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Crise économique - L'écho à 1929

Serge Truffaut   17 novembre 2008  International
Le défilé de mauvaises nouvelles financières est d'une constance telle que les analogies avec la dépression des années 30 ne cessent de se multiplier. Après avoir abondamment détaillé les conséquences toxiques des subprimes et autres, voilà qu'ici et là on montre du doigt les inégalités de revenus qui seraient à l'origine du marasme actuel comme du krach de 1929. L'histoire se répète, certes autrement, mais se répète un tantinet.

Au cours de la semaine dernière, l'horizon économique est devenu plus opaque qu'il ne l'était au terme de la semaine antérieure durant laquelle on avait pourtant eu confirmation du fait que la santé financière de GM, Ford et Chrysler se confondait avec déliquescence. Toujours est-il que l'on a appris ces jours-ci que les ventes au détail aux États-Unis avaient chuté alors que le taux de chômage augmentait, que la zone euro, y compris son moteur économique allemand, était officiellement en récession alors qu'en Grande-Bretagne certains évoquaient déjà la dépression. On fait l'impasse sur les faillites annoncées pour mieux formuler une lapalissade: la cour est pleine. N'en jetez plus? Dans le meilleur des mondes, ce serait le cas.

Hélas! Trois fois hélas! Il ne peut en être ainsi. Car, entre autres raisons, il y a celle-ci: la marge de manoeuvre des banques centrales, notamment celle des États-Unis et de la Grande-Bretagne, est réduite. Entre les énormes injections de liquidités effectuées dès septembre 2007 et la cascade de réductions du loyer de l'argent ordonnées depuis, ces institutions ont usé passablement des outils mis à leur disposition pour cautériser les plaies économiques.

Vu les circonstances qui prévalent actuellement, on ne sera pas étonné d'apprendre que, des deux côtés de l'Atlantique jusqu'en Chine au Japon et en Inde, on presse les gouvernements d'agir. On quémande une action rapide auprès des politiciens. On organise un G20 en l'absence du principal acteur. En un mot, la planète économique est à l'image du chien qui essaye de se mordre la queue. Elle a une conviction: il faut agir. Encore faut-il poser un diagnostic exact sur LA cause de cette crise. Évidemment, des économistes se sont penchés sur la question en réétudiant 1929.

Côté face, côté positif, aux États-Unis comme ailleurs, les banquiers centraux et bien des gouvernements ne sont pas restés les bras croisés. Des établissements financiers ont été nationalisés en tout ou en partie, des masses de capitaux ont été accordées à prix réduit, des plans de sauvetage ont été votés. Au contraire, il y a près de 80 ans de cela les autorités américaines ainsi que les britanniques ont collé fanatiquement à la religion de l'équilibre budgétaire. Pas question de déficit public, donc pas question d'aide. Le secrétaire du Trésor américain de l'époque, Andre Mellon, était un militant forcené de l'immobilisme, un mousquetaire de l'inaction. Quoi d'autre? À la grande différence d'aujourd'hui, il n'y avait pas de programmes sociaux.

Côté pile, côté négatif... Jusqu'à présent, beaucoup a été dit et écrit sur les subprimes, les credit default swap, les collateralised debt obligations et autres produits financiers, véhicules financiers. Et alors? Grosso modo, ceux-ci ont été conçus, inventés, afin de distribuer des liquidités et dégager, on s'en doute, des bénéfices. Il faut bien avoir en tête que cette panoplie d'outils, aussi difficile à manipuler qu'un bilboquet, est la conséquence d'une politique articulée, imposée par des politiques pour la jouissance presque exclusive des riches parmi les riches.

Lorsque l'on s'attarde aux causes de 1929 et à celles de 2008, on constate qu'il y a un dénominateur commun aux deux. Lequel? L'inégalité des revenus. En 1928, l'inégalité des revenus avait atteint un sommet. En 2006, l'inégalité a enregistré un record. Dans les deux cas, c'est à méditer et à retenir, 5 % des plus riches faisaient main basse sur le tiers de l'ensemble des revenus. C'est à noter, cette culture de l'injustice la plus pernicieuse qui soit fut amorcée aux États-Unis et en Grande-Bretagne dans les années 80 avant que l'Allemagne, l'Australie, la Nouvelle-

Zélande et le... Canada ne les imitent.

L'homme qui montra du doigt l'inégalité des revenus comme première responsable de la dépression des années 30 s'appelait Marriner Eccles. Il fut président de la Réserve fédérale de 1934 à 1948. Il fit surtout école. Son modèle de gestion économique a imprimé sa part d'influence jusqu'à ce que Ronald Reagan et Margaret Thatcher s'emparent de la planche à billets avec les conséquences que l'on sait aujourd'hui désastreuses. Sauf pour les 5 % des riches d'entre les riches.






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  • Paul Lafrance
    Inscrit
    lundi 17 novembre 2008 05h55
    Les inégalités
    « Il y a peut-être du vrai dans ce que vous dites, mais ça ne peut expliquer tout. Dans les pays développés, les gens ont tout. Tous les foyers ont leur auto, leur frigo, leur cuisinière, etc. Ceux qui n'en ont pas n'en auront probablement jamais, et ceux qui en ont ne les changeront pas uniquement pour faire rouler l'économie. Somme toute, nous sommes saturés et les manufacturiers ne trouvent pas assez de clients pour justifier une production maximum. »

  • Pierre Cardinal
    Abonné
    lundi 17 novembre 2008 08h43
    Pendant ce temps au Québec...
    « Au Québec qui sont ces 5% et leurs amis politiques? Est-ce que le plan de Jean Charest prévoit dénoncer ces faiseurs de misère? Quant à moi, le Parti Libéral du Québec est financé en majeure partie par ces riches individualistes qui ne se soucient que de leur portefeuille. Le Québec me fait penser au Tennesse qui continue à voter pour ceux qui les affament : l'économie comme priorité ne rend pas le peuple moins ignorant. De nombreuses personnes n'ont pas l'éducation comme priorité, car cela permettrait au peuple de se libérer de ces êtres maudits qui se nourrissent du sang et des larmes des plus pauvres. Les empires ne sont-ils pas défendus par les plus pauvres et les moins éduqués? »

  • Michel Samson
    Abonné
    lundi 17 novembre 2008 09h42
    Les nouveaux prédateurs.
    « Inégalités des revenus, hummmm...

    Prenons le cas de Richard Fuld, président et directeur général de la banque d'affaires Lehman Brothers mise en faillite en septembre dernier. Entre 2000 et 2007, ce banquier reçut en salaire et en bonis divers la valeur de 500 000 000$. Chaque fois où j'ai eu à écrire ce chiffre, il m'a mis au défi d'en comprendre la proportion.

    Richard Fuld est à l'image de ses collègues banquiers avec qui il partage les officines privées de haut rang ou il se nourrit et s'épanche. Vous et moi ne savons même pas comment elles s'appellent. Je ne lis pas Forbes. Peut-être vous ?

    On comprend aujourd'hui par quels mécanismes fautifs la gestion financière de Lehman Brothers entraina l'implosion de cette banque. De toute évidence, Richard Fuld a mené les opérations de haut-lieu qui ont permis de créer les outils empoisonnés avec lesquels sa banque a infecté les marchés mondiaux. Ses homologues adoptèrent de diverses façons les méthodes et les approches de Fuld et y ajoutèrent à la dynamique des marchés leurs propres versions toxiques, papiers commerciaux, "Hedge Funds" et tutti quanti.

    Il est difficile d'imaginer que ces banquiers ne connaissaient pas la toxicité de leurs nouveaux produits. Ils n'ont pourtant pas hésité à les vendre agressivement sur les marchés mondiaux en accumulant tout au long de l'opération des salaires et des bonis faramineux : 500 000 000$ pour le plus vorace d'entre eux ! Cela représente un salaire annuel moyen de 62 500 000$ pendant huit ans, ou 32,552$ de l'heure. J'accorde à M. Fuld une maigre semaine de 40 heures de travail pour calculer son taux horaire. Évidemment s'il en travaille le double, le pauvre, son taux horaire ne serait que de 16 226$ de l'heure.

    Il devient tout-à-coup fascinant d'imaginer comment le cerveau d'un Fuld fonctionne et à partir de quelles bases il prend ses décisions. Et je ne parle pas du choix difficile et quotidien du vin qui accompagnera sa brandade de cabillot ou son boeuf Wellington. Je parle des décisions qui ont mené sa banque à la faillite. Et nous voilà en territoire de prédation, là où ceux qui y chassent n'ont plus aucune autre motivation que celle suscitée par leur cupidité et leur mégalomanie.

    Voilà me semble-t-il une histoire de cas à analyser en profondeur : un étudiant doctoral des HEC ou en Économique ne pourrait-il pas en faire un premier survol et publier là-dessus ? Je lirais avec le plus grand intérêt. Il faut absolument que j'améliore mon rendement ! Mon salaire est désespérément minable en comparaison : 32 552$ de l'heure, ça fait 260 416$ par jour, 1 302 080$ par semaine et 5 208 333$ par mois. »

  • Jean-François Vinet
    Inscrit
    lundi 17 novembre 2008 13h30
    La faute des riches!
    « Les inégalités salariales sont-elles responsables des crises financières ? Bonne question. Peut-être. Mais est-ce que l'égalité des salaires les préviendrait ? Pas sûr du tout.

    Jean-François Vinet »

  • John Rath
    Inscrit
    lundi 17 novembre 2008 15h36
    Définition s.v.p.
    « S.v.p., définissez qui sont les riches d'entre les riches. Ceux qui gagnent plus de 100,000 $? Plus de 200,000 $? »

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