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Russie - Un attentat vient endeuiller une campagne électorale morne

6 décembre 2003  International
Moscou - Un attentat meurtrier à l'explosif, qui a fait au moins 40 morts et une centaine de blessés, a endeuillé la Russie à la veille d'élections législatives sans véritable enjeu ni compétition. L'explosion a eu lieu dans un train circulant près de la Tchétchénie, ce qui a ravivé le spectre du terrorisme tchétchène. Le thème de la guerre dans la république du Caucase, qui avait porté Vladimir Poutine au pouvoir en 1999 et 2000, avait été absent de la campagne (par ailleurs assez morne) pour les législatives de demain.

Les partisans de Poutine ont préféré ignorer un conflit qu'ils disent «normalisé» depuis l'élection présidentielle tchétchène, en dépit de l'évidence du contraire. Les opposants sont depuis longtemps réticents à critiquer l'action de Poutine en Tchétchénie en raison de la montée du terrorisme. Face à la menace, les dirigeants ont retrouvé leurs vieux réflexes. Le ministre de l'Intérieur, Boris Gryzlov (par ailleurs tête de liste du parti proprésidentiel), a promis de punir «ces bêtes sauvages». Vladimir Poutine a dénoncé «une tentative de déstabilisation» à la veille du scrutin.

Les 100 millions d'électeurs russes doivent élire demain les 450 députés de la Douma, la Chambre basse du Parlement. Il s'agit du premier scrutin national depuis l'accession de Poutine à la magistrature suprême, un test de sa popularité à trois mois de la présidentielle de 2004. La campagne a été dominée par le parti proprésidentiel Edinaïa Rossia («Russie unie»). Elle s'est déroulée à l'ombre de l'affaire Ioukos, le géant pétrolier dont le patron (lui aussi présidentiable), Mikhaïl Khodorkovski, a été emprisonné au début de l'automne pour fraude fiscale. L'affaire a profité au Kremlin, pardonné — grâce à cette chasse à l'oligarque — d'avoir rogné les budgets sociaux. Elle a par contre desservi l'opposition, largement financée par les grandes entreprises. Celles-ci tiennent à avoir dans le Parlement des lobbyistes pour faire avancer les projets de loi qui les intéressent.

Libéraux et communistes

Les libéraux de Iabloko, dont Khodorkovski était le plus proche, et le SPS (Union des forces de droite) de Boris Nemtsov, assimilé aux milieux d'affaires en raison de la présence sur la liste d'Anatoli Tchoubaïs, le «père des privatisations russes», sont menacés de ne pas passer la barre des 5 % nécessaires pour entrer au Parlement. Les communistes du KPRF ont eux aussi été épinglés pour avoir fait figurer sur leurs listes des hommes d'affaires, y compris des représentants de Ioukos, même si ceux-ci sont beaucoup plus nombreux sur les listes du parti du pouvoir. Le KPRF devrait pourtant rester le deuxième parti du pays, les sondages le créditant de 20 à 23 % des intentions de vote. L'affaire Ioukos a donné des ailes à un petit parti, Rodina (Patrie), créé il y a quatre mois par un député ex-communiste secondé par un proche du Kremlin dans le seul but de détourner les électeurs du KPRF. Il a fait une campagne en mêlant la lutte pour le contrôle étatique des ressources naturelles et le nationalisme. Il pourrait passer devant le parti d'extrême droite de Vladimir Jirinovski, pseudo-opposant qui vote toujours avec le pouvoir.

Crédité de 30 % des intentions de vote, le parti pro-Poutine pourrait emporter 250 sièges et peut-être même, grâce au scrutin majoritaire à un tour dans les régions (par lequel sont élus la moitié des députés), une majorité qualifiée qui lui permettrait de changer la Constitution, notamment pour donner à Poutine la possibilité de faire un troisième mandat en 2008, sa réélection en 2004 étant d'ores et déjà assurée...






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