Hussein a été pendu
Photo : Agence Reuters
Saddam Hussein, au dernier jour de son procès le 21 décembre.
Saddam Hussein a été exécuté à 6h05 ce matin, heure de Bagdad, a confirmé un haut responsable états-unien. Vêtu d’une combinaison de couleur verte et d’une cagoule, selon ce qu’exigeait la procédure, il est mort pendu en présence de ses proches et de quelques témoins officiels. D’après les mêmes sources, le demi-frère de Saddam Hussein, Barzan al-Tikriti, ancien chef des services de renseignements, et l’ancien président du tribunal révolutionnaire Awad al-Bandar, ont été pendus peu après.
En raison des lois internationales sur les droits de la personne, l’exécution de l’ex-raïs n’a fait l’objet d’aucune retransmission en direct.
Mariam al-Rayes, expert légal et ancien membre du parlement irakien a déclaré à télévision nationale irakienne que l’exécution «a été filmée et si Dieu le veut sera diffusée. Il y avait une caméra présente, et un médecin était présent aussi». Ils sont nombreux à exiger des preuves visuelles que l’ancien dictateur a bel et bien quitté ce monde. Les médias, eux, sont plutôt aux prises avec un dilemme éthique: faut-il diffuser le film de l’exécution si la vidéo est transmise par les autorités irakiennes?
Mardi dernier, la confirmation par la Cour d’appel de sa condamnation à mort dans les 30 jours avait marqué le début du compte à rebours pour Saddam Hussein. Dès lors, un climat de grande confusion avait régné dans cette affaire. Des rumeurs prédisaient sa pendaison vers la fin janvier, voire au début du mois de février. Mais des sources proches du gouvernement irakien avaient laissé entendre à l’administration Bush que la mort de l’ex-dictateur était imminente.
En fin de matinée hier, le suspense avait débuté au moment où les avocats de l’ex-dictateur ont affirmé avoir appris des autorités militaires états-uniennes que Saddam Hussein avait été remis aux mains des dirigeants irakiens. Cette dernière étape avant l’exécution laissait ainsi croire que les heures de l’ex-raïs étaient comptées. Or cette information a par la suite été démentie par le département d’État américain et les diplomates sur place.
Plus tard en fin de journée, un recours de dernière minute a été déposé devant un tribunal états-unien par les avocats de Saddam Hussein. Remis hier après-midi à la juge Colleen Kollar-Kotelly, le document de 21 pages visait à contester la remise de leur client aux autorités irakiennes. L’ex-dictateur faisant l’objet d’une plainte au civil à Washington, ses droits à titre de prévenu auraient pu être violés s’il avait été exécuté. Mais cette requête visant à gagner du temps a été rapidement rejetée par le ministère de la Justice, qui a expliqué qu’il n’était pas du ressort des tribunaux états-uniens d’interférer dans les procédures judiciaires d’un autre pays.
Tard hier soir, tout portait à croire que l’ancien président despotique n’en avait plus pour longtemps à vivre. La fête religieuse Aïd el-Kebir, très importante chez les musulmans et qui commence aujourd’hui au lever du soleil, pourrait avoir contribué à accélérer les choses. Également appelée la fête du sacrifice (Aïd el-Adha), cette fête commune aux trois religions monothéistes, basée sur l’Ancien Testament, marque chaque année la fin du pèlerinage à La Mecque et vise à commémorer la soumission d’Abraham à Dieu lorsque le patriarche fut prêt à sacrifier son fils aîné sur ordre divin. Le respect de la tradition rendait presque impossible la pendaison de Saddam Hussein aujourd’hui ou durant les jours de congé qui suivent cette fête.
Quelques heures avant l’exécution, le juge de la Cour d’appel Munir Haddad ainsi que le conseiller du premier ministre Nuri al-Maliki, Sami al-Askari, avaient tous deux confirmé que la potence était prête et qu’elle attendait le condamné à mort. «Tous les documents nécessaires à son exécution ont été remplis. Saddam Hussein n’en a plus pour très longtemps avant l’application de la sentence», avait déclaré le conseiller du premier ministre.
Ainsi, sans plus aucun recours possible, Saddam Hussein a dû franchir malgré lui les quelques marches du gibet, où une corde lui a été passée au cou. Ensuite, l’agonie. L’ex-dictateur sanguinaire condamné pour crimes contre l’humanité n’est plus.
Un grand soulagement
À Bagdad, la capitale, des groupes d’Irakiens rassemblés en attente de la nouvelle ont poussé des cris de joie. Plusieurs ont réagi avec un grand soulagement en apprenant la nouvelle par la chaîne de télévision nationale, Irakiya. Alors que des chansons patriotiques étaient diffusées à l’antenne, un bandeau sur l’écran disait: «L’exécution de Saddam marque la fin d’une sombre période de l’histoire irakienne».
Du côté de l’administration américaine, le président George W. Bush, qui avait déjà qualifié la condamnation à mort de Saddam Hussein de triomphe pour la démocratie, a déclaré que l’exécution de Saddam Hussein était «une étape importante» sur la route vers la démocratie en Irak. Le sénateur républicain Mitch McConnell a pour sa part affirmé que le monde était enfin «débarrassé d’un dictateur brutal».
Les crimes de Saddam Hussein ne justifient pas son exécution à l’issue d’un procès «profondément irrégulier», a déclaré Richard Dicker, de Human Rights Watch, peu après la pendaison de l’ancien président irakien. «Saddam Hussein était responsable de terribles et nombreuses violations des droits de l’homme, mais ces actes, aussi brutaux soient-ils, ne peuvent justifier son exécution, une punition cruelle et inhumaine», a-t-il ajouté.
Selon certains analystes, les tergiversations de la journée d’hier ont visé à éviter une montée de la violence dans la capitale irakienne. Certains craignaient que la pendaison de Saddam Hussein fasse redoubler la colère d’une minorité sunnite déjà très remontée et déçoive de nombreux Kurdes, qui souhaitaient le voir jugé pour génocide contre leur communauté. «Les Américains [s’attendaient] à des violences, ils [voulaient] garder le contrôle», a indiqué Rachad Antonius, sociologue à l’UQAM et spécialiste du Moyen-Orient.
Le règlement de compte ne devait pas tarder, question de passer rapidement à autre chose. Le premier ministre irakien, dont l’autorité au sein du gouvernement de coalition a été mise en doute, semblait à ce moment être parvenu à faire prévaloir l’avis de la majorité chiite, favorable à une exécution rapide. «Les Irakiens [étaient] pressés d’en finir, et ce, depuis que le verdict de la peine capitale a été confirmé [mardi]», a souligné M. Antonius. «Ç’a été un très long contentieux, on peut comprendre leur envie d’en finir. Il s’agit d’un règlement de comptes, et tant que Saddam est là, on ne [peut] pas tourner la page. C’est symbolique», a-t-il ajouté.
Le Devoir
Avec Reuters, l’Agence France-presse et
l’Associated Press
En raison des lois internationales sur les droits de la personne, l’exécution de l’ex-raïs n’a fait l’objet d’aucune retransmission en direct.
Mariam al-Rayes, expert légal et ancien membre du parlement irakien a déclaré à télévision nationale irakienne que l’exécution «a été filmée et si Dieu le veut sera diffusée. Il y avait une caméra présente, et un médecin était présent aussi». Ils sont nombreux à exiger des preuves visuelles que l’ancien dictateur a bel et bien quitté ce monde. Les médias, eux, sont plutôt aux prises avec un dilemme éthique: faut-il diffuser le film de l’exécution si la vidéo est transmise par les autorités irakiennes?
Mardi dernier, la confirmation par la Cour d’appel de sa condamnation à mort dans les 30 jours avait marqué le début du compte à rebours pour Saddam Hussein. Dès lors, un climat de grande confusion avait régné dans cette affaire. Des rumeurs prédisaient sa pendaison vers la fin janvier, voire au début du mois de février. Mais des sources proches du gouvernement irakien avaient laissé entendre à l’administration Bush que la mort de l’ex-dictateur était imminente.
En fin de matinée hier, le suspense avait débuté au moment où les avocats de l’ex-dictateur ont affirmé avoir appris des autorités militaires états-uniennes que Saddam Hussein avait été remis aux mains des dirigeants irakiens. Cette dernière étape avant l’exécution laissait ainsi croire que les heures de l’ex-raïs étaient comptées. Or cette information a par la suite été démentie par le département d’État américain et les diplomates sur place.
Plus tard en fin de journée, un recours de dernière minute a été déposé devant un tribunal états-unien par les avocats de Saddam Hussein. Remis hier après-midi à la juge Colleen Kollar-Kotelly, le document de 21 pages visait à contester la remise de leur client aux autorités irakiennes. L’ex-dictateur faisant l’objet d’une plainte au civil à Washington, ses droits à titre de prévenu auraient pu être violés s’il avait été exécuté. Mais cette requête visant à gagner du temps a été rapidement rejetée par le ministère de la Justice, qui a expliqué qu’il n’était pas du ressort des tribunaux états-uniens d’interférer dans les procédures judiciaires d’un autre pays.
Tard hier soir, tout portait à croire que l’ancien président despotique n’en avait plus pour longtemps à vivre. La fête religieuse Aïd el-Kebir, très importante chez les musulmans et qui commence aujourd’hui au lever du soleil, pourrait avoir contribué à accélérer les choses. Également appelée la fête du sacrifice (Aïd el-Adha), cette fête commune aux trois religions monothéistes, basée sur l’Ancien Testament, marque chaque année la fin du pèlerinage à La Mecque et vise à commémorer la soumission d’Abraham à Dieu lorsque le patriarche fut prêt à sacrifier son fils aîné sur ordre divin. Le respect de la tradition rendait presque impossible la pendaison de Saddam Hussein aujourd’hui ou durant les jours de congé qui suivent cette fête.
Quelques heures avant l’exécution, le juge de la Cour d’appel Munir Haddad ainsi que le conseiller du premier ministre Nuri al-Maliki, Sami al-Askari, avaient tous deux confirmé que la potence était prête et qu’elle attendait le condamné à mort. «Tous les documents nécessaires à son exécution ont été remplis. Saddam Hussein n’en a plus pour très longtemps avant l’application de la sentence», avait déclaré le conseiller du premier ministre.
Ainsi, sans plus aucun recours possible, Saddam Hussein a dû franchir malgré lui les quelques marches du gibet, où une corde lui a été passée au cou. Ensuite, l’agonie. L’ex-dictateur sanguinaire condamné pour crimes contre l’humanité n’est plus.
Un grand soulagement
À Bagdad, la capitale, des groupes d’Irakiens rassemblés en attente de la nouvelle ont poussé des cris de joie. Plusieurs ont réagi avec un grand soulagement en apprenant la nouvelle par la chaîne de télévision nationale, Irakiya. Alors que des chansons patriotiques étaient diffusées à l’antenne, un bandeau sur l’écran disait: «L’exécution de Saddam marque la fin d’une sombre période de l’histoire irakienne».
Du côté de l’administration américaine, le président George W. Bush, qui avait déjà qualifié la condamnation à mort de Saddam Hussein de triomphe pour la démocratie, a déclaré que l’exécution de Saddam Hussein était «une étape importante» sur la route vers la démocratie en Irak. Le sénateur républicain Mitch McConnell a pour sa part affirmé que le monde était enfin «débarrassé d’un dictateur brutal».
Les crimes de Saddam Hussein ne justifient pas son exécution à l’issue d’un procès «profondément irrégulier», a déclaré Richard Dicker, de Human Rights Watch, peu après la pendaison de l’ancien président irakien. «Saddam Hussein était responsable de terribles et nombreuses violations des droits de l’homme, mais ces actes, aussi brutaux soient-ils, ne peuvent justifier son exécution, une punition cruelle et inhumaine», a-t-il ajouté.
Selon certains analystes, les tergiversations de la journée d’hier ont visé à éviter une montée de la violence dans la capitale irakienne. Certains craignaient que la pendaison de Saddam Hussein fasse redoubler la colère d’une minorité sunnite déjà très remontée et déçoive de nombreux Kurdes, qui souhaitaient le voir jugé pour génocide contre leur communauté. «Les Américains [s’attendaient] à des violences, ils [voulaient] garder le contrôle», a indiqué Rachad Antonius, sociologue à l’UQAM et spécialiste du Moyen-Orient.
Le règlement de compte ne devait pas tarder, question de passer rapidement à autre chose. Le premier ministre irakien, dont l’autorité au sein du gouvernement de coalition a été mise en doute, semblait à ce moment être parvenu à faire prévaloir l’avis de la majorité chiite, favorable à une exécution rapide. «Les Irakiens [étaient] pressés d’en finir, et ce, depuis que le verdict de la peine capitale a été confirmé [mardi]», a souligné M. Antonius. «Ç’a été un très long contentieux, on peut comprendre leur envie d’en finir. Il s’agit d’un règlement de comptes, et tant que Saddam est là, on ne [peut] pas tourner la page. C’est symbolique», a-t-il ajouté.
Le Devoir
Avec Reuters, l’Agence France-presse et
l’Associated Press
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