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L'urgence afghane

Le Devoir   21 juillet 2008  International
Hamid Karzaï et Barack Obama, hier, à Kaboul
Photo : Agence France-Presse
Hamid Karzaï et Barack Obama, hier, à Kaboul
«Renforcer la lutte contre le terrorisme.» Voilà l'essentiel du message qu'a livré hier Barack Obama, le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines, lors de sa visite surprise en Afghanistan, après avoir affirmé qu'il était favorable à l'envoi de près de 7000 soldats supplémentaires dans ce pays déchiré par la guerre.

Au deuxième jour de cette première visite à l'étranger, du jamais vu pour un prétendant à la Maison-Blanche avant même son investiture officielle, l'Afghanistan était en proie à de sérieuses bavures: neuf policiers ont été tués par erreur lors d'un bombardement des forces internationales, tandis que l'ISAF, la force de l'OTAN en Afghanistan, a fauché, toujours par accident, la vie de quatre civils dans la province de Paktika, à l'est.

«Nous devons comprendre que la situation est précaire, urgente, et je crois qu'il est nécessaire de concentrer tous les efforts sur la lutte contre le terrorisme», a déclaré le candidat démocrate, à l'issue d'une rencontre avec le chef de l'État afghan, Hamid Karzaï, où les thèmes de la sécurité dans la région, de la lutte contre la corruption et de la production de drogue ont été évoqués. «Je pense que la situation est devenue suffisamment urgente pour que nous commencions à faire quelque chose dès maintenant», a-t-il ajouté, en entrevue sur les ondes de la chaîne de télévision américaine CBS.

M. Obama, qui fait de l'Afghanistan une de ses priorités de campagne en matière de politique étrangère, a rappelé qu'il avait plaidé «depuis au moins un an» pour l'envoi de «deux brigades supplémentaires, voire trois». «Si nous attendons le nouveau gouvernement, il pourrait se passer une année avant que ces troupes supplémentaires soient sur le terrain.» L'Afghanistan doit être «l'objectif principal» des États-Unis, «le front central de notre bataille contre le terrorisme», a-t-il répété.

Avant ce déplacement surprise en Afghanistan, où sont déployés 36 000 soldats américains, Barack Obama avait déclaré au New York Times: «Le front central de la guerre contre le terrorisme n'est pas l'Irak, et ça ne l'a jamais été.»

Karzaï critiqué

Le candidat démocrate, qui s'est joint à une délégation du Congrès américain, avait pourtant violemment critiqué Hamid Karzaï dans des entrevues accordées la semaine dernière aux États-Unis. Il estimait, à l'instar de nombreuses autres personnalités occidentales, que l'action du président afghan était limitée par rapport aux défis posés aujourd'hui à son pays.

«Je pense que le gouvernement Karzaï n'est pas sorti de son bunker et n'a pas contribué à remettre sur pied l'Afghanistan — son gouvernement, l'appareil judiciaire et les forces de police — d'une façon qui redonne confiance à la population. Aussi reste-t-il beaucoup de problèmes», avait notamment déclaré M. Obama à la chaîne de télévision CNN.

Naguère «chouchou» de l'Occident, Karzaï se voit aujourd'hui de plus en plus reprocher, dans son pays comme à l'étranger, de ne pas avoir assez sévi contre la corruption rampante, de ne pas avoir éradiqué la production de drogue et de ne pas avoir mis au pas les anciens seigneurs de la guerre.

Dans la matinée, Barack Obama avait pris un petit-déjeuner en compagnie de soldats américains, soucieux d'écouter les témoignages de ces hommes afin d'affiner ses intentions en matière de politique étrangère.

Arrivé samedi en Afghanistan, le candidat démocrate y a donc passé une partie de la journée d'hier, avant d'atterrir au Koweït, a confirmé l'agence officielle Kuna. Dans ce micropays où sont stationnés 15 000 militaires américains, il a eu un entretien avec l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmed al-Jaber al-Sabah, et il a partagé un repas avec lui. On sait qu'il devait se rendre en Jordanie, en Israël et en Europe, même si les collaborateurs de M. Obama ont refusé de détailler l'itinéraire du sénateur américain pour des raisons de sécurité. Le vainqueur de la course à l'investiture démocrate, qui voyage avec un dispositif de protection comparable à celui du président américain, a également indiqué qu'il se rendrait en Irak dans le cadre de cette tournée internationale visant à renforcer sa crédibilité sur la scène internationale.

Pour plusieurs, ces déplacements visent d'ailleurs essentiellement à conforter sa stature d'homme d'État international et à faire taire les critiques de ceux qui jugent son expérience trop succincte en matière de politique étrangère.

Encore des morts

Lancés à la suite d'une confusion hier, des bombardements venant des forces internationales et des soldats afghans ont tués neuf policiers par erreur. Des combats avaient éclaté à l'aube dans la province de Farah, dans l'ouest du pays, lorsque les soldats afghans et étrangers, d'une part, et les policiers, d'autre part, se sont pris réciproquement pour des talibans. Les forces internationales n'auraient pas informé la police qu'elles allaient effectuer une patrouille dans le secteur.

Par ailleurs, la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) de l'OTAN a tué par accident quatre civils dans la province de Paktika, dans l'est du pays, quand deux obus de mortier ont atterri à près d'un kilomètre de leur cible. Quatre civils ont été tués «accidentellement» par ce tir, a indiqué l'ISAF dans un communiqué, précisant que quatre civils avaient été blessés.

Ce n'est pas la première fois que les forces internationales tuent des civils par méprise. La semaine dernière, la coalition menée par les États-Unis a annoncé avoir tué huit civils dans une frappe aérienne qui visait des talibans dans la province de Farah. Selon les autorités afghanes, neuf femmes et un garçon y ont trouvé la mort.

Au début du mois, selon les autorités de Kaboul, 64 civils avaient été tués par deux frappes aériennes dans le nord-est. L'une de ces frappes avait touché les participants à un mariage, fauchant la vie de 47 personnes, dont la mariée.

Ces bavures nourrissent la colère de la population, alors que les talibans, défaits militairement fin 2001, n'ont jamais paru aussi sûrs d'eux. La semaine dernière, ils avaient attaqué un poste avancé de l'armée américaine, tuant neuf GI, dans la province de Kunar, près de la frontière pakistanaise.

***

Avec Reuters, l'Agence France-Presse et Associated Press






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 21 juillet 2008 09h31
    La victoire de l'OTAN en Afghanistan est impossible
    « Je trouve intéressant de mentionner quelques extraits d'une entrevue publiée ce jour même dans le journal français Le Monde , sous le titre ci-dessus, avec Gérard Chaliand spécialiste des « guerres irrégulières », qui passe plusieurs mois par an en Afghanistan, notamment pour le Center for Conflict and Peace Studies (CAPS), un centre d'études qu'il a contribué à mettre en place à Kaboul, avec des chercheurs afghans.
    À la question suivante « Au vu des revers enregistrés en Afghanistan, Barack Obama et John McCain... sont d'accord pour faire de ce pays le centre de la « guerre contre le terrorisme » et y envoyer des renforts en 2009. Pensez-vous que huit ou dix mille soldats supplémentaires changeront la situation ? »
    Réponse : « Non. La victoire est impossible en Afghanistan. Avec les renforts annoncés, il y aura environ 80 000 soldats de l'OTAN sur place. Cela ne permet pas de contrôler le terrain. Nous sommes dans une impasse militaire.... Aujourd'hui, il faut essayer de négocier. Il n'y a pas d'autre issue. Les talibans ne peuvent pas gagner la guerre contre l'OTAN, qui est tout aussi incapable de les éradiquer.
    Hors de Kaboul et de quelques grandes villes, ce sont les talibans qui contrôlent les pouvoirs locaux, et non les soldats étrangers, le plus souvent barricadés dans leurs fortins. Dans le sud et l'est du pays, les talibans ont réussi, avec le soutien d'une grosse partie des populations locales, à instaurer une infrastructure politique, des hiérarchies parallèles qui sont le pouvoir réel. Or l'expérience montre que lorsque c'est l'adversaire qui l'exerce, la guerre est perdue. »
    Le spécialiste explique ensuite comment on en est arrivé là, la corruption qui règne aux plus hauts niveaux, la faiblesse de la reconstruction, le sens stratégique des talibans, les faiblesses de l'armée et de la police afghane où règne la corruption, la multiplication des bavures militaires et autres facteurs négatifs.
    Et à la question « Pourquoi l'OTAN reste-t-elle engagée en Afghanistan ? » Il répond : « Nous y restons parce que nous y sommes... L'OTAN est en Afghanistan parce que cela permet d'être présents à l'est et à l'ouest de l'Iran, et aux portes de l'Asie centrale. Ce qui est probable c'est que d'ici trois ou quatre ans, le prochain président des États-Unis se fatigue d'un conflit qui piétine. »

    Voilà qui donne à réfléchir sur la présence des forces armées canadiennes dans ce pays et devrait susciter une réflexion approfondie de la part de notre gent politique. Mais hélas... »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    lundi 21 juillet 2008 11h09
    Tant que l'on ne brûlera pas les champs de pavot...
    « Tant que l'on ne brûlera pas les champs de pavot, cette guerre sera interminable.

    Supportés financièrement par les barons de la drogue, les talibans auront le ressort voulu pour lutter contre toute armée même très expérimentée. Voilà pourquoi les russes se sont cassés les dents.

    De plus, les montagnes qui longent la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan offrent une facilité de repli des forces talibanes qui n'hésitrent pas à utiliser les deux bords de cette frontière pour se sauver et échapper aux soldats qui eux dovent jouer franc jeu.

    Je sais, j'entends des hauts cris de humanistes à la menthe qui n'ont aucun notion de la guerre qui se passe dans ce pays, trop occupés dans leur salon québécois, à manger leur chip devant leur télé, à l'abri des escarmouches vicieuses des talibans. Le 88ème corps d'un Canadien est rapatrié et les québéxois veulent que ca cesse. Dans leur logique absurbe, certains veulent rapatrier Omar Khadr au pays pour qu'il échappe au tribunal de guerre américain. S'il y a une place où il devrait être rapatrié c'est dans le pays où il a commis ses crimes : en Afghanistan, son pays d'origine... Comme quoi quand on ne connao<it pas les affres de la guerre, on dit n'iporte quoi... »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 21 juillet 2008 16h08
    @ M. Frrnand trudel, stratège militaire full-canadien anglophile
    « M. Fernand Trudel a une idée sur la guerre en Afghanistan. Du mauvais côté des méchants, nous avons les escarmouches vicieuses des Talibans et de l'autre, le bon, le nôtre, il y a les bonnes attaques, à la régulière, des Canadiens qui s'appellent "search and destroy" en bilingue comme notre armée. On peut résumer ça en français par : On les cherche, on les trouve "de préférence" et BANG, BANG, BANG, on les tue. Ça fait tout la différence. Nos bons soldats tuent à la régulière tandis que l'autre camp des méchants les tuent vicieusement, ce qui n'est pas le jeu.

    M. Trudel devrait faire parvenir SA solution à Ottawa et à Washington qui décide de tout là : Brûlez les champs de pavots et fermez les frontières avec le Pakistan. Les Russes n'y avaient pas pensé ni vous mais moi, j'ai LA solution. Espérons qu'un militaire de la gang va lire le devoir aujourd'hui et va agir immédiatement.

    Nous, les peureux, on continue à manger nos chips dans nos salons en ignorant le danger. Un chance qu'on a des sentinelles pour nous protéger même si on a de bonnes chances de mourir jeunes et gros "à cause de la mal-bouffe". »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 21 juillet 2008 17h42
    @ M. Gabriel Racle
    « Bonne analyse mais, il n'y a plus besoin de réfléchir au Canada quand i n'y a plus d'espoir de régler l'affaire de façon militaire. On négocie sa sortie. »

  • Simon Garneau
    Abonné
    lundi 21 juillet 2008 19h14
    Histoire en boucle.
    « Toujours plus d'armes et de soldats pour soutenir un gouvernement illégitime et corrompu.
    On se croirait dans un vieux film d'actualité sur le Vietnam. »

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