Irak - Des chiites versent dans la violence
Une partie minoritaire, mais radicale, des chiites en Irak ont basculé hier dans l'action violente contre la coalition. Vingt Irakiens et deux soldats — un Américain et un Salvadorien — ont été tués et 200 autres personnes ont été blessées hier dans des heurts qui ont opposé des soldats de la coalition et des policiers irakiens à des partisans du dignitaire chiite Moqtada al-Sadr, qui marchaient sur une base militaire, à Koufa, près de Najaf.
D'autres violences survenues en Irak ont coûté la vie à au moins sept soldats américains dans l'ouest du pays, à trois membres des forces de sécurité irakiennes près de Bagdad et à trois civils à Kirkouk.
Koufa abrite une base de soldats espagnols et de plusieurs pays latino-américains, dont des Salvadoriens.
La coalition des forces d'occupation semble cette fois visée non plus par des partisans de l'ancien régime de Saddam Hussein ou par des extrémistes venus de l'étranger, mais par la colère d'une frange des chiites, communauté durement réprimée sous le régime de Saddam Hussein.
À Koufa, près de Najaf, tout a commencé au cours d'une manifestation de soutien au jeune et charismatique Moqtada al-Sadr, 30 ans, chef d'une milice opposée à l'occupation, l'Armée du Mahdi, et désormais dans le collimateur des Américains, qui ont fermé le 28 mars son journal, l'accusant d'incitation à la violence contre les forces de la coalition.
Quelque 5000 personnes s'étaient rassemblées hier pour marcher sur la caserne des Espagnols, après avoir appris l'arrestation de Mustapha al-Yacoubi, bras droit d'al-Sadr. L'homme est soupçonné du meurtre d'Abdel-Madjid al-Khoeï, un dignitaire chiite rentré au pays après l'invasion américano-britannique. Vingt-cinq mandats d'arrestation ont été émis dans le cadre de cette affaire et il y a eu 13 arrestations jusqu'à présent. Les Espagnols démentent avoir jamais arrêté cet homme, mais ils ont laissé entendre hier que d'autres forces de la coalition l'avaient peut-être appréhendé.
Selon le porte-parole du contingent espagnol, des tirs sont partis vers midi de la foule rassemblée devant la caserne. Espagnols et Salvadoriens, membres de la brigade internationale placée sous commandement ibère, ont riposté, les assaillants se regroupant par la suite.
Selon des témoins, des manifestants ont lancé des pierres contre des véhicules militaires cherchant à entrer dans la base al-Andalous. La police irakienne et les soldats gardant le périmètre de la base ont riposté à la mitrailleuse, affirment ces témoins.
Des miliciens de l'Armée du Mahdi, vêtus de noir et parfois âgés de seulement 17 ou 18 ans, ont à leur tour ouvert le feu en direction de la base. Les miliciens chiites se sont embusqués dans une zone industrielle située de l'autre côté de la route longeant la base. Les miliciens tiraient des rafales de fusils d'assaut AK-47 avant de revenir se mettre à couvert.
Non loin de Koufa, à Najaf, un bâtiment de la coalition gardé par des Salvadoriens a été attaqué, et les forces de la coalition ont riposté en appelant en renfort des hélicoptères Apache.
L'Armée du Mahdi, mise sur pied l'an dernier par al-Sadr, a fait montre d'une agressivité croissante et a fait entendre sa voix de plus en plus fort ces dernières semaines. Ces derniers jours, plusieurs manifestations avaient déjà eu lieu contre la fermeture d'al-Haouza, mais aussi contre l'arrestation présumée de Yacoubi.
Appel au calme
À Bagdad, au moins deux personnes ont été blessées par les tirs de semonce de la police lors d'une autre manifestation de partisans de l'imam, qui ont également défilé dans le sud du pays, à Bassorah. Dans l'immense et misérable quartier chiite de Sadr City, bastion d'al-Sadr à Bagdad et qui porte le nom de son père, la foule a investi plusieurs commissariats.
Puis, le bureau d'al-Sadr a publié un communiqué appelant à l'arrêt des manifestations et précisant que le religieux organiserait un sit-in à la mosquée de Koufa, d'où il lance depuis des mois ses prêches virulents.
Le plus haut dignitaire chiite irakien, le grand ayatollah Ali Sistani, a lancé un appel au calme après les affrontements, a-t-on indiqué de source proche du dignitaire, à Najaf. Le dignitaire, dont les avis sont respectés par la communauté, «condamne les actes perpétrés par les forces d'occupation et proclame son soutien aux familles des victimes». Il considère en outre que «les revendications des manifestants sont légitimes», a-t-on ajouté.
La colère fait donc rage dans les rangs des partisans du jeune imam, depuis la fermeture du journal al-Haouza. Et, à l'heure où Washington tente d'organiser le transfert du pouvoir aux Irakiens d'ici juillet et compte sur l'appui des chiites, majoritaires, ces troubles laissent craindre leur radicalisation.
Les allusions à la violence se font désormais plus précises dans les discours d'al-Sadr: il s'est qualifié vendredi de bras armé en Irak du Hamas palestinien, et, samedi, sa milice s'est livrée à une démonstration de force à Sadr City, dans laquelle nombre d'hommes cagoulés portaient au front l'inscription de martyr.
Éclipsé par l'essor de l'ayatollah Ali al-Husseini al-Sistani comme chef spirituel des chiites, Moqtada al-Sadr est entouré de partisans organisés, loyaux, disciplinés, très présents par l'action sociale dans les quartiers chiites. Et il bénéficie de l'aura et du respect liés à la personne de son père, haut dignitaire religieux assassiné en 1999, sans doute sur ordre de Saddam Hussein.
Au chapitre du transfert des pouvoirs, l'administrateur civil Paul Bremer a annoncé hier la nomination d'Ali Allaoui, actuel ministre du Commerce, au portefeuille de la Défense nouvellement créé, soit dix mois après la dissolution de la totalité de l'appareil sécuritaire du régime baassiste. Un service de renseignements irakien sera par ailleurs confié à Mohammed al-Chehouani, un ancien officier de l'armée de l'air ayant fui l'Irak en 1990.
De son côté, l'émissaire spécial de l'ONU pour l'Irak, Lakhdar Brahimi, est arrivé hier soir à Bagdad. M. Brahimi et son équipe sont arrivés en Irak à l'invitation des parties en présence. La mission de l'équipe consistera «à coopérer avec les parties en présence pour les aider à préparer le processus de transfert» des pouvoirs.
D'autres violences survenues en Irak ont coûté la vie à au moins sept soldats américains dans l'ouest du pays, à trois membres des forces de sécurité irakiennes près de Bagdad et à trois civils à Kirkouk.
Koufa abrite une base de soldats espagnols et de plusieurs pays latino-américains, dont des Salvadoriens.
La coalition des forces d'occupation semble cette fois visée non plus par des partisans de l'ancien régime de Saddam Hussein ou par des extrémistes venus de l'étranger, mais par la colère d'une frange des chiites, communauté durement réprimée sous le régime de Saddam Hussein.
À Koufa, près de Najaf, tout a commencé au cours d'une manifestation de soutien au jeune et charismatique Moqtada al-Sadr, 30 ans, chef d'une milice opposée à l'occupation, l'Armée du Mahdi, et désormais dans le collimateur des Américains, qui ont fermé le 28 mars son journal, l'accusant d'incitation à la violence contre les forces de la coalition.
Quelque 5000 personnes s'étaient rassemblées hier pour marcher sur la caserne des Espagnols, après avoir appris l'arrestation de Mustapha al-Yacoubi, bras droit d'al-Sadr. L'homme est soupçonné du meurtre d'Abdel-Madjid al-Khoeï, un dignitaire chiite rentré au pays après l'invasion américano-britannique. Vingt-cinq mandats d'arrestation ont été émis dans le cadre de cette affaire et il y a eu 13 arrestations jusqu'à présent. Les Espagnols démentent avoir jamais arrêté cet homme, mais ils ont laissé entendre hier que d'autres forces de la coalition l'avaient peut-être appréhendé.
Selon le porte-parole du contingent espagnol, des tirs sont partis vers midi de la foule rassemblée devant la caserne. Espagnols et Salvadoriens, membres de la brigade internationale placée sous commandement ibère, ont riposté, les assaillants se regroupant par la suite.
Selon des témoins, des manifestants ont lancé des pierres contre des véhicules militaires cherchant à entrer dans la base al-Andalous. La police irakienne et les soldats gardant le périmètre de la base ont riposté à la mitrailleuse, affirment ces témoins.
Des miliciens de l'Armée du Mahdi, vêtus de noir et parfois âgés de seulement 17 ou 18 ans, ont à leur tour ouvert le feu en direction de la base. Les miliciens chiites se sont embusqués dans une zone industrielle située de l'autre côté de la route longeant la base. Les miliciens tiraient des rafales de fusils d'assaut AK-47 avant de revenir se mettre à couvert.
Non loin de Koufa, à Najaf, un bâtiment de la coalition gardé par des Salvadoriens a été attaqué, et les forces de la coalition ont riposté en appelant en renfort des hélicoptères Apache.
L'Armée du Mahdi, mise sur pied l'an dernier par al-Sadr, a fait montre d'une agressivité croissante et a fait entendre sa voix de plus en plus fort ces dernières semaines. Ces derniers jours, plusieurs manifestations avaient déjà eu lieu contre la fermeture d'al-Haouza, mais aussi contre l'arrestation présumée de Yacoubi.
Appel au calme
À Bagdad, au moins deux personnes ont été blessées par les tirs de semonce de la police lors d'une autre manifestation de partisans de l'imam, qui ont également défilé dans le sud du pays, à Bassorah. Dans l'immense et misérable quartier chiite de Sadr City, bastion d'al-Sadr à Bagdad et qui porte le nom de son père, la foule a investi plusieurs commissariats.
Puis, le bureau d'al-Sadr a publié un communiqué appelant à l'arrêt des manifestations et précisant que le religieux organiserait un sit-in à la mosquée de Koufa, d'où il lance depuis des mois ses prêches virulents.
Le plus haut dignitaire chiite irakien, le grand ayatollah Ali Sistani, a lancé un appel au calme après les affrontements, a-t-on indiqué de source proche du dignitaire, à Najaf. Le dignitaire, dont les avis sont respectés par la communauté, «condamne les actes perpétrés par les forces d'occupation et proclame son soutien aux familles des victimes». Il considère en outre que «les revendications des manifestants sont légitimes», a-t-on ajouté.
La colère fait donc rage dans les rangs des partisans du jeune imam, depuis la fermeture du journal al-Haouza. Et, à l'heure où Washington tente d'organiser le transfert du pouvoir aux Irakiens d'ici juillet et compte sur l'appui des chiites, majoritaires, ces troubles laissent craindre leur radicalisation.
Les allusions à la violence se font désormais plus précises dans les discours d'al-Sadr: il s'est qualifié vendredi de bras armé en Irak du Hamas palestinien, et, samedi, sa milice s'est livrée à une démonstration de force à Sadr City, dans laquelle nombre d'hommes cagoulés portaient au front l'inscription de martyr.
Éclipsé par l'essor de l'ayatollah Ali al-Husseini al-Sistani comme chef spirituel des chiites, Moqtada al-Sadr est entouré de partisans organisés, loyaux, disciplinés, très présents par l'action sociale dans les quartiers chiites. Et il bénéficie de l'aura et du respect liés à la personne de son père, haut dignitaire religieux assassiné en 1999, sans doute sur ordre de Saddam Hussein.
Au chapitre du transfert des pouvoirs, l'administrateur civil Paul Bremer a annoncé hier la nomination d'Ali Allaoui, actuel ministre du Commerce, au portefeuille de la Défense nouvellement créé, soit dix mois après la dissolution de la totalité de l'appareil sécuritaire du régime baassiste. Un service de renseignements irakien sera par ailleurs confié à Mohammed al-Chehouani, un ancien officier de l'armée de l'air ayant fui l'Irak en 1990.
De son côté, l'émissaire spécial de l'ONU pour l'Irak, Lakhdar Brahimi, est arrivé hier soir à Bagdad. M. Brahimi et son équipe sont arrivés en Irak à l'invitation des parties en présence. La mission de l'équipe consistera «à coopérer avec les parties en présence pour les aider à préparer le processus de transfert» des pouvoirs.
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