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Un pays à reconstruire... vite

26 mars 2003  International
Aviateur américain établisssant un périmètre de sécurité autour d’incendies de gaz naturel dans un champ pétrolifère du sud de l’Irak. Le principal contrat de lutte contre les incendies de puits de pétrole a été attribué sans soumission
Photo : Agence Reuters
Aviateur américain établisssant un périmètre de sécurité autour d’incendies de gaz naturel dans un champ pétrolifère du sud de l’Irak. Le principal contrat de lutte contre les incendies de puits de pétrole a été attribué sans soumission
New York — La deuxième guerre du Golfe présente une particularité sans précédent dans l'histoire: la reconstruction de l'Irak a été planifiée avant même que les opérations militaires aient commencé.

Il ne s'agira pas seulement de nettoyer le champ de bataille, de réparer les puits de pétrole sabotés ou de déblayer les ruines des bâtiments détruits.

L'ambition est tout autre: remettre en douze mois l'économie irakienne au niveau où elle était il y a plus de vingt ans, avant la guerre contre l'Iran. Il faudra réparer les routes, les ponts, les centrales électriques, les écoles, les aéroports, les hôpitaux et faire fonctionner l'administration. Le plan de reconstruction du gouvernement américain est détaillé dans un document confidentiel d'une centaine de pages dont les grandes lignes commencent à transparaître.

Dans les semaines suivant la fin des hostilités, Washington envisage de mener simultanément la remise en état des infrastructures du pays, la création d'un nouveau système financier et fiscal et la réorganisation de l'appareil d'État et des services publics en s'appuyant notamment sur l'armée.

Ce projet, le plus ambitieux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, impliquera la participation de nombreuses agences gouvernementales américaines.

Le département du Trésor, par exemple, aura pour mission de créer de toutes pièces une nouvelle banque centrale. Des hauts fonctionnaires américains agiront comme des ministres en second pour contrôler et remettre en marche les différentes administrations.

L'enseignement

Le tout nouveau bureau de reconstruction et d'assistance humanitaire du Pentagone, dirigé par le général Jay Garner, pressenti pour devenir le responsable de l'administration civile de l'Irak, a par exemple l'intention de refaire fonctionner le plus rapidement possible le système scolaire. Il a lancé, par l'entremise de l'agence des États-Unis pour le développement international, Usaid (United States Agency for International Development), un appel d'offres de 100 millions de dollars à cette fin.

Le prestataire de service choisi aura pour mission, dès la fin des combats, d'envoyer des équipes pour s'assurer que les enseignants sont payés et disposent des moyens nécessaires pour rouvrir les 25 000 écoles du pays et accueillir les 4,1 millions d'élèves.

Cinq programmes visant «à accroître le nombre d'enfants scolarisés dans le secondaire» seront lancés en trois mois dans des zones-pilotes et dans tout le pays en dix mois. Seulement un tiers des enfants irakiens fréquentent l'école aujourd'hui après le primaire.

L'objectif est «qu'ils continuent tous dans un an». L'Usaid prévoit d'aider le ministère irakien de l'Éducation en lui fournissant les livres et l'ensemble des moyens nécessaires. Elle entend aussi «augmenter sensiblement les capacités de formation des enseignants et du personnel administratif».

La santé

Un groupe privé aura pour mission d'administrer les 270 hôpitaux et 1000 cliniques du pays. Son contrat, évalué aussi à 100 millions de dollars, comprend une mise à niveau du personnel médical. «En un an, le ministère de la Santé sera prêt à gérer les équipements», écrit l'Usaid.

Elle compte également faire installer en soixante jours 550 générateurs diesels sur tout le territoire irakien et permettre au pays de retrouver environ 75 % de l'énergie électrique disponible avant 1991.

Les infrastructures

Les contrats les plus importants concernent la reconstruction: 900 millions de dollars pour les urgences en autoroutes, en ponts, en aéroports et en bâtiments publics indispensables.

L'Usaid a lancé d'autres appels d'offres pour une somme totale de l'ordre de 300 millions portant sur l'assainissement et la distribution d'eau, l'administration des ports et des aéroports. Enfin, en parallèle, l'armée américaine, pour son propre compte, a des projets représentant 500 millions de dollars concernant la construction de routes et de bases militaires.

Les contrats

La Maison-Blanche demande au Congrès 75 milliards de dollars pour financer la guerre. Sur ce total, 800 millions seront consacrés immédiatement à l'aide humanitaire et 1,8 milliard à la reconstruction. Cette somme devrait en quasi-totalité revenir à des groupes privés américains.

Ce qui n'est pas du goût de tout le monde, notamment des Européens. Ils considèrent que mettre les Nations unies et les autres pays «hors jeu» rendrait non seulement la reconstruction plus longue et difficile, mais contribuerait à accroître le ressentiment contre les États-Unis. Ils jugent aussi les plans américains «irréalistes».

Les Quinze ont réaffirmé à Bruxelles, le 20 mars, la nécessité de confier à l'ONU le soin de coordonner cette reconstruction. Chris Patten, commissaire européen aux relations internationales, a jugé les projets de Washington «maladroits». Il a déclaré que l'Union européenne ne participerait pas à l'effort de reconstruction si les Nations unies ne le supervisent pas.

Pour apaiser notamment les Britanniques, Washington a laissé entendre, après le sommet des Açores, le 16 mars, qu'il pourrait accorder un rôle plus important à d'autres pays et aux Nations unies. Andrew Natsios, l'administrateur de l'Usaid, a déclaré que «la reconstruction à long terme allait bien au-delà de l'agence, et nous espérons que l'ONU y sera impliquée de façon majeure». Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale seront aussi sollicités.

Au sein du gouvernement américain, l'approche multilatérale n'a pas que des partisans. Certains mettent en avant le cas de l'autoroute devant relier, en Afghanistan, Kaboul, Kandahar et Herat, dont le projet international bat des records de lenteur.

«L'idée est de s'occuper nous-mêmes et rapidement des grands chantiers, pour le reste on verra», explique un officiel. Washington entend aussi retirer seul le bénéfice politique de la reconstruction. «L'objectif du gouvernement des États-Unis est d'apporter des preuves tangibles au peuple irakien qu'il veut apporter au pays la sécurité politique et la prospérité économique», peut-on lire en préambule à l'appel d'offres de l'Usaid.
Aviateur américain établisssant un périmètre de sécurité autour d’incendies de gaz naturel dans un champ pétrolifère du sud de l’Irak. Le principal contrat de lutte contre les incendies de puits de pétrole a été attribué sans soumission Ces enfants jouaient hier dans les ruines d’un bâtiment bombardé à Bagdad.
 






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