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G8: l'Afrique rassemble, le Kosovo divise

Le Devoir   9 juin 2007  International
George W. Bush, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Vladimir Poutine se sont quittés le sourire aux lèvres hier malgré les différends exprimés pendant les trois jours du sommet du G8, qui a pris fin hier en Allemagne.
Photo : Agence France-Presse
George W. Bush, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Vladimir Poutine se sont quittés le sourire aux lèvres hier malgré les différends exprimés pendant les trois jours du sommet du G8, qui a pris fin hier en Allemagne.
Les pays du G8 ont promis hier de débloquer des milliards de dollars pour aider l'Afrique, notamment dans la lutte contre les pandémies, au dernier jour d'un sommet où la Russie a refusé une tentative de compromis dans l'épineux dossier du Kosovo.

Le forum des huit principaux pays industrialisés a aussi agité la menace de nouvelles sanctions contre l'Iran si le régime des mollahs poursuit son programme nucléaire et a demandé que les responsables d'atrocités contre les civils au Darfour soient poursuivis.

Régulièrement accusé de négliger l'Afrique, le G8 a donc tenté de reprendre l'initiative en promettant 60 milliards de dollars au continent noir pour la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Il n'avance toutefois aucun calendrier et indique seulement que les fonds seront versés «au cours des prochaines années». Les contributions de chaque pays restent à préciser.

La moitié sera prise en charge par les États-Unis, qui avaient déjà promis fin mai un doublement de leur aide dans ce domaine à 30 milliards de dollars. Les États-Unis, l'Allemagne, la Russie, la France, le Royaume-Uni, le Japon, le Canada et l'Italie ont aussi réaffirmé leur engagement, pris il y a deux ans à Gleneagles, de doubler le montant de leur aide à l'Afrique en 2010 par rapport à 2004. Cela représenterait une enveloppe supplémentaire de 50 milliards de dollars par an à compter de cette date.

«Nous sommes conscients de nos obligations et souhaitons tenir les promesses», a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, hôte du sommet de Heiligendamm. Six chefs d'État africains ont été invités à la clôture du sommet hier, dont le président américain George W. Bush a manqué une partie en raison de maux d'estomac.

Les annonces faites, les militants du développement se sont dits déçus de l'absence de calendrier précis pour le versement des 60 milliards de dollars. Les pays riches ont réalisé «une très faible avancée alors qu'un pas de géant est nécessaire», a dit regretter Max Lawson, d'Oxfam. Selon cet organisme, les 60 milliards recouvrent «tout au plus une aide supplémentaire de trois milliards d'ici 2010».

«Je suis excédé», a dit le chanteur et militant irlandais Bono, du groupe U2. «Je crois qu'ils ont délibérément adopté le langage de l'ambiguïté. C'est délibérément trompeur.»

Les premières réactions africaines à l'accord du G8 ont aussi été tièdes. Pour Nahmla Mniki, de l'African Monitor, qui observe les suites données aux engagements de Gleneagles, il s'agit de «déclarations générales non contraignantes et qu'on ne peut pas relier à des versements précis».

Le G8 a réaffirmé hier son attachement à une bonne gouverne des pays africains et a de nouveau appelé de ses voeux l'émergence d'une «Afrique stable, démocratique et prospère» dans son communiqué. Les pays africains doivent poursuivre leurs efforts pour lutter contre la corruption.

«L'Afrique attend du G8 qu'il respecte ses engagements», a lancé le président ghanéen John Kufuor, parlant au nom de l'Union africaine. Et il a assuré qu'en retour, le continent noir ferait des efforts pour bien gérer l'aide et ses fonds publics.

Blocage sur le Kosovo

Malgré l'entente à propos de l'Afrique, le sommet du G8 s'est achevé par un constat d'échec en ce qui concerne le Kosovo, Russes et Occidentaux ne parvenant pas à s'entendre sur un futur statut pour la province serbe.

«Les vues continuent de diverger sur le fond et sur la manière d'avancer», reconnaît le document publié par la présidence allemande à l'issue de la rencontre. La chancelière Merkel a reconnu que «la situation n'était pas facile» et qu'il fallait encore «beaucoup y travailler».

«Pas facile» en effet de concilier les vues des Occidentaux, favorables à une indépendance sous surveillance internationale du Kosovo, avec celles de la Serbie et de son allié russe, farouchement opposés à cette perspective.

Il revient au Conseil de sécurité, où Moscou dispose d'un droit de veto, de décider du statut de la province, peuplée à plus de 90 % d'Albanais qui réclament une séparation d'avec la Serbie et administrée par l'ONU depuis 1999. Le président russe Vladimir Poutine a une nouvelle fois manifesté hier son opposition au projet défendu par les Occidentaux: «Ils ont essayé aujourd'hui de nous persuader que ce problème pouvait être résolu sans l'accord de toutes les parties concernées. Nous pensons que ceci n'est pas juste. Cela n'est ni moral ni légal», a-t-il dit lors d'une conférence de presse. M. Poutine a également réaffirmé son soutien à la Serbie: «Il n'est pas nécessaire d'imposer notre point de vue à un pays, d'humilier un peuple.» La Russie redoute qu'une indépendance du Kosovo ne déclenche une réaction en chaîne en encourageant le séparatisme, par exemple en Géorgie et en Moldavie.

Le président français Nicolas Sarkozy avait proposé à ses pairs d'instaurer un délai de six mois avant tout vote d'une résolution au Conseil de sécurité, mais avec pour préalable une reconnaissance par Moscou du caractère inéluctable de l'indépendance.

Sans succès, et Mme Merkel elle-même s'est montrée sceptique: «La question essentielle n'est pas d'attendre trois ou six mois si c'est pour se retrouver au même point qu'aujourd'hui.» La Serbie a rejeté l'idée, arguant qu'elle mettrait «les négociateurs sous pression», tandis que le Kosovo y a vu un risque d'augmenter la «frustration» dans la province.

La dernière journée de la rencontre du G8 aura aussi été l'occasion pour cinq pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud et Mexique) de se greffer aux huit grands afin de discuter de lutte pour le climat. La Chine et les Nations unies ont ainsi réclamé davantage de soutien et d'incitation envers les pays en développement dans la lutte pour le climat.

La «communauté internationale doit renforcer sa coopération» avec les pays en développement et les «aider sur la voie du développement propre», a déclaré le président chinois Hu Jintao, cité par l'agence de presse Chine nouvelle, au terme des travaux du G8 + 5.

M. Hu a fait valoir que ces pays «ont encore un long chemin à parcourir vers l'industrialisation, l'urbanisation et la modernisation» et que, ayant la «tâche difficile de développer leurs économies et d'améliorer la vie de leurs populations», ils auraient besoin de «davantage d'énergie, essentielle à leur développement».

La Chine, dont la croissance est fondée en grande partie sur le charbon, est en passe de devenir le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) mais refuse tout engagement qui pèserait sur son développement.

Dans son communiqué final, le G8 + 5 souligne que «des moyens d'aide à l'adaptation» des pays en développement «devront être inclus dans de futurs accords», notant que «l'adaptation aux changements climatiques représente un défi de taille pour tous les pays, en particulier les pays en développement».

Toutefois, pour le plus haut responsable de la lutte contre le réchauffement à l'ONU, Yvo de Boer, le G8 «n'a pas fait grand-chose» pour inciter les pays émergents «à agir et à dépasser leurs positions actuelles».

De son côté, le premier ministre Stephen Harper a par ailleurs indiqué hier qu'il serait difficile et coûteux pour le Canada d'atteindre les cibles de réductions d'émissions de GES si les États-Unis ne signent pas un traité international.

M. Harper a également fait part, au cours de la conférence de presse de clôture du sommet du G8, que si les États-Unis et, à la limite, le Mexique ne signaient pas un tel traité, l'économie canadienne pourrait être pénalisée par l'atteinte de ces cibles.

«Ça pourrait effectivement saper les efforts que nous ferons pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, a souligné le premier ministre. Il est difficile d'atteindre vos cibles si votre principal partenaire économique — avec lequel vous partagez en plus le même bassin atmosphérique — n'en a pas. C'est une source d'inquiétude, et c'est pourquoi il est important pour nous que les États-Unis soient mobilisés.»

Le Devoir

D'après l'Agence France-Presse, Reuters et la Presse canadienne






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