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Liban - Les violences atteignent un autre camp de réfugiés

4 juin 2007  International
Un soldat libanais ouvre le feu au cours d’affrontements avec des islamistes survenus hier dans un deuxième camp de réfugiés palestiniens, celui d’Aïn Héloué, dans le sud du Liban.
Photo : Agence Reuters
Un soldat libanais ouvre le feu au cours d’affrontements avec des islamistes survenus hier dans un deuxième camp de réfugiés palestiniens, celui d’Aïn Héloué, dans le sud du Liban.
L'armée libanaise a accentué hier son offensive contre les miliciens du Fatah al-Islam retranchés dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared. Signe d'une possible extension des violences, des heurts ont aussi opposé des islamistes armés à des soldats libanais à l'une des entrées d'un grand camp de réfugiés palestiniens, Aïn Héloué, dans le sud du Liban.

La fusillade a éclaté près d'une position de l'armée à l'entrée nord, quand des hommes de l'organisation sunnite Djoun al Cham ont ouvert le feu sur un poste de contrôle. L'armée a acheminé des renforts et déployé des auto-mitrailleuses. Deux personnes ont été blessées, et un grand nombre d'autres, portant leurs effets dans des sacs en plastique, ont fui le secteur, ont rapporté des témoins. Une boutique et une maison en lisière du camp étaient en flammes. La fusillade a pris fin au bout de deux heures, à la suite d'une médiation menée par des factions palestiniennes. De nouveaux heurts ont toutefois éclaté au cours de la nuit, dans le même secteur.

Aïn Héloué, avec 45 000 habitants, situé en périphérie de la ville portuaire de Saïda, est le plus peuplé des 12 camps de réfugiés palestiniens du Liban. Le Fatah du président palestinien, Mahmoud Abbas, est prédominant dans ces camps, où l'armée libanaise n'a pas le droit de pénétrer en vertu d'accords entre le Liban et les Palestiniens.

Mais les groupes islamistes, notamment salafistes, ont renforcé leur présence ces dernières années dans les camps, en particulier à Aïn Héloué, et plus récemment, depuis la fin 2006, à Nahr al-Bared où s'est installé le Fatah al-Islam. Le Jound al-Cham est un groupe salafiste comme le Fatah al-Islam, mais à la différence de ce dernier groupuscule, qui compte des combattants de diverses nationalités arabes, ses membres sont tous Palestiniens. Ils sont estimés à une soixantaine.

Le Jound al-Cham entretient des liens avec le Ousbat al-Ansar, un puissant groupe islamiste palestinien qui a participé en 2000 à des combats entre des islamistes et l'armée libanaise à Denniyé, dans le nord du Liban. Plusieurs de ses membres, qui ont trouvé refuge à Aïn Héloué, sont recherchés par la justice libanaise.

Heurts dans le nord du Liban

Pendant ce temps, à Nahr al-Bared, pour la troisième journée consécutive, les soldats, appuyés par l'artillerie, des blindés et des bâtiments de la marine, ont poursuivi l'assaut contre les combattants islamistes. Selon des sources proches de la sécurité, ces derniers opposeraient toujours une vive résistance aux forces libanaises qui bombardent Nahr al-Bared et ont consolidé leurs nouvelles positions, en bordure des limites officielles du camp. Mais l'armée a conquis plusieurs positions et en a détruit d'autres, resserrant son étau sur ce camp à une centaine de kilomètres au nord de Beyrouth.

Depuis vendredi, les pilonnages ont dévasté d'importants secteurs du camp, rasant des bâtiments utilisés par le Fatah al-Islam pour tirer sur l'armée mais détruisant aussi de nombreuses habitations civiles. Fait à noter, en vertu d'un accord interarabe négocié en 1969, l'armée ne peut pénétrer à l'intérieur des douze camps de réfugiés palestiniens répartis sur le territoire libanais. Mais avec le temps, ces camps se sont étendus au-delà de leurs limites officielles. Les miliciens du Fatah al-Islam sont aujourd'hui confinés dans un tiers environ de la superficie actuelle du camp.

Accord impossible

«Il n'y a pas un mètre carré qui n'ait été touché par un obus, a dit un habitant du camp de Nahr al-Bared, joint par téléphone par Reuters. Nous ne pouvons pas quitter l'immeuble où nous sommes, encore moins nous aventurer dans les rues, pour évaluer l'ampleur des dégâts.» Avant la crise, il y a deux semaines jour pour jour, le camp de Nahr al-Bared abritait quelque 40 000 réfugiés palestiniens. La majorité d'entre eux ont fui les combats et se sont réfugiés dans des camps voisins.

En deux semaines, on estime qu'environ 110 personnes (44 soldats, au moins 36 miliciens et au moins 20 civils) ont péri dans les combats. Depuis vendredi, dit-on de source proche des services de sécurité, neuf soldats ont été tués. Un commandant du Fatah al-Islam, Naïm Ghali aka Abou Riyad, a été abattu samedi par un sniper de l'armée, a-t-on appris de source palestinienne. Au total, depuis vendredi, plus de 16 personnes — activistes et civils — ont péri dans le camp. Le Fatah al-Islam dit avoir perdu cinq de ses combattants.

Ces violences sont les plus graves affrontements intérieurs qu'ait vécus le Liban depuis la guerre civile de 1975-1990. Le gouvernement affirme que le Fatah al-Islam a déclenché les hostilités en attaquant des postes militaires autour du camp et à Tripoli, la deuxième ville du pays non loin de là.

«Ce qu'ils ont commis contre l'armée libanaise et contre l'État libanais rend impossible tout accord ou tentative de trêve ou de compromis», a prévenu le premier ministre libanais, Fouad Siniora, dans un entretien accordé samedi à la chaîne de télévision arabe al-Arabia. Pour son gouvernement, antisyrien, le Fatah al-Islam serait manipulé par la Syrie, mais Damas nie tout lien avec le groupe et précise que son chef, Chaker al-Abssi, figure sur une liste des personnes recherchées par la justice syrienne.

Le Fatah al-Islam a exclu de rendre les armes et s'est dit prêt à lutter jusqu'à la mort.

***

Avec Le Monde et Reuters






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