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Le sommet de l'éparpillement

Christian Rioux   17 octobre 2008  International
Étrange sommet que ce Sommet de la Francophonie qui s'ouvre à Québec aujourd'hui. Pour la douzième fois depuis que la Francophonie existe, les chefs d'État et de gouvernement d'une quarantaine de pays se réuniront. En ce 400e anniversaire de la fondation de Québec et de l'Amérique française, le symbole est évidemment très fort et il n'est pas innocent que le Québec accueille le monde francophone en cette occasion.

Cela ne devrait pas nous empêcher de constater que ce sommet se tient dans un contexte particulier qui n'est peut-être pas le plus propice au développement et à l'approfondissement de la Francophonie. Au fond, le succès de ce sommet ne devrait être mesuré ni à la force des symboles ni à l'éventail des questions à l'ordre du jour, qui vont de la crise financière à l'environnement, en passant par la crise alimentaire. Passons sur les changements de forme qui sont somme toute secondaires. Que les chefs d'État fassent de longs discours ronronnants ou qu'ils discutent en atelier, qui s'en soucie? Dans quelques années, la seule question qui permettra de juger si ce sommet a été utile sera de savoir s'il aura contribué à ce que le français se porte mieux dans le monde. Or plusieurs facteurs conjoncturels font craindre que le sommet de Québec ne soit pas un sommet historique.

***

Quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, c'est d'abord le Canada qui accueille les chefs d'État et de gouvernement francophones. Tout indique d'ailleurs qu'Ottawa n'a rien cédé à Québec dans ce domaine, comme en témoigne l'application tatillonne de la loi canadienne sur les langues officielles dans l'organisation du sommet. Le site Internet bilingue (français-anglais) du sommet en offre un exemple désolant, alors même qu'il aurait été si important de le traduire aussi en arabe, en espagnol et en portugais. Ce bilinguisme obtus, tellement canadian, est d'ailleurs en contradiction flagrante avec le multilinguisme que défend la Francophonie.

Sur les bords du canal Rideau, la Francophonie reste au fond cette espèce de «machin» auquel on s'intéresse pour faire plaisir au Québec... ou ne pas lui laisser toute la patinoire. C'est selon. Or le Canada sort d'une campagne électorale qui n'a pas permis au premier ministre et aux ministres responsables de préparer ce sommet. Voilà peut-être pourquoi on a vu se multiplier de façon désordonnée le nombre de sujets à l'ordre du jour. Sujets intéressants, voire passionnants, mais sans vraiment de conséquences dans la mesure où ce n'est certainement pas l'Organisation internationale de la Francophonie qui ira mesurer dans cinq ans les niveaux d'émission de gaz carbonique du Sénégal. En reléguant à la fin de l'ordre du jour la discussion sur l'avenir de la langue française, le Canada évitait peut-être aussi de rappeler au monde que, malgré certains efforts louables, les francophones qui vivent à l'extérieur du Québec connaissent des taux d'assimilation affolants.

Le Québec aussi s'est laissé prendre au jeu de la diversité des sujets. On connaît l'intérêt qu'aime afficher le premier ministre Jean Charest pour les questions de politique étrangère. En s'offrant une tribune pour parler de crise financière et d'environnement, le Québec défend évidemment son statut gagné de haute lutte, qu'il cherche naturellement à élargir en s'exprimant sur de nouveaux sujets. Mais le Québec n'aurait-il pas eu plus à gagner en évitant la dispersion et en mettant la langue française au coeur du sommet? Que dirait-on d'un sommet de l'OTAN qui ne parlerait pas d'abord et surtout de défense, d'un sommet de l'Union européenne reléguant au second plan le sujet de l'Europe et d'un sommet de l'OMC faisant l'impasse sur le commerce international?

À Paris, la Francophonie est souvent traitée avec désinvolture. Et c'est peu dire, la crise financière aidant, qu'elle ne figure pas en haut de la liste des priorités de la présidence de Nicolas Sarkozy. Annoncée depuis plus d'un mois, l'absence du président à la plénière de dimanche matin sur la langue française n'a rien fait pour aider les choses. Notons pourtant que le personnage est peut-être en train d'entrer dans ses habits de président. Comme il l'a fait le 20 mars dernier à la Cité universitaire de Paris, Nicolas Sarkozy est capable de poser des gestes forts en faveur de la Francophonie. Son énergie débordante pourrait d'ailleurs servir à sortir l'OIF de la somnolence qui la gagne parfois. On aimerait que cet engagement se vérifie à Québec et qu'il devienne, non plus une préoccupation conjoncturelle, mais véritablement stratégique. Il serait temps que la France se considère toujours et partout comme francophone, de la même façon qu'elle se considère toujours et partout comme

européenne.

***

La politique est l'art de saisir les occasions malgré l'adversité. Jean Charest et Nicolas Sarkozy en savent quelque chose. Il serait donc ingrat de ne pas faire contre mauvaise fortune bon coeur et de ne pas se féliciter que l'avenir de la langue française soit enfin à l'ordre du jour d'un sommet, même si c'est à la fin de la réunion.

Souhaitons simplement que l'on dépasse les voeux pieux et les résolutions creuses, comme le demandait cette semaine l'administrateur de la Francophonie Clément Duhaime. Il est impératif que la Francophonie consacre plus d'énergie et de moyens à sa mission première qui consiste à faire avancer la cause du français dans le monde. Et les idées ne manquent pas: élargissement et consolidation de l'action de TV5 Monde, développement d'une bibliothèque virtuelle francophone, formation des maîtres à distance, création d'un visa francophone, d'un programme d'échange d'étudiants et d'enseignants (comme le programme européen Erasmus), multiplication des centres de lecture et d'animation culturelle (CLAC), qui comptent parmi les grands succès de la Francophonie.

C'est ce dont on se souviendra dans vingt ans.






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  • Robert Mayrand
    Abonné
    vendredi 17 octobre 2008 08h12
    On peut toujours rêver....
    « Et pourquoi pas des programmes d'études en ligne offert à toute la francophonie avec, bien sûr, une webographie en anglais parce que ç'est plus complet, ça coûte moins cher, c'est plus à jour et c'est écrit dans une langue qui met l'accent sur la communication... »

  • Belanger Marc
    Inscrit
    vendredi 17 octobre 2008 08h17
    Etrange ? non, plutôt logique selon moi
    « Sarkozy en particulier et la France en général privilégient les relations avec les pays ayant clairement des ambitions géopolitiques (chose étonnante, Harper ne semble pas l'avoir compris) ou avec les pays où des crises d'importance mondiale se jouent.

    A l'instar de quelques autres pays, la France a une vision globale du monde et considère que tout ce qui se passe d'important dans le monde la concerne.


    La Francophonie n'est pas une entité géopolitique (et il n'est pas imaginable qu'elle le devienne) contrairement par exemple à l'Union Européenne.
    C'est un levier, un club, et quand l'Etat français a besoin de contacter d'autres membres de la Francophonie, cela se fait via son réseau politique et diplomatique historique et non par le canal de la Francophonie.


    Le Québec quant à lui n'a pas d'ambitions géopolitiques.
    Comment peut-on espérer retenir Sarkozy avec un accord sur la reconnaissance des qualifications professionnelles... au regard de l'intégration européenne (des textes de ce niveau, le Parlement en vote à la pelle) et des ambitions géopolitiques (à l'échelle du monde) de l'Europe dont Sarkozy est l'actuel président du Conseil européen ?


    Aussi arrive-t-il ce qu'il arrive.
    L'agenda de Sarkozy est le rapprochement stratégique UE-Russie, la réussite de la présidence française européenne, le nouveau Bretton Woods, le conflit proche-oriental (Liban compris), etc., à savoir là où se jouent la crédibilité et l'avenir de l'Europe et de la France. »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    vendredi 17 octobre 2008 09h10
    Étrange en effet
    « Un sommet de la francophonie ou on a besoin de traducteur n'est pas francophone, c'est un sommet mondiale ou les principaux pays ne sont pas représenté.

    Du vent politique qui n'a pas sa place.

    Un vrais sommet de pays ou on parle français couramment serait bien plus utile à la langue de Molière et a ses défenseurs.
    Le Canada par exemple veut avec ce genre de sommet, montrer qu'il est plus francophone que la Serbie... sauf que c'est juste au Québec que cela se passe, avec en prime des policiers unilingue anglais.... »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 17 octobre 2008 09h58
    L'apanache de la souveraineté culturelle
    « En voyant cette gang de chefs d'état africains dont amnistitie internationale fait ses choux gras, je me suis posé la question suivante : «Ca me semble qu'au pays des aveugles les borgnes sont rois, ca veut-il dire que dans la francophonie au sein des pays quémandeurs, le Québec est riche ?»

    La diplomatie francophone gravitant autour de l'Élysée d'un président passant en coup de vent à Québec ne récolte que ce qu'elle a semé. Malgré les ronds de jambe que notre Mata-Hari nationale, Louise Zonzon Beaudoin-Dorlot, j'ai de la misère à voir un quelconque avantage à s'entourer de chefs d'état monopolisant la plupart des richesses de leur pays à leur service laissant leur peuple mourir de faim et de soif. Ils réclament plus d'aide international dont les 75% les enrichissent personnellement. Les limousines et les agences d'escorte font des affaires d'or mais est-ce que ca vaut les 57 millions que coûte cette visite pas très désirable ?

    Le maire Labeaume en profite pour faire des affaires avec Ougadougou, capitale d'un pays quémandeur, et réclamer de la Tunisie des immigrants. Je lui souhaite comme premier immigrant tunisien, l'imam Saïd Jaziri qui viendra instaurer une grande mosquée à Québec accueillant tous les terroristes de ce monde de quoi déplacer le problème des accomodements raisonnables un peu plus près de Jean Charest et de l'Assemblée Nationale. Serait-ce la bonne façon de réveiller le Premier Ministre aux réalités du choc des civilisations et d'avoir une commission Bouchard-Taylor II ?

    Il ne faut pas oublier que c'est le summum de la souveraineté culturelle avec ces relations internationales d'une organisation mise sur pied par trois pays africains pour faire la manche internatiuonalement... »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    vendredi 17 octobre 2008 10h20
    Éparpillements, vous dites ?
    « Avec le duo partant, les médaillés et enrubannés Charest et Sarkozy, comment peut-on s'imaginer qu'il y ait autre chose que sauteries, accolades, parades, photos, bla-bla-bla, précipitations protocolaires et éparpillements tous azimuts. Pour le KID KODAC MINORITAIRE, l'occasion est rêvée et «l'avènement événementiel personnel» de notre M'AS-TU-VU NATIONAL contribuera, encore une fois, à gonfler l'endettement des payeurs de taxes et à vider les coffres de la Trésorière qui n'en finit plus de liquider le TAS des biens de l'ÉTAT à toutes autres fins que celles de l'essentiel et du rationnel qui échappent totalement à son irresponsable vision des priorités. Et dire que les caméras, les tits kids kodaks et certains scribes atypiques, tels les Beaudouin, Lisée et quelques autres graffiteurs, peinturlureurs et écrivaillons des excentricités et des autres particularités de la marginalité républicaine, n'ont de pellicules, d'encres et de salives que pour la sauterelle présidentielle qui fait une halte de pitre devant le pedler des accointances de la familles milliardaire Desmarais, avant de serrer la main du plus satanique des diables de la mondialisation des enfers irakien et afghan, à part celui qu'il fait vivre actuellement à tous les états-uniens.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 17 octobre 2008 10h38
    A radio-poubelle on fait du sous-Arthur
    « Depuis quelques jours à Radio-Poubelle on fait du sous-Arthur. Arthur avait causé un mini-scandale à l'époque avec le sommet des canibales. André Payette en avait fait une syncope.

    Radio-Poubelle revient avec la même recette soulignant toutes les horreurs qu'on trouve au Mali, au Bénin, au Cameroun. »

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    vendredi 17 octobre 2008 11h02
    Crédibilité douteuse...
    « L'OIF n'a que très peu de crédibilité quand on parle de la langue française. Encore plus tôt cette semaine un de ses membres, le Rwanda, ordonnait à son système d'éducation de remplacer le français par l'anglais! Plusieurs pays membres n'ont absolument rien à voir avec le français. Alors, pas étonnant que le site web du sommet soit aussi en anglais - pour permettre à plusieurs de ses membres de pouvoir comprendre! Peut-être y aura-t-il même de la traduction simultanée au cours du sommet???

    Donc, en matière de promotion et défense de la langue française, l'OIF et son sommet n'ont pas beaucoup de crédibilité et il n'est pas étonnant que les questions entourant le français se retrouvent à la queue du sommet. »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 17 octobre 2008 15h29
    Que vient faire l'Europe de l'Est dans le décor???
    « http://www.francophonie.org/oif/membres.cfm

    L'Albanie? La Croatie? La Hongrie? La Serbie? La Géorgie? L'Arménie? L'Ukraine? La Bulgarie? La Macédoine?

    A quand la Chine (y'avait un comptoir français)? L'Inde (Pondéchéry)?

    Franchement il y a un ménage à faire dans cet organisme. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    mardi 21 octobre 2008 10h29
    Logiques canadienne et française
    « Il est à espérer qu'un jour la logique du Québec soit aussi grande que celle du Canada ou du président Sarkosy aux yeux de la France. Il est clair que le président de ce pays se cherche un cheval de bataille et que la francophonie vient loin derrière comme pour le Canada d'ailleurs. »

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