de dire que j'ai agi de mon mieux. Cela n'efface pas les souffrances d'un million de personnes. Je trouve que c'est la chose la plus insultante et la plus suffisante que l'on puisse dire», a-t-il confié ce week-end au New York Times Magazine.
«Il revient au Rwanda de ne pas laisser les autres oublier qu'ils sont pénalement responsables du génocide», a-t-il souligné en citant la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. «Le génocide a été brutal, criminel, répugnant, et il s'est poursuivi pendant cent jours sous les yeux de la communauté internationale.»
Dallaire, 57 ans, est revenu au Rwanda pour la première fois depuis 1994 afin d'exposer aux habitants du pays ses souvenirs du génocide et de formuler des recommandations pour de futures missions de maintien de la paix.
Très isolé à l'époque parmi les représentants de la communauté internationale, Dallaire jouit aujourd'hui d'une large popularité dans le petit pays d'Afrique centrale parce qu'il s'était efforcé sans relâche, bien qu'en vain, d'empêcher les massacres. L'officier canadien à la retraite a été profondément traumatisé par l'échec de sa mission durant l'élimination de quelque 800 000 Tutsis et Hutus modérés par des extrémistes hutus armés de machettes ou de massues cloutées.
Le génocide rwandais débuta la nuit du 6 avril 1994, après la destruction près de Kigali d'un avion qui transportait les présidents du Rwanda et du Burundi. Tous deux y laissèrent la vie.
La «peur des victimes»
Dallaire réclama une force onusienne plus importante et mandatée pour s'opposer aux tueries, mais les pays du Conseil de sécurité choisirent au contraire de réduire les effectifs de 2500 hommes à 450 soldats mal entraînés et piètrement équipés.
Le général canadien a rappelé hier que les événements survenus en 1993 en Somalie, où 18 soldats américains appuyant une mission de paix de l'ONU avaient péri dans un accrochage, avaient créé la «peur des victimes» dans le camp occidental. Dimanche dernier, en inaugurant une conférence sur la prévention des génocides, le président rwandais Paul Kagamé avait salué l'attitude de Dallaire en 1994. Kagamé dirigeait alors l'armée rebelle appelée à renverser le gouvernement hutu qui avait planifié et exécuté les massacres durant trois mois.
De nombreux citoyens rwandais ont aussi exprimé leur admiration pour Dallaire. Son expérience l'avait affecté au point qu'il fut sujet à des troubles psychologiques ultérieurs et qu'on le découvrit un jour ivre mort sur un banc, dans un parc d'Ottawa, après une tentative de suicide. «Dallaire n'a fait défaut au Rwanda que parce qu'il a tenté de nous sauver. Le monde et l'ONU n'ont pas fait défaut au Rwanda parce qu'ils n'ont même pas essayé», déclare Beatha Uwazaninka, 24 ans, qui a échappé à la mort en se cachant sous une pile de cadavres.
«C'est un bon ami parce qu'il est allé en enfer avec nous pendant trois mois», ajoute Uwazaninka, qui dit connaître un certain nombre de personnes que les maigres troupes de Dallaire ont arrachées à une mort certaine. «J'aimerais que tous les soldats de l'ONU aient été comme lui.»
Dallaire repousse quant à lui l'idée qu'il ait joué un rôle héroïque dans une tragédie moderne. «Il n'y a pas de consolation dans le fait de dire que j'ai agi de mon mieux. Cela n'efface pas les souffrances d'un million de personnes. Je trouve que c'est la chose la plus insultante et la plus suffisante que l'on puisse dire», a-t-il confié ce week-end au New York Times Magazine.
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