Sanglants attentats contre les chiites en Irak et au Pakistan
3 mars 2004
International
Photo : Agence Reuters
Un pèlerin musulman grièvement blessé est transporté hors de la scène d’une des explosions qui ont frappé hier la ville sainte de Kerbala, en Irak. Les attentats se sont produits pendant que les pèlerins observaient le deuil de l’Achoura, marq
Kerbala et Quetta — L'Irak a connu hier sa journée la plus sanglante depuis la chute en avril du régime de Saddam Hussein, dix attentats antichiites ayant fait 182 morts et 556 blessés à Bagdad et à Kerbala, coïncidant avec le jour le plus sacré pour cette communauté majoritaire dans ce pays.
Au Pakistan également, la communauté chiite a été visée hier par un attentat meurtrier. Au moins 41 personnes ont été tuées et plus de 120 blessées lors d'une procession de fidèles célébrant l'Achoura, à Quetta, capitale du Baloutchistan, dans le sud-ouest du pays.
Cent douze personnes ont été tuées et 235 blessées dans neuf attentats quasi simultanés dans la ville sainte chiite de Kerbala (centre de l'Irak), a déclaré en soirée le magistrat instruisant l'enquête, Ahmed al-Hillali.
Soixante-dix personnes ont été tuées et 321 blessées dans un attentat à Bagdad contre la mosquée abritant le mausolée chiite Moussa al-Kazem, a indiqué le ministre de la Santé Khodayyir Abbas.
«Ce bilan peut s'alourdir», a averti M. Abbas, qui parlait après avoir effectué une tournée dans les hôpitaux de Bagdad.
Les attentats, qui ont été condamnés à travers le monde et dans la classe politique irakienne, ont donné lieu à des critiques de chefs religieux et politiques chiites qui les ont attribués à l'incapacité des forces d'occupation américaines à contrôler les frontières d'Irak.
Ces chefs, dont un représentant du plus influent des chefs chiites d'Irak, le grand ayatollah Ali Sistani, Sayyed Ahmed Saffi, laissaient ainsi entendre que les attentats étaient l'oeuvre d'étrangers.
Le général américain Mark Kimmitt, directeur adjoint des opérations militaires en Irak, a désigné le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, soupçonné de liens avec le réseau terroriste al-Qaïda, comme l'un des principaux suspects, tandis que nombreux étaient les chiites à Bagdad pour accuser les sunnites fondamentalistes étrangers d'en être les instigateurs.
«Ces attaques sont sophistiquées et très bien coordonnées, a estimé le général Kimmit. Tout cela laisse penser à une sorte d'organisation transnationale.»
L'administrateur américain Paul Bremer a affirmé que la coalition exercerait tout son pouvoir pour «traduire les assassins devant la justice», en référence aux responsables des attentats sanglants d'hier.
«La coalition n'abandonnera pas le peuple irakien [...] et je prends l'engagement d'utiliser tous les moyens dont dispose la coalition pour traduire ces assassins devant la justice», a déclaré M. Bremer dans un communiqué publié à Bagdad.
Quelques heures après les explosions à Kerbala, un journaliste de l'AFP a vu une cinquantaine de cadavres empilés à l'intérieur et à proximité de l'hôpital de la ville où étaient rassemblés plus d'un million de fidèles qui observaient le deuil de l'Achoura, marquant l'anniversaire de la mort de Hussein, leur troisième imam vénéré et petit-fils du prophète Mahomet.
Des scènes de panique et des bousculades se sont produites dans le centre de la ville sainte.
Le Conseil de gouvernement transitoire irakien a décrété un deuil national de trois jours et annoncé le report de la signature, prévue aujourd'hui, de la loi fondamentale, une constitution provisoire sur laquelle les 25 membres du Conseil s'étaient mis d'accord lundi à l'aube après de longues négociations.
Selon le général Kimmitt, un kamikaze, des engins piégés et des obus de mortier ont été utilisés dans les attaques à Kerbala. Selon Ahmed al-Hillali, les attentats à Kerbala ont été menés par plusieurs kamikazes.
Un porte-parole de l'armée polonaise a indiqué que les forces de l'ordre de Kerbala, une zone administrée par la Pologne, avaient arrêté deux terroristes «pris en flagrant délit».
À Bagdad, l'attentat a été commis par quatre kamikazes, selon des gardes de sécurité. «L'un s'est fait exploser à l'entrée de la mosquée, l'autre dans la cour intérieure de la mosquée et les deux autres à l'entrée latérale, à un intervalle de quelques secondes», a affirmé à l'AFP le ministre de la Santé.
Sous le régime de Saddam Hussein, il était interdit à la communauté chiite de pratiquer sa foi en effectuant les rites traditionnels de l'Achoura, comme la flagellation pour les hommes ou les lamentations pour les femmes.
Un chef chiite et membre du Conseil de gouvernement transitoire irakien Abdel Aziz Hakim a déclaré que trois tentatives d'attentat aux explosifs ont été déjouées dans la ville sainte chiite de Najaf au cours des dernières 24 heures.
Au Pakistan
L'attentat de Quetta, au Pakistan (41 personnes tuées, 120 blessés), s'est quant à lui déroulé dans des circonstances confuses. Des coups de feu ont été tirés et une explosion a eu lieu alors que les chiites défilaient dans le centre de la ville, devenue depuis quelques mois le théâtre le plus sanglant de la rivalité politique et confessionnelle qui oppose depuis le début des années 90 les communautés sunnite et chiite.
Au fil de la journée, le bilan n'a cessé de s'alourdir, de nombreuses victimes ayant été emmenées dans des mosquzes ou des domiciles privés avant d'être enregistrées par les autorités. Depuis la fin des années 80, les violences interconfessionnelles entre sunnites (75 % des 150 millions de Pakistanais) et chiites (15 %), issues notamment de la résurgence de l'islam chiite en Iran, ont fait plusieurs milliers de morts.
Le ministre de l'Information, Sheikh Rashid, a indiqué que des arrestations avaient été effectuées, sans en préciser le nombre ou la nature.
Au Pakistan également, la communauté chiite a été visée hier par un attentat meurtrier. Au moins 41 personnes ont été tuées et plus de 120 blessées lors d'une procession de fidèles célébrant l'Achoura, à Quetta, capitale du Baloutchistan, dans le sud-ouest du pays.
Cent douze personnes ont été tuées et 235 blessées dans neuf attentats quasi simultanés dans la ville sainte chiite de Kerbala (centre de l'Irak), a déclaré en soirée le magistrat instruisant l'enquête, Ahmed al-Hillali.
Soixante-dix personnes ont été tuées et 321 blessées dans un attentat à Bagdad contre la mosquée abritant le mausolée chiite Moussa al-Kazem, a indiqué le ministre de la Santé Khodayyir Abbas.
«Ce bilan peut s'alourdir», a averti M. Abbas, qui parlait après avoir effectué une tournée dans les hôpitaux de Bagdad.
Les attentats, qui ont été condamnés à travers le monde et dans la classe politique irakienne, ont donné lieu à des critiques de chefs religieux et politiques chiites qui les ont attribués à l'incapacité des forces d'occupation américaines à contrôler les frontières d'Irak.
Ces chefs, dont un représentant du plus influent des chefs chiites d'Irak, le grand ayatollah Ali Sistani, Sayyed Ahmed Saffi, laissaient ainsi entendre que les attentats étaient l'oeuvre d'étrangers.
Le général américain Mark Kimmitt, directeur adjoint des opérations militaires en Irak, a désigné le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, soupçonné de liens avec le réseau terroriste al-Qaïda, comme l'un des principaux suspects, tandis que nombreux étaient les chiites à Bagdad pour accuser les sunnites fondamentalistes étrangers d'en être les instigateurs.
«Ces attaques sont sophistiquées et très bien coordonnées, a estimé le général Kimmit. Tout cela laisse penser à une sorte d'organisation transnationale.»
L'administrateur américain Paul Bremer a affirmé que la coalition exercerait tout son pouvoir pour «traduire les assassins devant la justice», en référence aux responsables des attentats sanglants d'hier.
«La coalition n'abandonnera pas le peuple irakien [...] et je prends l'engagement d'utiliser tous les moyens dont dispose la coalition pour traduire ces assassins devant la justice», a déclaré M. Bremer dans un communiqué publié à Bagdad.
Quelques heures après les explosions à Kerbala, un journaliste de l'AFP a vu une cinquantaine de cadavres empilés à l'intérieur et à proximité de l'hôpital de la ville où étaient rassemblés plus d'un million de fidèles qui observaient le deuil de l'Achoura, marquant l'anniversaire de la mort de Hussein, leur troisième imam vénéré et petit-fils du prophète Mahomet.
Des scènes de panique et des bousculades se sont produites dans le centre de la ville sainte.
Le Conseil de gouvernement transitoire irakien a décrété un deuil national de trois jours et annoncé le report de la signature, prévue aujourd'hui, de la loi fondamentale, une constitution provisoire sur laquelle les 25 membres du Conseil s'étaient mis d'accord lundi à l'aube après de longues négociations.
Selon le général Kimmitt, un kamikaze, des engins piégés et des obus de mortier ont été utilisés dans les attaques à Kerbala. Selon Ahmed al-Hillali, les attentats à Kerbala ont été menés par plusieurs kamikazes.
Un porte-parole de l'armée polonaise a indiqué que les forces de l'ordre de Kerbala, une zone administrée par la Pologne, avaient arrêté deux terroristes «pris en flagrant délit».
À Bagdad, l'attentat a été commis par quatre kamikazes, selon des gardes de sécurité. «L'un s'est fait exploser à l'entrée de la mosquée, l'autre dans la cour intérieure de la mosquée et les deux autres à l'entrée latérale, à un intervalle de quelques secondes», a affirmé à l'AFP le ministre de la Santé.
Sous le régime de Saddam Hussein, il était interdit à la communauté chiite de pratiquer sa foi en effectuant les rites traditionnels de l'Achoura, comme la flagellation pour les hommes ou les lamentations pour les femmes.
Un chef chiite et membre du Conseil de gouvernement transitoire irakien Abdel Aziz Hakim a déclaré que trois tentatives d'attentat aux explosifs ont été déjouées dans la ville sainte chiite de Najaf au cours des dernières 24 heures.
Au Pakistan
L'attentat de Quetta, au Pakistan (41 personnes tuées, 120 blessés), s'est quant à lui déroulé dans des circonstances confuses. Des coups de feu ont été tirés et une explosion a eu lieu alors que les chiites défilaient dans le centre de la ville, devenue depuis quelques mois le théâtre le plus sanglant de la rivalité politique et confessionnelle qui oppose depuis le début des années 90 les communautés sunnite et chiite.
Au fil de la journée, le bilan n'a cessé de s'alourdir, de nombreuses victimes ayant été emmenées dans des mosquzes ou des domiciles privés avant d'être enregistrées par les autorités. Depuis la fin des années 80, les violences interconfessionnelles entre sunnites (75 % des 150 millions de Pakistanais) et chiites (15 %), issues notamment de la résurgence de l'islam chiite en Iran, ont fait plusieurs milliers de morts.
Le ministre de l'Information, Sheikh Rashid, a indiqué que des arrestations avaient été effectuées, sans en préciser le nombre ou la nature.
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