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L'Iran, guerre ou paix

Pourquoi l'Iran est-il si important aujourd'hui? Et pourquoi les événements actuels dans ce pays — le peuple de Téhéran qui crie sa détresse («Où sont passés nos votes?») et le régime qui sort les matraques — nous concernent-ils tous, au-delà des seuls Iraniens?

Parce que ce régime proscrit, au président «imprésentable», restait tout de même, jusqu'au 12 juin 2009, un État mi-démocratique et mi-théocratique, de loin le plus pluraliste, le plus politiquement imprévisible du Moyen-Orient musulman. Et qu'il avait la chance, ce jour-là, de passer un test susceptible de le réhabiliter aux yeux du monde... et d'une bonne partie des Iraniens. De devenir un peu moins théocratique, un peu plus démocratique. Car ce pays est celui par lequel passera — ou ne passera pas — un réchauffement sérieux des relations internationales en 2009-2010.

Ennemi d'Israël, soupçonné (à tort ou à raison) de vouloir fabriquer des bombes atomiques, voisin immédiat de l'Irak et de l'Afghanistan, commanditaire (de près ou de loin) du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais, l'État iranien est un noeud par lequel passent une bonne partie des grands problèmes géopolitiques du Moyen-Orient, d'un Moyen-Orient élargi de la Méditerranée aux montagnes d'Asie centrale.

Le monde a besoin d'un Iran apaisé avec lui-même, qui aurait pu — et qui sait? pourrait toujours — s'avérer le lieu d'une détente qui essaimerait dans l'ensemble de ce Moyen-Orient. En commençant par des relations transformées avec les États-Unis de Barack Obama, l'homme de la «main tendue», une main tendue qui a manifestement déstabilisé quelques ayatollahs...

Les élections iraniennes: où le débat démocratique d'un pays rejoint le sort du monde...

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Il est donc légitime de regarder à la loupe ce qui s'est passé le 12 juin et les jours suivants, d'établir dans le détail la réalité de cette fraude électorale, pour comprendre la réaction du peuple iranien et de ses dirigeants, et — ensuite seulement — déduire une marche à suivre à l'égard de l'Iran. Ceux qui trouvent suspect, aujourd'hui, l'enthousiasme occidental pour les contestataires de Téhéran et qui font la moue en soutenant qu'Ahmadinejad a peut-être gagné, qu'il était un président populaire mais diffamé, ont tout faux et passent à côté de l'essentiel...

Le faisceau de preuves sur la fraude électorale se précise et se confirme de jour en jour. Les autorités de Téhéran ont retenu (et retiennent encore dans plusieurs cas) les chiffres détaillés du vote (au niveau des villes, des quartiers, des bureaux de scrutin)... L'opacité totale d'un supposé «dépouillement» qui n'a peut-être jamais eu lieu, le caractère arbitraire de résultats décidés au plus haut et «en bloc», les incohérences arithmétiques des chiffres avancés, les absurdes constances interrégionales des résultats, la comparaison avec les élections précédentes: tout, tout laisse supposer une fraude globale, opérée directement sur les résultats nationaux.

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Revenons en arrière de dix jours et rêvons: une élection démocratique — que laissent faire les ayatollahs, avec un dépouillement honnête, un scrutin reconnu comme juste par les Téhéranais et par le reste du monde — porte au pouvoir un réformateur modéré, issu du sérail certes, au passé complexe certes, mais transformé par l'expérience démocratique qu'il vient de vivre, et prêt à présenter aux Iraniens et au monde un visage différent.

Immensément populaire, ce nouveau président — Moussavi pour ne pas le nommer — s'affirme rapidement comme un vrai leader à même de gouverner face aux contre-pouvoirs, à l'inverse de Mohammed Khatami (président réformiste de 1997 à 2005), beau parleur mais eunuque politique, «ligoté» à l'époque par les factions qui entouraient le Guide suprême.

Un Iran apaisé avec lui-même? Un pays où la légitimité du régime n'est plus remise en question par la multitude dans la rue. Où les vieux sages éclairent la démocratie, mais sans l'étouffer. Où le régime n'accuse pas les puissances étrangères de manipuler les centaines de milliers de personnes qui manifestent spontanément pour contester des élections qu'elles jugent frauduleuses. Où les technologies «maléfiques» que sont les téléphones cellulaires, Facebook, Twitter et autres vidéos mobiles ne sont plus utilisées pour faire circuler des images de répression sanglante, mais pour alimenter la communication d'un pays moderne avec un monde moderne, cet Iran démocratique qui n'est pas une utopie.

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François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

francobrousso@hotmail.com






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