Ahmad Chalabi se veut représentatif d'un nouvel Irak
8 avril 2003
International
Il a été le «candidat idéal pour représenter, au-delà des enjeux politiques intérieurs américains, une opposition irakienne instrumentalisée par Washington», dit de lui Pierre-Jean Luizard, dans La Question irakienne (Éditions Fayard). Et c'est précisément à cette «valeur ajoutée» apportée par les États-Unis qu'Ahmad Chalabi doit sa notoriété.
Illustre inconnu en politique jusqu'à l'invasion du Koweït par les armées de Saddam Hussein en août 1990, Ahmad Chalabi a réussi, grâce à une bonne intuition des intérêts américains, à un certain art de la persuasion et à un sens aigu de la médiatisation, à s'imposer comme une figure de proue de l'opposition irakienne en exil.
Rien pourtant ne l'y prédestinait. Descendant d'une riche famille chiite, Ahmad Chalabi, 54 ans, n'a jamais bénéficié d'aucune assise politique en Irak. Banquier de profession, il a toujours eu des relations complexes avec l'argent: condamné par contumace à 22 ans de prison au début des années 1980 en Jordanie pour fraude bancaire et détournement de fonds, il fut à nouveau l'objet de suspicions vers le milieu des années 1990, à propos de l'utilisation des fonds fournis par l'Agence centrale américaine du renseignement (CIA) au Congrès national irakien (CNI); et, il y a quelques mois encore, sa bonne foi semblait mise en doute quant à l'usage qu'il aurait fait de près de la moitié des 4,3 millions de dollars d'une nouvelle aide financière américaine accordée à ce même CNI, une coalition d'opposants créée en 1992 à l'instigation des États-Unis et dont il se veut un personnage central.
Ahmad Chalabi ne manque pas de souffle, aux sens propre et figuré. C'est lui qui, en avril 1991, après la répression des soulèvements kurde et chiite par l'armée irakienne, prend contact avec Washington pour proposer une collaboration contre le régime de Saddam Hussein. Il trouve une oreille attentive auprès de sénateurs républicains tels que Trent Lott, Jesse Helms ou encore Richard Perle. Il intéresse également la CIA, et le lobby juif qui organise pour lui une visite en Israël. Le temps pour lui ne restera cependant pas au beau fixe.
Dans leur ouvrage L'Énigme Saddam Hussein (Éditions First, 1999), Andrew et Patrick Cockburn racontent avec un luxe de détails puisés aux meilleures sources, américaines surtout, l'histoire mouvementée des relations d'Ahmad Chalabi — selon eux, carrément recruté par la CIA dès 1991 — et du CNI avec les différents centres de décision à Washington.
La rupture avec la CIA, le Pentagone et le département d'État remonte au milieu des années 1990, Ahmad Chalabi se voyant refuser tout soutien à deux projets de renversement du régime de Saddam Hussein. Car, de l'avis de tous les spécialistes, à aucun moment Washington n'a envisagé de confier une telle tâche au CNI et à l'opposition en exil. Les Américains comptaient pour ce faire sur un soubresaut intérieur, une révolution de palais, ou un coup d'État d'officiers supérieurs décidés à en découdre.
Le plan «des deux villes»
Malgré le veto américain, Ahmad Chalabi décide de passer à l'acte et lance, en 1996, son plan dit «des deux villes». Il s'agissait de lancer des attaques contre les unités de l'armée stationnées à Kirkouk et Mossoul dans le nord de l'Irak. L'attaque, menée essentiellement par des combattants kurdes, fut un désastre. Elle acheva de discréditer Ahmad Chalabi aux yeux d'une CIA qui entretenait déjà un autre «poulain», plus fiable selon elle: Ayad Allaoui, chef du mouvement dit de l'Entente nationale irakienne.
Depuis l'avènement de l'administration Bush, résolue à en finir avec Saddam Hussein, Ahmad Chalabi a de nouveau le vent en poupe alors même que le département d'État et la CIA le tiennent toujours dans une certaine défiance. Richard Perle l'aurait introduit auprès de «faucons» du Pentagone, singulièrement le secrétaire adjoint à la défense Paul Wolfowitz, et Ahmad Chalabi joue des divergences internes à l'administration américaine.
Côté irakien, la plupart des formations historiques de l'opposition ont pris leurs distances avec lui et n'hésitent pas, en privé, à le critiquer avec virulence. Lui-même le leur rend bien, et se veut représentatif d'un nouvel Irak, d'esprits libres et indépendants par opposition aux partis qu'il juge «ossifiés». Mais aucune des deux parties ne peut s'offrir le luxe d'une rupture, face à un ennemi commun et alors que les États-Unis mènent la danse.
Illustre inconnu en politique jusqu'à l'invasion du Koweït par les armées de Saddam Hussein en août 1990, Ahmad Chalabi a réussi, grâce à une bonne intuition des intérêts américains, à un certain art de la persuasion et à un sens aigu de la médiatisation, à s'imposer comme une figure de proue de l'opposition irakienne en exil.
Rien pourtant ne l'y prédestinait. Descendant d'une riche famille chiite, Ahmad Chalabi, 54 ans, n'a jamais bénéficié d'aucune assise politique en Irak. Banquier de profession, il a toujours eu des relations complexes avec l'argent: condamné par contumace à 22 ans de prison au début des années 1980 en Jordanie pour fraude bancaire et détournement de fonds, il fut à nouveau l'objet de suspicions vers le milieu des années 1990, à propos de l'utilisation des fonds fournis par l'Agence centrale américaine du renseignement (CIA) au Congrès national irakien (CNI); et, il y a quelques mois encore, sa bonne foi semblait mise en doute quant à l'usage qu'il aurait fait de près de la moitié des 4,3 millions de dollars d'une nouvelle aide financière américaine accordée à ce même CNI, une coalition d'opposants créée en 1992 à l'instigation des États-Unis et dont il se veut un personnage central.
Ahmad Chalabi ne manque pas de souffle, aux sens propre et figuré. C'est lui qui, en avril 1991, après la répression des soulèvements kurde et chiite par l'armée irakienne, prend contact avec Washington pour proposer une collaboration contre le régime de Saddam Hussein. Il trouve une oreille attentive auprès de sénateurs républicains tels que Trent Lott, Jesse Helms ou encore Richard Perle. Il intéresse également la CIA, et le lobby juif qui organise pour lui une visite en Israël. Le temps pour lui ne restera cependant pas au beau fixe.
Dans leur ouvrage L'Énigme Saddam Hussein (Éditions First, 1999), Andrew et Patrick Cockburn racontent avec un luxe de détails puisés aux meilleures sources, américaines surtout, l'histoire mouvementée des relations d'Ahmad Chalabi — selon eux, carrément recruté par la CIA dès 1991 — et du CNI avec les différents centres de décision à Washington.
La rupture avec la CIA, le Pentagone et le département d'État remonte au milieu des années 1990, Ahmad Chalabi se voyant refuser tout soutien à deux projets de renversement du régime de Saddam Hussein. Car, de l'avis de tous les spécialistes, à aucun moment Washington n'a envisagé de confier une telle tâche au CNI et à l'opposition en exil. Les Américains comptaient pour ce faire sur un soubresaut intérieur, une révolution de palais, ou un coup d'État d'officiers supérieurs décidés à en découdre.
Le plan «des deux villes»
Malgré le veto américain, Ahmad Chalabi décide de passer à l'acte et lance, en 1996, son plan dit «des deux villes». Il s'agissait de lancer des attaques contre les unités de l'armée stationnées à Kirkouk et Mossoul dans le nord de l'Irak. L'attaque, menée essentiellement par des combattants kurdes, fut un désastre. Elle acheva de discréditer Ahmad Chalabi aux yeux d'une CIA qui entretenait déjà un autre «poulain», plus fiable selon elle: Ayad Allaoui, chef du mouvement dit de l'Entente nationale irakienne.
Depuis l'avènement de l'administration Bush, résolue à en finir avec Saddam Hussein, Ahmad Chalabi a de nouveau le vent en poupe alors même que le département d'État et la CIA le tiennent toujours dans une certaine défiance. Richard Perle l'aurait introduit auprès de «faucons» du Pentagone, singulièrement le secrétaire adjoint à la défense Paul Wolfowitz, et Ahmad Chalabi joue des divergences internes à l'administration américaine.
Côté irakien, la plupart des formations historiques de l'opposition ont pris leurs distances avec lui et n'hésitent pas, en privé, à le critiquer avec virulence. Lui-même le leur rend bien, et se veut représentatif d'un nouvel Irak, d'esprits libres et indépendants par opposition aux partis qu'il juge «ossifiés». Mais aucune des deux parties ne peut s'offrir le luxe d'une rupture, face à un ennemi commun et alors que les États-Unis mènent la danse.
Haut de la page

