Poutine reçoit
Photo : Agence France-Presse
Les dirigeants des pays membres du G8 se réunissent dans ce palais à Saint-Pétersbourg.
La Russie est pour la première fois l'hôte de la réunion du G8, cette année, à Saint-Pétersbourg. Pour le dernier membre admis dans le Saint des Saints, l'événement de ce week-end représente une chance en or d'afficher sa nouvelle prospérité et d'envoyer promener ceux qui s'avisent de lui faire encore la leçon. Pour les autres, ce sera une fois de plus l'occasion de discuter, entre maîtres du monde, des grands enjeux internationaux qui les intéressent, à commencer par l'énergie, la situation au Proche et au Moyen Orient, ainsi que la mondialisation.
La Russie ne pouvait pas deviner, au moment de les choisir, en 2002, que les thèmes officiels de la réunion seraient à ce point au coeur de l'actualité internationale, dit John Kirton, directeur du Groupe de recherche sur le G8 de l'Université de Toronto. On était bien loin de se douter alors que le baril de pétrole allait un jour valoir
76 $US, que l'énergie nucléaire pouvait revenir à la mode ou que le monde entier suivrait au jour le jour la progression d'épidémies telles que la grippe aviaire. «Lors des réunions précédentes, il était question de la pauvreté en Afrique et du réchauffement climatique. C'était des questions importantes, mais elles n'avaient pas le même degré d'urgence que la sécurité énergétique mondiale ou la menace d'épidémies à l'échelle de la planète», commente l'expert.
Les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, le Canada, ainsi que les représentants de l'Union européenne et de la Commission européenne, doivent aussi officiellement se pencher sur la question de la promotion de l'éducation. Mais, comme chaque fois, ils profiteront surtout de ce sommet pour discuter des principaux enjeux d'actualité. Là encore, le programme sera chargé avec la dégradation rapide de la situation au Proche Orient, la menace que fait peser le programme nucléaire iranien, les essais de missiles effectués par la Corée du Nord et les conflits en Irak et en Afghanistan. «Il est vrai qu'on a assisté ces derniers mois à une guerre de mots entre la Russie et les autres membres du G8 qui rappelait parfois les années de la guerre froide, note John Kirton. Mais je crois que la réunion a quand même de bonnes chances d'être très productive cette année, justement parce que ces questions sont tellement critiques, mais aussi parce qu'on a les acteurs importants autour de la table.»
Le huitième membre
La tenue de la réunion du G8 à Saint-Pétersbourg, ancienne capitale des tsars et fief de Vladimir Poutine, a valeur de symbole pour les Russes, qui y voient le signe du retour de leur pays parmi les grandes puissances du globe. On ne donnait pourtant pas cher de ses chances ces derniers mois. Fait inédit, des membres du congrès américain, dont le sénateur républicain John McCain, en ont appelé à boycotter le sommet.
Certains Occidentaux estiment en effet que la Russie est indigne d'appartenir au club des plus grandes démocraties capitalistes du monde. On lui reproche notamment d'avoir fait passer son secteur énergétique sous la coupe de l'État et de se servir de sa puissance en matière énergétique pour soumettre à sa volonté ses pays voisins. Les pays d'Europe de l'Ouest gardent en mémoire l'interruption par Moscou, en janvier, de l'approvisionnement en gaz naturel de l'Ukraine, et par voie de conséquence de 25 % de leur propre approvisionnement. On dénonce surtout le virage antidémocratique qu'a pris le Kremlin depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.
«Je pense que ces critiques permanentes sur les questions relatives à la démocratie et à la liberté de la presse sont un instrument pour s'ingérer dans la politique intérieure et étrangère de la Russie», a rétorqué cette semaine le président russe sur les ondes de la chaîne canadienne CTV.
«Le régime appelle cela la "démocratie souveraine", explique Jacques Lévesque, professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal. Mais il est absolument évident qu'on a affaire à une dérive autoritaire qui a mené à l'établissement d'un régime à parti unique.» Les députés de la Douma ne sont plus que des spectateurs, les principaux médias ont été muselés et la loi qui s'applique aux organismes de défenses des droits vient d'être durcie. Tout le monde aura également remarqué, lors du procès qui a été fait au patron de Ioukos, Mikhail Khodorkovsky, comment le droit de propriété et l'indépendance du système judiciaire étaient mis à mal.
Le président Poutine n'en sera pas moins le participant au G8 qui bénéficie de la plus forte cote de popularité auprès de sa population: selon les sondages, 70 % de ses concitoyens l'appuient. Ce soutien est largement dû au fait qu'il a su relever l'économie après les années de chaos qui ont suivi l'effondrement de l'empire soviétique, pense Jacques Lévesque. En 1998, quelques semaines à peine après avoir été admise comme membre officiel du G8 , la Russie connaissait un effondrement monétaire et financier. Elle ne s'en est finalement remise que ces jours derniers, annonçant avoir réglé ses dernières dettes avec le Fonds monétaire international et être à nouveau en mesure de garantir la pleine convertibilité du rouble.
Malgré tout, «l'économie russe ne va pas bien à l'exception du pétrole et du gaz, observe l'expert. Les secteurs de l'industrie légère et des services ont bien réalisé quelques progrès, mais ce n'est pas fameux.» Et surtout, «la population ordinaire profite finalement assez peu des revenus générés par le secteur énergétique». Il ne fait pas de doute, dans son esprit, que la Russie restera encore longtemps le parent pauvre du G8.
Terrain de compromis
Si la Russie ne peut pas prétendre être une démocratie capitaliste de même importance que les sept autres membres du G8, elle n'en est pas moins remarquablement bien placée pour aider à faire progresser les discussions de cette année, notamment sur les questions énergétiques, dit John Kirton. On s'attend par exemple à ce qu'elle se montre ouverte à plus de transparence dans la gestion de ses stocks ainsi qu'à l'investissement étranger dans ses champs gaziers et pétroliers, en échange de la possibilité d'acquérir à son tour des actifs en Europe dans les réseaux de distribution. La Russie a déjà annoncé qu'elle inscrira bientôt en Bourse une part minoritaire de son entreprise pétrolière Rosneft, qui devrait se vendre aux alentours de 12 milliards $US. Il suffirait que la Russie soit reconnue comme un partenaire fiable pour déclencher une détente sur le marché du pétrole, disait vendredi le gouvernement allemand.
Grand exportateur de réacteurs nucléaires, la Russie pourrait bien être aussi l'un des principaux artisans, avec les États-Unis, d'une déclaration du G8 faisant la promotion de cette source d'énergie. On espère aussi mettre en place les premiers jalons permettant une gestion ordonnée et commune des déchets radioactifs.
À propos de la menace d'épidémies mondiales, les pays seraient apparemment prêts à convenir que la meilleure réaction initiale ne doit plus être la fermeture immédiate des frontières aux ressortissants et aux exportations des pays affectés, comme cela a été encore le cas à plusieurs endroits lors des derniers épisodes de grippe aviaire, de SRAS ou de maladie de la vache folle. Dans le secteur de l'éducation, les pays membres du G8 s'apprêteraient à promettre un investissement de 10 milliards d'aide particulièrement destinés aux filles dans les pays en voie de développement.
On profitera également de la présence lundi, le dernier jour de la réunion, des dirigeants des économies émergentes de la Chine, de l'Inde, du Brésil, du Mexique et de l'Afrique du Sud, pour essayer, une dernière fois, de sauver le cycle de négociations de Doha tenu à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La Russie plaidera aussi sa cause pour qu'on l'admette enfin à l'OMC.
La discussion sur l'Iran promet d'être de la première importance puisque c'est la Russie qui lui a vendu des réacteurs nucléaires et qu'elle est l'un des seuls pays à s'opposer encore à des sanctions. La Russie est aussi le seul pays du G8 à ne pas avoir rompu tout contact avec le gouvernement palestinien depuis l'élection du Hamas. Il y a fort à parier qu'elle aura également beaucoup à raconter à ses interlocuteurs sur les difficultés de mener une campagne militaire en Afghanistan.
Club sélect
«Ces réunions du G8 sont importantes même si elles ne débouchent pas toujours sur des mesures concrètes, explique John Kirton. C'est pratiquement le seul forum international où les chefs des plus grandes puissances peuvent se rencontrer en personne et discuter juste entre eux des enjeux qui les préoccupent.»
Comme il fallait s'y attendre, l'hôte russe n'a pas inscrit la question de la démocratie au programme officiel de la réunion. Les chefs des sept autres pays ont cependant promis de soulever la question, à tout le moins lors de leurs rencontres bilatérales avec Vladimir Poutine. Le président américain George W. Bush a rencontré hier une vingtaine de représentants d'ONG russes pour leur signifier son soutien moral. Les altermondialistes russes se disaient toutefois bien seuls face aux tactiques de harcèlement systématique du régime et une certaine indifférence de leurs camarades des pays développés. «Les gens ici essaient par tous les moyens de résister mais ils n'ont pas le droit à la solidarité», a déclaré hier à l'AFP une militante écoeurée de voir que seulement une centaine d'altermondialistes s'étaient rendus dans le stade délabré que les autorités leurs avaient assigné.
Le contraste ne peut pas être plus grand avec la réunion du G8 de l'année dernière, à Gleneagles, en Écosse. Les thèmes étaient alors l'aide à l'Afrique et la lutte contre le réchauffement climatique. De grands spectacles, appelés Live 8, avaient été organisés un peu partout dans le monde. Cela faisait cinq ans que le G8 se penchait explicitement sur ces questions, et ses membres ont résolu à Gleneagles d'effacer 40 milliards de dette des pays pauvres et de doubler l'aide publique au développement pour qu'elle atteigne 100 milliards en cinq ans. Le forum, créé en 1975 dans la foulée des premières crises pétrolières, se penche à nouveau cette année sur l'énergie, l'un de ses thèmes de prédilection.
«On ne peut pas dire que le G8 est, à proprement parler, le gouvernement du monde, dit John Kirton. Mais il est vrai qu'il a le pouvoir de déterminer quelles questions doivent prioritairement être traitées par les principales puissances mondiales.»
De plus en plus de voix réclament qu'on y fasse une place à part entière aux nouveaux poids lourds de la scène internationale, comme la Chine ou l'Inde, plutôt que de les inviter seulement de temps à autre pour une journée comme c'est le cas cette année. Cela aurait l'avantage, dit-on, de rassembler tous les acteurs importants autour de la table lorsqu'il est question des déséquilibres de l'économie mondiale, de la lutte contre le réchauffement climatique ou de libéralisation du commerce.
John Kirton doute cependant que cela se fasse à court ou à moyen terme. Les membres du G8 tiennent trop au caractère relativement intime de leur réunion pour allonger de façon intempestive la liste des participants. Et puis, c'est aussi un club très sélect. Ne peuvent y accéder que les plus grandes économies et des démocraties. «Ça ne laisserait que l'Inde comme candidat potentiel, observe l'expert. Mais vous n'avez qu'à voir tous les problèmes que posait encore l'entrée de la Russie, il y a plus de huit ans, pour comprendre que ce n'est pas de sitôt qu'un nouveau membre sera accepté.»
La Russie ne pouvait pas deviner, au moment de les choisir, en 2002, que les thèmes officiels de la réunion seraient à ce point au coeur de l'actualité internationale, dit John Kirton, directeur du Groupe de recherche sur le G8 de l'Université de Toronto. On était bien loin de se douter alors que le baril de pétrole allait un jour valoir
76 $US, que l'énergie nucléaire pouvait revenir à la mode ou que le monde entier suivrait au jour le jour la progression d'épidémies telles que la grippe aviaire. «Lors des réunions précédentes, il était question de la pauvreté en Afrique et du réchauffement climatique. C'était des questions importantes, mais elles n'avaient pas le même degré d'urgence que la sécurité énergétique mondiale ou la menace d'épidémies à l'échelle de la planète», commente l'expert.
Les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, le Canada, ainsi que les représentants de l'Union européenne et de la Commission européenne, doivent aussi officiellement se pencher sur la question de la promotion de l'éducation. Mais, comme chaque fois, ils profiteront surtout de ce sommet pour discuter des principaux enjeux d'actualité. Là encore, le programme sera chargé avec la dégradation rapide de la situation au Proche Orient, la menace que fait peser le programme nucléaire iranien, les essais de missiles effectués par la Corée du Nord et les conflits en Irak et en Afghanistan. «Il est vrai qu'on a assisté ces derniers mois à une guerre de mots entre la Russie et les autres membres du G8 qui rappelait parfois les années de la guerre froide, note John Kirton. Mais je crois que la réunion a quand même de bonnes chances d'être très productive cette année, justement parce que ces questions sont tellement critiques, mais aussi parce qu'on a les acteurs importants autour de la table.»
Le huitième membre
La tenue de la réunion du G8 à Saint-Pétersbourg, ancienne capitale des tsars et fief de Vladimir Poutine, a valeur de symbole pour les Russes, qui y voient le signe du retour de leur pays parmi les grandes puissances du globe. On ne donnait pourtant pas cher de ses chances ces derniers mois. Fait inédit, des membres du congrès américain, dont le sénateur républicain John McCain, en ont appelé à boycotter le sommet.
Certains Occidentaux estiment en effet que la Russie est indigne d'appartenir au club des plus grandes démocraties capitalistes du monde. On lui reproche notamment d'avoir fait passer son secteur énergétique sous la coupe de l'État et de se servir de sa puissance en matière énergétique pour soumettre à sa volonté ses pays voisins. Les pays d'Europe de l'Ouest gardent en mémoire l'interruption par Moscou, en janvier, de l'approvisionnement en gaz naturel de l'Ukraine, et par voie de conséquence de 25 % de leur propre approvisionnement. On dénonce surtout le virage antidémocratique qu'a pris le Kremlin depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.
«Je pense que ces critiques permanentes sur les questions relatives à la démocratie et à la liberté de la presse sont un instrument pour s'ingérer dans la politique intérieure et étrangère de la Russie», a rétorqué cette semaine le président russe sur les ondes de la chaîne canadienne CTV.
«Le régime appelle cela la "démocratie souveraine", explique Jacques Lévesque, professeur de sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal. Mais il est absolument évident qu'on a affaire à une dérive autoritaire qui a mené à l'établissement d'un régime à parti unique.» Les députés de la Douma ne sont plus que des spectateurs, les principaux médias ont été muselés et la loi qui s'applique aux organismes de défenses des droits vient d'être durcie. Tout le monde aura également remarqué, lors du procès qui a été fait au patron de Ioukos, Mikhail Khodorkovsky, comment le droit de propriété et l'indépendance du système judiciaire étaient mis à mal.
Le président Poutine n'en sera pas moins le participant au G8 qui bénéficie de la plus forte cote de popularité auprès de sa population: selon les sondages, 70 % de ses concitoyens l'appuient. Ce soutien est largement dû au fait qu'il a su relever l'économie après les années de chaos qui ont suivi l'effondrement de l'empire soviétique, pense Jacques Lévesque. En 1998, quelques semaines à peine après avoir été admise comme membre officiel du G8 , la Russie connaissait un effondrement monétaire et financier. Elle ne s'en est finalement remise que ces jours derniers, annonçant avoir réglé ses dernières dettes avec le Fonds monétaire international et être à nouveau en mesure de garantir la pleine convertibilité du rouble.
Malgré tout, «l'économie russe ne va pas bien à l'exception du pétrole et du gaz, observe l'expert. Les secteurs de l'industrie légère et des services ont bien réalisé quelques progrès, mais ce n'est pas fameux.» Et surtout, «la population ordinaire profite finalement assez peu des revenus générés par le secteur énergétique». Il ne fait pas de doute, dans son esprit, que la Russie restera encore longtemps le parent pauvre du G8.
Terrain de compromis
Si la Russie ne peut pas prétendre être une démocratie capitaliste de même importance que les sept autres membres du G8, elle n'en est pas moins remarquablement bien placée pour aider à faire progresser les discussions de cette année, notamment sur les questions énergétiques, dit John Kirton. On s'attend par exemple à ce qu'elle se montre ouverte à plus de transparence dans la gestion de ses stocks ainsi qu'à l'investissement étranger dans ses champs gaziers et pétroliers, en échange de la possibilité d'acquérir à son tour des actifs en Europe dans les réseaux de distribution. La Russie a déjà annoncé qu'elle inscrira bientôt en Bourse une part minoritaire de son entreprise pétrolière Rosneft, qui devrait se vendre aux alentours de 12 milliards $US. Il suffirait que la Russie soit reconnue comme un partenaire fiable pour déclencher une détente sur le marché du pétrole, disait vendredi le gouvernement allemand.
Grand exportateur de réacteurs nucléaires, la Russie pourrait bien être aussi l'un des principaux artisans, avec les États-Unis, d'une déclaration du G8 faisant la promotion de cette source d'énergie. On espère aussi mettre en place les premiers jalons permettant une gestion ordonnée et commune des déchets radioactifs.
À propos de la menace d'épidémies mondiales, les pays seraient apparemment prêts à convenir que la meilleure réaction initiale ne doit plus être la fermeture immédiate des frontières aux ressortissants et aux exportations des pays affectés, comme cela a été encore le cas à plusieurs endroits lors des derniers épisodes de grippe aviaire, de SRAS ou de maladie de la vache folle. Dans le secteur de l'éducation, les pays membres du G8 s'apprêteraient à promettre un investissement de 10 milliards d'aide particulièrement destinés aux filles dans les pays en voie de développement.
On profitera également de la présence lundi, le dernier jour de la réunion, des dirigeants des économies émergentes de la Chine, de l'Inde, du Brésil, du Mexique et de l'Afrique du Sud, pour essayer, une dernière fois, de sauver le cycle de négociations de Doha tenu à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). La Russie plaidera aussi sa cause pour qu'on l'admette enfin à l'OMC.
La discussion sur l'Iran promet d'être de la première importance puisque c'est la Russie qui lui a vendu des réacteurs nucléaires et qu'elle est l'un des seuls pays à s'opposer encore à des sanctions. La Russie est aussi le seul pays du G8 à ne pas avoir rompu tout contact avec le gouvernement palestinien depuis l'élection du Hamas. Il y a fort à parier qu'elle aura également beaucoup à raconter à ses interlocuteurs sur les difficultés de mener une campagne militaire en Afghanistan.
Club sélect
«Ces réunions du G8 sont importantes même si elles ne débouchent pas toujours sur des mesures concrètes, explique John Kirton. C'est pratiquement le seul forum international où les chefs des plus grandes puissances peuvent se rencontrer en personne et discuter juste entre eux des enjeux qui les préoccupent.»
Comme il fallait s'y attendre, l'hôte russe n'a pas inscrit la question de la démocratie au programme officiel de la réunion. Les chefs des sept autres pays ont cependant promis de soulever la question, à tout le moins lors de leurs rencontres bilatérales avec Vladimir Poutine. Le président américain George W. Bush a rencontré hier une vingtaine de représentants d'ONG russes pour leur signifier son soutien moral. Les altermondialistes russes se disaient toutefois bien seuls face aux tactiques de harcèlement systématique du régime et une certaine indifférence de leurs camarades des pays développés. «Les gens ici essaient par tous les moyens de résister mais ils n'ont pas le droit à la solidarité», a déclaré hier à l'AFP une militante écoeurée de voir que seulement une centaine d'altermondialistes s'étaient rendus dans le stade délabré que les autorités leurs avaient assigné.
Le contraste ne peut pas être plus grand avec la réunion du G8 de l'année dernière, à Gleneagles, en Écosse. Les thèmes étaient alors l'aide à l'Afrique et la lutte contre le réchauffement climatique. De grands spectacles, appelés Live 8, avaient été organisés un peu partout dans le monde. Cela faisait cinq ans que le G8 se penchait explicitement sur ces questions, et ses membres ont résolu à Gleneagles d'effacer 40 milliards de dette des pays pauvres et de doubler l'aide publique au développement pour qu'elle atteigne 100 milliards en cinq ans. Le forum, créé en 1975 dans la foulée des premières crises pétrolières, se penche à nouveau cette année sur l'énergie, l'un de ses thèmes de prédilection.
«On ne peut pas dire que le G8 est, à proprement parler, le gouvernement du monde, dit John Kirton. Mais il est vrai qu'il a le pouvoir de déterminer quelles questions doivent prioritairement être traitées par les principales puissances mondiales.»
De plus en plus de voix réclament qu'on y fasse une place à part entière aux nouveaux poids lourds de la scène internationale, comme la Chine ou l'Inde, plutôt que de les inviter seulement de temps à autre pour une journée comme c'est le cas cette année. Cela aurait l'avantage, dit-on, de rassembler tous les acteurs importants autour de la table lorsqu'il est question des déséquilibres de l'économie mondiale, de la lutte contre le réchauffement climatique ou de libéralisation du commerce.
John Kirton doute cependant que cela se fasse à court ou à moyen terme. Les membres du G8 tiennent trop au caractère relativement intime de leur réunion pour allonger de façon intempestive la liste des participants. Et puis, c'est aussi un club très sélect. Ne peuvent y accéder que les plus grandes économies et des démocraties. «Ça ne laisserait que l'Inde comme candidat potentiel, observe l'expert. Mais vous n'avez qu'à voir tous les problèmes que posait encore l'entrée de la Russie, il y a plus de huit ans, pour comprendre que ce n'est pas de sitôt qu'un nouveau membre sera accepté.»
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