La piste al-Qaïda gagne du terrain
13 mars 2004
International
Madrid — L'ETA a démenti hier toute responsabilité dans le massacre terroriste de Madrid, que le gouvernement espagnol lui avait attribué en dépit d'une revendication attribuée à al-Qaïda, et le ministre de l'Intérieur a admis que l'enquête s'était ouverte à «de nouvelles pistes», tout en affirmant privilégier celle de l'ETA.
«L'organisation ETA n'a aucune responsabilité dans les attentats de jeudi», a affirmé un correspondant anonyme disant parler au nom de l'ETA au journal indépendantiste basque Gara, canal habituel de communication de l'organisation basque armée, ainsi qu'à la télévision publique basque ETB.
Ce démenti est le premier jamais formulé par l'organisation armée, à laquelle sont attribués 800 morts en 36 ans de campagne terroriste.
Le parti indépendantiste basque radical interdit Batasuna, considéré comme la vitrine politique de l'ETA et qui dès les premières heures avait écarté l'hypothèse de la responsabilité basque, a estimé que l'appel anonyme reçu par Gara «présentait beaucoup de garanties de véracité».
Peu avant, le ministre espagnol de l'Intérieur, Angel Acebes, avait affirmé que la découverte jeudi d'une bombe non explosée dans l'un des trains éventrés avait «ouvert de nouvelles pistes d'enquête».
Le ministère de l'Intérieur a confirmé que la police examinait une bombe, la treizième de la série déposée par les terroristes dans quatre trains de banlieue, 10 ayant explosé, tuant 199 personnes, et deux autres ayant été détonnées par la police.
Le ministère de l'Intérieur a en outre confirmé des informations de la radio Cadena Ser selon lesquelles le sac contenait un explosif renforcé par de la mitraille et relié à un téléphone portable.
Selon la radio, une source antiterroriste a affirmé que l'explosif «n'était pas un explosif habituel de l'ETA» mais un explosif d'un «autre groupe terroriste lié à l'islamisme», ce que n'a pas confirmé le ministère.
Le gouvernement assure que la dynamite est un explosif que l'organisation basque utilise généralement. Toutefois, il n'a pas été prouvé qu'il s'agisse de Titadyn, marque habituelle de l'ETA.
Selon la radio Cadena Ser, l'explosif de la treizième bombe serait du plastic «Special C» fabriqué en Espagne par l'ancienne entreprise Rio Tinto. Les détonateurs reliés au téléphone seraient également de fabrication espagnole.
Malgré la revendication de la tuerie par un communiqué attribué à al-Qaïda, dans la nuit de jeudi à hier, M. Acebes a assuré qu'il n'y a «aucune donnée fiable» sur la responsabilité d'un «groupe terroriste d'origine islamique» dans les attentats et que «la principale piste est l'ETA, sans en écarter d'autres».
Interrogé sur le communiqué de revendication attribué à «Brigades Abou Hafs al-Masri/al-Qaïda» et adressé au quotidien de Londres al-Qods al-Arabi, M. Acebes a assuré que son homologue britannique David Blunkett lui avait dit «qu'il faut prendre avec une extrême prudence la revendication faite par ce groupe».
La découverte d'une cassette audio avec des versets du Coran et de sept détonateurs dans une camionnette volée à Alcala de Henares, à 30 kilomètres de Madrid, point de départ des trains éventrés par les bombes, avait semé le doute dès jeudi soir.
Le président de l'exécutif espagnol José Maria Aznar avait déclaré «logique» qu'il s'agisse de l'ETA en rappelant que l'organisation avait tenté de commettre un attentat selon la même méthode, avec des sacs à dos bourrés d'explosifs du même type, dans une autre gare de Madrid, Chamartin, la veille de Noël.
Il a également évoqué l'interception d'une fourgonnette chargée de 500 kilos d'explosifs il y a dix jours avec une carte de la zone d'Alcala de Henares.
Beaucoup d'enquêteurs relèvent que l'organisation des attentats était sophistiquée, les moyens et la coordination bien importants pour une organisation basque donnée pour exsangue.
Outre ces éléments, la radio Cadena Ser affirme qu'un terroriste kamikaze — un mode d'action que l'ETA n'a jamais utilisé — se trouvait dans l'un des trains, ce que le gouvernement a démenti.
Tout en présentant l'ETA comme responsable des attentats de Madrid, le gouvernement espagnol n'a pas encore révélé les preuves désignant l'organisation basque armée, qui jusqu'à présent n'avait jamais démontré de telles capacités d'action.
Selon le ministère de l'Intérieur, treize bombes ont été posées. Dix, composées de 8 à 12 kilos de dynamite et placées dans des sacs à dos, ont sauté de façon quasi simultanée dans quatre trains différents. Les services de déminage ont fait exploser deux autres sacs piégés.
Lors d'une première intervention, le ministre espagnol de l'Intérieur, Angel Acebes, avait parlé de trois explosions contrôlées. L'une des bombes a en fait été recueillie et était analysée hier par la police.
Les auteurs des attentats connaissaient le fonctionnement des trains. Ils avaient minutieusement choisi le moment, en pleine heure de pointe, et les wagons où ils ont placé leurs bombes, souvent les plus faciles d'accès et donc les plus bondés.
Ordre aux ambassadeurs
de défendre la thèse ETA
À deux jours des élections législatives, la ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, a envoyé une circulaire aux ambassadeurs d'Espagne à l'étranger pour leur demander de défendre la thèse de la responsabilité de l'ETA dans les attentats de Madrid, ont rapporté hier soir l'agence Europa Press et la radio privée Cadena Ser.
La ministre espagnole, dans cette note directive à ses diplomates en poste dans le monde, envoyée après les attentats de jeudi, indiquait que «certaines forces politiques» tentaient de «tromper l'opinion publique sur les auteurs de l'attentat», indique Cadena Ser.
Selon la même radio et l'agence Europa Press, Ana Palacio ajoute dans la même missive que le ministre de l'Intérieur espagnol, Angel Acebes, avait confirmé que l'ETA était bien l'auteur des attentats.
Selon ces médias, le chef de la diplomatie espagnole demandait à ses ambassadeurs de profiter de toutes les occasions pour confirmer que l'auteur de l'attentat était bien l'ETA, indiquent encore les deux médias espagnols.
Le ministère des Affaires étrangères s'est refusé dans un premier temps à tout commentaire «sur une note interne des Affaires étrangères».
Prochaine cible: l'Italie?
Les attentats qui ont fait au moins 198 morts jeudi à Madrid sont «un message au nom d'al-Qaïda», a affirmé hier à Londres le chef spirituel du groupe islamiste al-Mouhadjiroun, Omar Bakri, suggérant que l'Italie pourrait être la prochaine cible.
Bakri est l'un des fondateurs d'al-Mouhadjiroun, soupçonné d'être lié au chef présumé d'al-Qaïda en Europe, Abou Qatada.
«Al-Qaïda n'est plus un seul groupe. C'est devenu un phénomène du monde musulman résistant à la grande croisade des États-Unis contre l'islam», a-t-il expliqué.
«Je suis surpris que le gouvernement [espagnol] ne tienne pas compte du fait que les islamistes dans le monde musulman et en Europe considèrent [ces attentats] comme une grande vengeance contre les atrocités commises par l'Espagne en Irak», a estimé M. Bakri, se référant à la présence militaire espagnole dans ce pays.
Il a laissé entendre que l'Italie pourrait être la prochaine cible de groupes soutenant la cause d'al-Qaïda en Europe, citant le communiqué attribué au réseau terroriste reçu à Londres et publié par le quotidien al-Qods al-Arabi.
Ce communiqué, a-t-il noté, «a promis trois opérations: l'une nommée "le train de la mort" en Espagne, l'autre "la fumée noire de la mort" en Italie et une autre appelée "le vent de la mort aux États-Unis"».
Al-Mouhadjiroun appartient au mouvement salafiste, qui prône la création d'États musulmans partout dans le monde, y compris au Royaume-Uni. Omar Bakri se définit comme juge de la cour de la charia (loi islamique) de Grande-Bretagne.
«L'organisation ETA n'a aucune responsabilité dans les attentats de jeudi», a affirmé un correspondant anonyme disant parler au nom de l'ETA au journal indépendantiste basque Gara, canal habituel de communication de l'organisation basque armée, ainsi qu'à la télévision publique basque ETB.
Ce démenti est le premier jamais formulé par l'organisation armée, à laquelle sont attribués 800 morts en 36 ans de campagne terroriste.
Le parti indépendantiste basque radical interdit Batasuna, considéré comme la vitrine politique de l'ETA et qui dès les premières heures avait écarté l'hypothèse de la responsabilité basque, a estimé que l'appel anonyme reçu par Gara «présentait beaucoup de garanties de véracité».
Peu avant, le ministre espagnol de l'Intérieur, Angel Acebes, avait affirmé que la découverte jeudi d'une bombe non explosée dans l'un des trains éventrés avait «ouvert de nouvelles pistes d'enquête».
Le ministère de l'Intérieur a confirmé que la police examinait une bombe, la treizième de la série déposée par les terroristes dans quatre trains de banlieue, 10 ayant explosé, tuant 199 personnes, et deux autres ayant été détonnées par la police.
Le ministère de l'Intérieur a en outre confirmé des informations de la radio Cadena Ser selon lesquelles le sac contenait un explosif renforcé par de la mitraille et relié à un téléphone portable.
Selon la radio, une source antiterroriste a affirmé que l'explosif «n'était pas un explosif habituel de l'ETA» mais un explosif d'un «autre groupe terroriste lié à l'islamisme», ce que n'a pas confirmé le ministère.
Le gouvernement assure que la dynamite est un explosif que l'organisation basque utilise généralement. Toutefois, il n'a pas été prouvé qu'il s'agisse de Titadyn, marque habituelle de l'ETA.
Selon la radio Cadena Ser, l'explosif de la treizième bombe serait du plastic «Special C» fabriqué en Espagne par l'ancienne entreprise Rio Tinto. Les détonateurs reliés au téléphone seraient également de fabrication espagnole.
Malgré la revendication de la tuerie par un communiqué attribué à al-Qaïda, dans la nuit de jeudi à hier, M. Acebes a assuré qu'il n'y a «aucune donnée fiable» sur la responsabilité d'un «groupe terroriste d'origine islamique» dans les attentats et que «la principale piste est l'ETA, sans en écarter d'autres».
Interrogé sur le communiqué de revendication attribué à «Brigades Abou Hafs al-Masri/al-Qaïda» et adressé au quotidien de Londres al-Qods al-Arabi, M. Acebes a assuré que son homologue britannique David Blunkett lui avait dit «qu'il faut prendre avec une extrême prudence la revendication faite par ce groupe».
La découverte d'une cassette audio avec des versets du Coran et de sept détonateurs dans une camionnette volée à Alcala de Henares, à 30 kilomètres de Madrid, point de départ des trains éventrés par les bombes, avait semé le doute dès jeudi soir.
Le président de l'exécutif espagnol José Maria Aznar avait déclaré «logique» qu'il s'agisse de l'ETA en rappelant que l'organisation avait tenté de commettre un attentat selon la même méthode, avec des sacs à dos bourrés d'explosifs du même type, dans une autre gare de Madrid, Chamartin, la veille de Noël.
Il a également évoqué l'interception d'une fourgonnette chargée de 500 kilos d'explosifs il y a dix jours avec une carte de la zone d'Alcala de Henares.
Beaucoup d'enquêteurs relèvent que l'organisation des attentats était sophistiquée, les moyens et la coordination bien importants pour une organisation basque donnée pour exsangue.
Outre ces éléments, la radio Cadena Ser affirme qu'un terroriste kamikaze — un mode d'action que l'ETA n'a jamais utilisé — se trouvait dans l'un des trains, ce que le gouvernement a démenti.
Tout en présentant l'ETA comme responsable des attentats de Madrid, le gouvernement espagnol n'a pas encore révélé les preuves désignant l'organisation basque armée, qui jusqu'à présent n'avait jamais démontré de telles capacités d'action.
Selon le ministère de l'Intérieur, treize bombes ont été posées. Dix, composées de 8 à 12 kilos de dynamite et placées dans des sacs à dos, ont sauté de façon quasi simultanée dans quatre trains différents. Les services de déminage ont fait exploser deux autres sacs piégés.
Lors d'une première intervention, le ministre espagnol de l'Intérieur, Angel Acebes, avait parlé de trois explosions contrôlées. L'une des bombes a en fait été recueillie et était analysée hier par la police.
Les auteurs des attentats connaissaient le fonctionnement des trains. Ils avaient minutieusement choisi le moment, en pleine heure de pointe, et les wagons où ils ont placé leurs bombes, souvent les plus faciles d'accès et donc les plus bondés.
Ordre aux ambassadeurs
de défendre la thèse ETA
À deux jours des élections législatives, la ministre espagnole des Affaires étrangères, Ana Palacio, a envoyé une circulaire aux ambassadeurs d'Espagne à l'étranger pour leur demander de défendre la thèse de la responsabilité de l'ETA dans les attentats de Madrid, ont rapporté hier soir l'agence Europa Press et la radio privée Cadena Ser.
La ministre espagnole, dans cette note directive à ses diplomates en poste dans le monde, envoyée après les attentats de jeudi, indiquait que «certaines forces politiques» tentaient de «tromper l'opinion publique sur les auteurs de l'attentat», indique Cadena Ser.
Selon la même radio et l'agence Europa Press, Ana Palacio ajoute dans la même missive que le ministre de l'Intérieur espagnol, Angel Acebes, avait confirmé que l'ETA était bien l'auteur des attentats.
Selon ces médias, le chef de la diplomatie espagnole demandait à ses ambassadeurs de profiter de toutes les occasions pour confirmer que l'auteur de l'attentat était bien l'ETA, indiquent encore les deux médias espagnols.
Le ministère des Affaires étrangères s'est refusé dans un premier temps à tout commentaire «sur une note interne des Affaires étrangères».
Prochaine cible: l'Italie?
Les attentats qui ont fait au moins 198 morts jeudi à Madrid sont «un message au nom d'al-Qaïda», a affirmé hier à Londres le chef spirituel du groupe islamiste al-Mouhadjiroun, Omar Bakri, suggérant que l'Italie pourrait être la prochaine cible.
Bakri est l'un des fondateurs d'al-Mouhadjiroun, soupçonné d'être lié au chef présumé d'al-Qaïda en Europe, Abou Qatada.
«Al-Qaïda n'est plus un seul groupe. C'est devenu un phénomène du monde musulman résistant à la grande croisade des États-Unis contre l'islam», a-t-il expliqué.
«Je suis surpris que le gouvernement [espagnol] ne tienne pas compte du fait que les islamistes dans le monde musulman et en Europe considèrent [ces attentats] comme une grande vengeance contre les atrocités commises par l'Espagne en Irak», a estimé M. Bakri, se référant à la présence militaire espagnole dans ce pays.
Il a laissé entendre que l'Italie pourrait être la prochaine cible de groupes soutenant la cause d'al-Qaïda en Europe, citant le communiqué attribué au réseau terroriste reçu à Londres et publié par le quotidien al-Qods al-Arabi.
Ce communiqué, a-t-il noté, «a promis trois opérations: l'une nommée "le train de la mort" en Espagne, l'autre "la fumée noire de la mort" en Italie et une autre appelée "le vent de la mort aux États-Unis"».
Al-Mouhadjiroun appartient au mouvement salafiste, qui prône la création d'États musulmans partout dans le monde, y compris au Royaume-Uni. Omar Bakri se définit comme juge de la cour de la charia (loi islamique) de Grande-Bretagne.
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