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Nuages à l'horizon

François Brousseau   6 juillet 2009  International
Putsch peut-être réussi au Honduras, émeutes raciales en Chine, durcissement du régime iranien, rumeurs renouvelées d'une offensive israélienne contre Téhéran, rechute possible de la crise économique aux États-Unis... Sur plusieurs fronts, l'été 2009 s'annonce lourd et menaçant, même s'il n'a pas encore «sa» crise emblématique comme la guerre Israël-Hezbollah de juillet-août 2006 ou celle de Géorgie il y a un an.

Il est un danger qui en recoupe beaucoup d'autres, sous ces cieux estivaux pleins de nuages, le retour inquiétant de la question nucléaire.

Le nucléaire militaire — autrement dit, la bombe atomique — et sa prolifération sont au coeur de l'incessant jeu de cache-cache de la Corée du Nord au cours des derniers mois... au cours duquel Pyongyang a, du moins pour l'instant, emporté la mise dans un grand éclat de rire. Le dépoussiérage des accords de désarmement nucléaire entre la Russie et les États-Unis sera l'un des principaux sujets de conversation aujourd'hui à Moscou entre Barack Obama et Dimitri Medvedev.

Et, en filigrane de toute cette crise en Iran, il y avait l'escalade nucléaire supposée de Téhéran, ainsi que la peur panique, le brutal mouvement de recul, de la fraction réactionnaire du pouvoir devant l'ouverture sur le monde qui aurait logiquement suivi une victoire des réformistes à la présidentielle du 12 juin.

Une telle ouverture aurait vraisemblablement entraîné des négociations sérieuses sur le programme nucléaire iranien et, au minimum, des garanties supplémentaires sur son caractère strictement civil. Un adoucissement de la «ligne nucléaire» à Téhéran — sans remettre en cause le droit des Iraniens au nucléaire «énergétique», qui fait consensus dans ce pays — se serait vraisemblablement accompagné d'un affaiblissement politique de la droite iranienne réactionnaire et ultra-nationaliste, voire d'une remise en cause du système théocratique.

***

Autrement dit, à Téhéran, une éventuelle négociation sur le nucléaire aurait forcément eu comme corollaires un assouplissement et une démocratisation internes, une ouverture sur le monde — ouverture profondément souhaitée par la jeunesse iranienne — et la fin des récriminations paranoïaques sur la CIA et la BBC («organisateurs» supposés des manifestations d'après le 12 juin).

En cet été 2009, une ouverture — même modérée — de Téhéran, une acceptation de la main tendue de Barack Obama, aurait eu pour effet de repousser l'odieux du radicalisme et du refus dogmatique sur l'ultra-droite nationaliste au pouvoir à Jérusalem. Au lieu de quoi, on lit et entend maintenant des nouvelles inquiétantes qui montrent la marge de manoeuvre — nouvelle et inespérée — gagnée par Israël à la faveur de cette contre-révolution iranienne.

Par exemple: «Selon le vice-président Joe Biden, Washington ne s'opposera pas à Israël sur d'éventuelles frappes contre l'Iran» (The New York Times, 5 juillet). Ou encore: «L'Arabie saoudite serait prête à fermer les yeux sur un survol israélien pour frapper l'Iran» (Le Monde, 5 juillet).

Voilà où la régression archéo-stalino-théocratique, la délirante chasse aux sorcières en cours à Téhéran depuis le 12 juin, a mené les relations internationales en ce début d'été 2009. La bombe atomique iranienne, ainsi que la guerre israélienne à outrance pour y faire échec... redeviennent soudain des hypothèses plausibles et alarmantes.

***

Nul doute que la question iranienne sera au menu du sommet Russie-États-Unis, qui se tient aujourd'hui à Moscou. Les Russes ont de nombreux griefs à l'encontre de Washington: l'«aide» aux Géorgiens et aux Ukrainiens qui veulent s'éloigner de l'orbite russe et adhérer à l'OTAN; le dispositif antimissile devant être installé en Pologne et en République tchèque; la critique (fréquente à Washington) d'un régime russe de plus en plus impitoyable envers une opposition réduite à néant ou presque...

Pourtant, sur la question iranienne, Washington est en droit d'espérer une certaine coopération des Russes: Moscou conserve de bons rapports avec Téhéran, mais ne voit pas d'un bon oeil l'éventualité d'un Iran doté de la bombe atomique. De même, dans les pays voisins comme l'Afghanistan, il peut y avoir matière à convergence. Idem pour une réduction — qu'on espère radicale — du nombre d'ogives nucléaires à longue portée. Des armes qui, de façon absurde, se comptent encore par milliers.

Dans un monde où la prolifération nucléaire redevient un sujet d'angoisse légitime, où Israël et l'Iran peuvent tout faire déraper, on prendrait les bonnes nouvelles d'où qu'elles viennent. Par exemple, de Moscou dans les deux prochains jours.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.






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