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Quand les Ossètes s'imaginent indépendants

23 août 2008  International
Des Ossètes levaient la main jeudi en signe d’appui à l’indépendance.
Photo : Agence Reuters
Des Ossètes levaient la main jeudi en signe d’appui à l’indépendance.
Tskhinvali — Jeudi 21 août, la politique et la musique ont fait leur retour à Tskhinvali. Deux semaines exactement après l'offensive des forces géorgiennes contre la capitale d'Ossétie du Sud, qui a entraîné une guerre éclair, les autorités locales et celles de Moscou ont mis en scène l'irrésistible détachement de la région séparatiste, que Tbilissi prétend ramener dans son giron. L'électricité manque toujours, mais la victoire sur les Géorgiens, tant honnis, se déguste collectivement; elle permet de se compter, de se retrouver et de se rassurer.

Dans l'après-midi, place du Théâtre, un meeting a rassemblé plusieurs milliers de personnes, vivement encouragées à venir par haut-parleurs et affiches depuis la veille. Le «président» de l'Ossétie du Sud, Edouard Kokoïty, a réclamé une minute de silence pour «les héros, nos frères et nos soeurs, qui ont été tués sur notre terre par les agresseurs sanguinaires». Le responsable sud-ossète a estimé que «la responsabilité du génocide» pesait sur les États-Unis, l'Ukraine et la Géorgie.

Puis, Edouard Kokoïty a annoncé, sous les applaudissements, qu'il avait demandé une nouvelle fois à la Russie et à la communauté internationale de reconnaître l'indépendance de l'Ossétie du Sud, autoproclamée, en 1992, après le référendum. «Ce n'est pas un caprice de notre peuple», a-t-il dit, en rendant hommage aux victimes de Tskhinvali, le «Stalingrad du Caucase».

Interrogé par Le Monde sur une éventuelle réunification des deux Osséties (nord et sud), M. Kokoïty a précisé qu'«il s'agit de la deuxième étape de notre combat. Mais c'est à la Russie de décider». À l'entrée de Tskhinvali, un panneau semble avoir tranché: «Ossétie indivisible!» Pendant que les orateurs se succèdent à la tribune du meeting pour faire vibrer la victoire sur tous les tons, une camionnette bleue de la poste distribue la presse russe. Très vite, une fois les titres parcourus, les gens confectionnent des chapeaux avec les pages pour se protéger du soleil accablant. Les autres se tiennent debout dans l'ombre des arbres qui bordent la place.

Quelques drapeaux russes sont hissés. «Nous voulons que la Russie reconnaisse notre indépendance. Il y a eu tellement de sang versé, de biens perdus, soupire Alla Tedeeva, 56 ans, fonctionnaire au ministère de l'Éducation. Mon fils aîné avait été blessé pendant la guerre, en 1992. Cette fois, c'est le second, à la jambe, alors qu'il défendait la ville.» La soirée de jeudi a été consacrée à la musique classique, dans le cadre d'une mise en scène soignée. Le célèbre chef d'orchestre Valeri Gerguiev, ossète d'origine, a offert un concert retransmis en direct à la télévision. «Ceux qui pensaient que leurs actions resteraient inaperçues ou impunies se sont lourdement trompés», a-t-il dit en préambule, entouré d'enfants sur scène, en dénonçant «l'acte d'agression» de la Géorgie.

Devant des centaines de personnes enthousiastes portant des rubans aux couleurs de l'Ossétie du Sud et de la Russie, le chef d'orchestre, ému, a cité le chiffre de 2000 morts — qu'aucune estimation sérieuse ne mentionne —, ajoutant: «Nous voulons que le monde entier connaisse la vérité sur ce qui s'est passé à Tskhinvali.»

Tout a été fait en ce sens. Un avion spécial avait même été affrété à Moscou pour convoyer des journalistes en Ossétie du Sud afin qu'ils assistent à l'événement. L'estrade où l'orchestre s'est déployé, surveillé par des véhicules blindés, se trouvait au pied de l'entrée des bâtiments de l'administration, durement touchés par les bombardements géorgiens.

On n'a guère cherché à maquiller les dégâts, bien au contraire: le contraste entre les bougies, disposées par dizaines sur les marches en hommage aux victimes, les musiciens tout de noir vêtus exécutant du Tchaïkovski et du Chostakovitch, et enfin l'immeuble ravagé garantissait l'image de la ville martyre.

Un homme dont les deux parents sont nés en Géorgie s'est beaucoup affairé pour que le concert soit parfaitement réalisé: Oleg Dobrodeev, le talentueux patron de la chaîne publique Rossiya, avait fait le déplacement.

Ancienne figure emblématique de la télévision privée NTV à l'époque Eltsine, il est devenu le grand ordonnateur de l'information officielle. Peu avant le début de la retransmission, il pressait encore les techniciens puis demandait aux sauveteurs du ministère des Situations d'urgence et aux médecins de se placer dans les premiers rangs du public.






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