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Une «révolution de velours» chasse Edouard Chevardnadze

N/A ZZZN/A   24 novembre 2003  International
À l’annonce du départ de Chevardnadze, les manifestants ont hurlé leur joie Les grandes artères ont été envahies de voitures klaxonnant de toutes leurs forces et décorées de drapeaux. Aux carrefours, des gens sortaient des immeubles pour saluer
Photo : Agence Reuters
À l’annonce du départ de Chevardnadze, les manifestants ont hurlé leur joie Les grandes artères ont été envahies de voitures klaxonnant de toutes leurs forces et décorées de drapeaux. Aux carrefours, des gens sortaient des immeubles pour saluer
Tbilissi — Le président géorgien Edouard Chevardnadze, qui était au pouvoir depuis 1992, a annoncé hier soir sa démission, cédant face à la «révolution de velours» lancée par l'opposition voici trois semaines. C'est la présidente du parlement sortant, Nino Bourdjanadze, qui assume l'intérim à la tête de l'État, au terme de ce bouleversement politique intervenu sans effusion de sang.

«Je vois bien que tout cela ne peut pas continuer. Si j'étais contraint demain à user de mon autorité, cela déboucherait sur un bain de sang. Je n'ai jamais trahi mon pays, aussi vaut-il mieux que le président démissionne», a déclaré Chevardnadze, surnommé le «renard du Caucase» en raison de ses talents de diplomate, devant les caméras de télévision.

Ce n'est pas la première fois dans sa longue carrière politique que Chevardnadze démissionne. La dernière fois remontait à la mi-décembre 1990, lorsque, chef de la diplomatie soviétique depuis 1985, il avait claqué la porte en disant redouter un «retour de la dictature».

L'annonce de sa démission après onze ans de pouvoir parfois chaotiques en Géorgie a donné lieu à des scènes de liesse dans la capitale de cet État du Caucase qui revêt une importance stratégique tant pour le grand voisin russe que pour les Occidentaux, notamment en raison du projet d'oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), qui doit relier à terme la Caspienne à la côte méditerranéenne de Turquie. Les manifestants ont laissé libre cours à leur joie et des feux d'artifice ont illuminé le ciel de Tbilissi.

Le chef de file de l'opposition, Mikhaïl Saakachvili, ancien ministre de la Justice, a appelé hier soir l'opposition à démanteler ses barrages dans la capitale et a fait l'éloge de la décision prise par Chevardnadze. «Il Chevardnadze a pris une décision très digne, et je pense qu'il doit rester dans ce pays. Il ne doit pas s'enfuir quelque part. Nous lui donnerons toutes les garanties nécessaires pour que sa famille et lui vivent en sécurité», a dit Saakachvili, 35 ans, dont le chef de l'État démissionnaire a longtemps été le mentor politique.

Sur les ondes de CNN, Mme Bourdjanadze a déclaré hier soir qu'elle comptait suivre «l'orientation politique juste» choisie par l'ex-président, citant les «valeurs occidentales», le «partenariat stratégique» avec les États-Unis et l'amélioration des relations avec la Russie. Une nouvelle élection présidentielle doit être organisée dans les 45 jours.

Selon l'opposante Zourab Jvania, ancienne présidente du parlement, Chevardnadze compte rester en Géorgie. Il s'est déclaré prêt à aider son successeur à résoudre les problèmes que connaît actuellement la Géorgie, a-t-elle dit. Chevardnadze s'est quant à lui borné à dire ces quelques mots: «Je rentre chez moi.»

Un peu plus tard dans la soirée, Nino Bourdjanadze a toutefois déclaré penser qu'Edouard Chevardnadze avait quitté le pays, ajoutant ne pas savoir exactement où il se trouvait.

Tout s'est passé très vite. Peu avant l'annonce de la démission de Chevardnadze, une ultime tentative de médiation avait eu lieu à la résidence du chef de l'État, dans la banlieue de Tbilissi, où il avait reçu deux responsables de l'opposition sous l'égide du ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov.

Ce dernier, selon l'agence russe Interfax, avait quitté les lieux peu de temps après en déclarant avoir «rempli rôle de médiateur». «Désormais, l'avenir de la Géorgie doit être décidé par les dirigeants politiques de ce pays», a-t-il dit.

La rencontre avait réuni, outre Chevardnadze et Ivanov, le chef de file de l'opposition, Mikhaïl Saakachvili, ainsi que Zourab Jvania.

Le départ d'Ivanov de la résidence du président avait donné lieu à des scènes de liesse parmi les dizaines de milliers d'opposants rassemblés devant le Parlement, les manifestants interprétant, avant même toute annonce officielle, le départ du médiateur russe comme le signe que Chevardnadze renonçait au pouvoir.

Peu avant, alors que se multipliaient les signes d'un ralliement à l'opposition d'une partie des forces de sécurité, le chef de l'État géorgien avait fait savoir qu'il envisagerait la tenue d'un scrutin présidentiel anticipé et de nouvelles élections législatives.

Il posait toutefois en préalable à ces concessions le départ des forces de l'opposition des bâtiments officiels qu'elles avaient investis la veille.

Saakachvili avait déclaré pour sa part qu'il était «trop tard» pour les négociations, et avait appelé ses sympathisants à gagner la résidence du président avant de se raviser pour laisser le temps au chef de l'État de partir avec «dignité». C'est alors que Chevardnadze a lui-même annoncé sa démission.

Samedi, plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues pour réclamer la démission du président, que l'opposition accuse d'avoir truqué les élections législatives du 2 novembre. L'armée n'est pas intervenue, même quand les manifestants ont pénétré dans le Parlement.

L'ancien numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev, cité par l'agence russe Interfax, a salué la décision de son ancien ministre: «Je le connais bien. Ce n'est en aucun cas un lâche et il a certainement compris que le moment était venu de prendre une telle décision pour éviter un effondrement de la Géorgie. Et sur ce point, je pense qu'il a fait ce qu'il fallait.»






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