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Coup d'État en Mauritanie

N/A ZZZN/A   7 août 2008  International
Sidi Ould Cheikh Abdallahi
Photo : Agence Reuters
Sidi Ould Cheikh Abdallahi
Nouakchott — Le chef de l'État mauritanien, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu du pays, a été arrêté hier à Nouakchott au cours d'un coup d'État sans effusion de sang mené par le chef de la garde présidentielle qu'il venait de limoger. Un conseil d'État a immédiatement été formé.

Ce coup de force des militaires survient 15 mois après l'élection présidentielle du printemps 2007, saluée comme un modèle démocratique pour l'Afrique et le monde arabe, et trois ans après le coup d'État militaire qui avait renversé en août 2005 le président Maaouiya Ould Taya dans ce pays semi-désertique de trois millions d'habitants qui produit depuis peu du pétrole mais dispose aussi de fer, de cuivre et d'or.

Le général Ould Abdel Aziz, chef d'état-major particulier du président et commandant de la garde présidentielle, que le président avait démis de ses fonctions dans la matinée, est très vite apparu comme le chef des putschistes. Ce militaire de 52 ans était un proche du président avant de se retourner contre lui.

Hier matin, «des membres de la garde présidentielle ont arrêté le président à sa résidence, et le premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf à son bureau», a indiqué le porte-parole de la présidence Abdoulaye Mahmadou Ba. Ils ont été emmenés à la caserne de la garde présidentielle, tout comme le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ould R'Zeizi.

«Cela s'est fait sans violence pour la bonne raison que ce sont des éléments putschistes qui assuraient la sécurité du président», a-t-il précisé.

Le Conseil d'État dirigé par l'ancien chef de la garde présidentielle Mohamed Ould Abdelaziz, a annoncé qu'Abdallahi, n'était plus chef de l'État et a annulé le décret de ce dernier limogeant Abdelaziz et les commandants de l'armée et de la gendarmerie.

Le communiqué numéro 1 du Conseil a été retransmis par la chaîne de télévision al-Arabiya, basée dans le Golfe. La radio et la télévision mauritaniennes ont toutes deux cessé d'émettre en début de journée.

Le président avait pris hier matin un décret nommant de nouveaux officiers à la tête de la garde présidentielle, de l'état-major national et de la garde nationale. «Trois généraux ont refusé d'obtempérer à l'ordre présidentiel et sont entrés en rébellion», a commenté le porte-parole.

Certains observateurs avaient estimé ces derniers jours que le général Ould Abdel Aziz était derrière le mouvement de fronde d'une cinquantaine de parlementaires qui avaient démissionné lundi du parti au pouvoir en critiquant le «pouvoir personnel» du président.

Le porte-parole des députés frondeurs, Sidi Mohamed Ould Maham, a affirmé aussitôt après le coup d'État qu'en tentant d'évincer les généraux, le président «s'est attaqué de front à l'armée qui a réagi pour le déposer et, en quelque sorte, il fait les frais de ses mauvaises décisions».

L'aéroport de Nouakchott était fermé hier, mais les frontières ne l'étaient pas, selon une source sécuritaire. La situation semblait relativement calme dans la capitale, aucune violence n'ayant été rapportée.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a dit regretter le coup d'État militaire, appelant à la restauration immédiate de l'ordre constitutionnel. L'Union africaine (UA) a pour sa part condamné le coup d'État et «exigé le rétablissement de la légalité constitutionnelle», tout comme la Commission européenne, qui a souhaité «que le président et le premier ministre retrouvent rapidement leur liberté et leurs fonctions». Les États-Unis ont également condamné «dans les termes les plus sévères» ce coup de force.

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali ont dépêché à Nouakchott le secrétaire général de la présidence tournante de l'Union du Maghreb arabe — dont la Mauritanie fait partie — pour suivre l'évolution de la situation.






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