vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 20h42


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Sévère défaite en vue pour le camp de Moucharraf

Claude Lévesque   19 février 2008  International
Des Pakistanaises habitant le village de Natt, dans le district du Gujarat, ont exercé leur droit de vote, hier, à l’occasion d’élections législatives très attendues.
Photo : Agence France-Presse
Des Pakistanaises habitant le village de Natt, dans le district du Gujarat, ont exercé leur droit de vote, hier, à l’occasion d’élections législatives très attendues.
Le camp du président du Pakistan Pervez Moucharraf se préparait à une défaite cinglante face aux partis d’opposition, au terme d’élections législatives qui se sont déroulées hier dans un climat très tendu.

Cette consultation, dont la date avait été reportée de six semaines en raison de l’assassinat, le 27 décembre dernier, de l’ancienne première ministre Benazir Bhutto, est censée permettre au Pakistan de renouer avec la démocratie après neuf ans de dictature militaire.

La journée d’hier a été ponctuée d’actes de violence qui ont fait au moins huit morts, dont un candidat à un poste de député provincial, et plusieurs dizaines de blessés, selon les autorités. Depuis deux jours, les affrontements entre factions politiques auraient fait 19 morts, un bilan qui reste toutefois moins élevé que lors des précédents scrutins tenus dans le pays.

Les élections ont été reportées dans au moins quatre circonscriptions à cause de ces incidents, mais la crainte d’attentats majeurs comme on en avait déploré tout au long de la campagne électorale ne s’est pas matérialisée hier.
Le plus meurtrier de ces attentats était survenu samedi dernier lorsqu’un kamikaze avait tué 47 personnes au cours d’un rassemblement du Parti du peuple pakistanais (PPP), la formation que dirigeait Mme Bhutto. Cette dernière avait elle-même perdu la vie dans des circonstances similaires.

Le climat d’insécurité, ajouté aux soupçons de tricheries, a apparemment dissuadé bon nombre des 81 millions d’électeurs de se rendre aux urnes.
Les résultats complets ne devraient être connus que plus tard aujourd’hui, sinon demain, mais des résultats fragmentaires indiquaient hier que les électeurs avaient favorisé le PPP, que dirige aujourd’hui Asif Ali Zardari, le veuf de Mme Bhutto, et la Ligue musulmane du Pakistan-S, la formation de l’ancien premier ministre Nawaz Sharif, aux dépens du parti qui soutient le président Pervez Moucharraf.
Ces résultats tendent à confirmer les plus récents sondages, mais ne permettent pas de savoir qui occupera le poste de premier ministre puisque ni M. Zardari ni M. Sharif ne sollicitaient hier de mandats parlementaires. Nawaz Sharif demeurait inéligible en raison d’accusations portées contre lui lors du coup d’État qui l’avait chassé du pouvoir en 1999. M. Sharif, qui avait dirigé le gouvernement pakistanais de 1990 à 1993 puis de 1997 à 1999, est rentré d’exil en novembre dernier.
Benazir Bhutto, qui était retournée dans son pays en octobre, avait bénéficié d’une amnistie pour les accusations de corruption dont elle avait fait l’objet dans les années 1990.
«Quels que soient ceux qui gagneront les élections, en tant que président du Pakistan, je fonctionnerai avec eux de manière totalement harmonieuse», a promis hier le président Pervez Moucharraf à la télévision publique, après avoir voté à Rawalpindi, près de la capitale, Islamabad.
Tard dans la soirée, des responsables du principal parti pro-Moucharraf, la Ligue musulmane du Pakistan Quaid-e Azam, ont admis que les formations adverses avaient «fortement progressé». Le président du parti, Chaudrhry Shujaat Hussain, et au moins un ministre important, auraient subi la défaite dans leurs circonscriptions respectives.

M. Moucharraf, qui a été reconduit dans ses fonctions de chef d’État par le Parlement sortant, joue son avenir politique, même si le poste de président n’était pas en jeu hier; en effet, il peut être destitué si les partis d’opposition s’unissent à cette fin après avoir remporté les deux tiers des sièges de l’Assemblée nationale.

Quelque 81 000 soldats et 392 000 policiers ont été déployés pour assurer la sécurité des électeurs après la vague d’attentats meurtriers des dernières semaines.
Le couvre-feu demeure en vigueur dans plusieurs régions, dont le district de la province du Nord-Ouest où a eu lieu le plus récent attentat.

Plus de 2200 candidats se disputaient hier 272 des 342 sièges de l’Assemblée nationale. Les autres sièges doivent être attribués plus tard par les élus à des femmes et à des membres de diverses minorités, en vertu d’un système de quotas. Les sièges des Parlements des quatre provinces du Pakistan étaient également à pourvoir.
Avant le scrutin, Asif Ali Zardari et Nawaz Sharif avaient prédit que les élections seraient truquées et promis des manifestations. Les partis d’opposition n’avaient pas encore déposé de plaintes spécifiques à ce sujet hier.

«Les allégations de fraudes, et la crainte d’une violence dont le schéma défie la raison, ont entaché l’atmosphère de cette journée», écrivait hier l’éditorialiste du quotidien Dawn, ajoutant: «Que l’on ne dise pas que la démocratie est étrangère à l’esprit de notre peuple, comme Ayub Khan [président putchiste dans les années 1960] l’avait prétendu.»

Les élections pakistanaises sont observées avec beaucoup d’attention par la communauté internationale, en raison de la crise politique qui affecte depuis près d’un an ce pays où les talibans et des islamistes proche du réseau al-Qaïda ont reconstitué leurs forces près de la frontière avec l’Afghanistan. Les kamikazes, présumément associés à ces mouvances ont fait de 2007 l’année la plus meurtrière de l’histoire du Pakistan.
Les États-Unis ont versé depuis l’automne 2001 environ dix milliards sous forme d’aide, surtout militaire, au régime du général Moucharraf, qu’ils considèrent comme un allié de première importance dans la «guerre contre le terrorisme».

Après que ce dernier eut montré des signes de dérive autoritaire, par exemple en congédiant au printemps dernier les juges de la Cour suprême, Washington a favorisé le retour de Benazir Bhutto, qui vivait en exil aux Émirats arabes unis depuis 1998, et a insisté pour que le président ne renonce pas à tenir des élections démocratiques.


Avec l’Agence France-Presse et Reuters






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 19 février 2008 06h39
    Est-il possible d'avoir des surprises?
    « Le résultat des élections, lorsqu'il s'agit d'une dictature soutenue par un allier puissant, est toujours difficilement prévisible.
    Je crois que les résultats vont prendre du temps à sortir. C'est toujours la première stratégie, c'est-à-dire, gagner du temps. Ensuite, il faut renverser l'assurance, c'est-à-dire, cheminer vers une lutte serrée. Pour finalement conclure, contre toute attente, le régime a été réélu, de justesse, par la peau des fesses, mais... réélu!

    Si la situation est trop grosse pour être masqué par la méthode médiatique, il y a toujours le chaos, les attentats, les manifs, la diversion. Alors là, la situation chaotique fait en sorte que le pouvoir ne peut abandonner le pays dans ce gouffre de violence et le régime devient alors justifié de continuer à reprendre le contrôle pour parvenir à rétablir la paix pour le bien de tous et celui du régime.

    Heureusement, il y a les islamistes, les talibans, Al Qaïda, la pauvreté, la misère, la souffrance et les armes. Une multitude d'outils pouvant servir une dictature démocratique.

    Toujours possible que l'élu, s'il est incontournable, se fasse assassiner par un attentat suicide aider d'une arme à feu...

    C'est la démocratie pakistanaise supportée par les États-Unis qui suivra son cours.
    Encore beaucoup de sang en perspective.


    Serge Charbonneau
    Québec


    P.S.: Félicitations à M. Lévesque pour avoir dit: «Cette consultation est censée permettre au Pakistan de renouer avec la démocratie après neuf ans de dictature militaire.»
    On nous a fait tellement oublier que c'était une dictature militaire!
    Il était aussi bon de rappeler que «Les États-Unis ont versé depuis l'automne 2001 environ dix milliards sous forme d'aide, surtout militaire, au régime du général Moucharraf, qu'ils considèrent comme un allié de première importance dans la «guerre contre le terrorisme».»
    Musharraf ne disparaîtra pas comme par enchantement. Les États-Unis doivent lui trouver un remplaçant en qui ils ont confiance. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 19 février 2008 09h43
    Grave.
    « Poutine aussi dit qu'il y a de la démcoratie en Russie. Mme Bhutto n'a pas eu le temps de transférer son argent ailleurs et il est resté en Suisse. L'Occident va avoir du mal à force trahir ses idéaux en permanence de plus en plus, partout dans le monde. Quelle inconséquence. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009