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Rapport annuel d'Amnesty International - Londres et Washington épinglés

23 mai 2006  International
Londres — Amnesty critique durement cette année Londres et Washington dans son rapport annuel, le premier pour ses tentatives de restreindre les droits de l'homme après les attentats de juillet 2005, le second pour maintenir en détention sans inculpation des milliers de personnes en Irak et ailleurs.

Au Royaume-Uni, le premier ministre Tony Blair est épinglé pour avoir, après les attentats du 7 juillet à Londres (52 morts), annoncé «des plans imposant de sévères restrictions aux droits de la personne».

«Le gouvernement a cherché à remettre en cause l'interdiction de la torture sur le territoire et à l'étranger, et a fait adopter — ou tenté de faire adopter — des lois non conformes au droit national et aux normes internationales en matières de droits de la personne», dénonce Amnesty.

L'organisation de défense des droits de l'homme évoque notamment la loi antiterroriste adoptée au printemps 2005, qui permet d'imposer sans jugement des «ordonnances de contrôle» à des suspects de terrorisme, sur la base de documents tenus secrets. Ces ordonnances limitent sévèrement leurs déplacements, leurs fréquentations ou même leur accès à Internet.

Une nouvelle loi a été votée à la fin de l'année, qui double également la durée de la garde à vue, à 28 jours maximum. Le Parlement a «heureusement rejeté certaines des dispositions les plus choquantes», à deux reprises, souligne Amnesty, en évoquant le projet initial d'une garde à vue de 90 jours.

L'ONG dénonce également les accords passés avec la Jordanie, la Libye et le Liban pour y renvoyer des suspects, après obtention de simples «assurances diplomatiques» qu'ils ne seront pas maltraités.

Elle mentionne également l'utilisation du sol britannique pour des transferts fantômes de prisonniers par la CIA, en dehors de toute procédure juridique. Ces mesures de lutte contre le terrorisme «ont entraîné de graves violations des droits de la personne, et l'on s'inquiétait vivement de leurs répercussions sur les musulmans et les autres minorités», écrit encore Amnesty.

Elle accuse également les Britanniques d'avoir participé au placement en détention administrative d'au moins 10 000 personnes en Irak, «bafouant le droit international et sa propre législation en matière des droits humains».

Encore Guantanamo

Pour les États-Unis, dont Londres est un fidèle allié dans la guerre contre le terrorisme, Amnesty concentre ses critiques sur la détention, sans inculpation ni jugement, de milliers de personnes en Irak, en Afghanistan et à Guantanamo, et la «disparition» d'autres détenus dans un réseau secret de prisons de la CIA qui serait réparti dans plusieurs pays.

L'organisation de défense des droits de l'homme dénonce aussi des «éléments d'information ayant fait état d'actes de torture et de mauvais traitements» à Guantanamo, en Irak et en Afghanistan, et souligne que «cette année encore, rien n'a été fait pour que les hauts responsables [américains] aient à répondre des violations des droits fondamentaux commises».

«Aucune investigation n'a porté sur la CIA, dont les activités demeurent entourées du plus grand secret», écrit notamment Amnesty. L'organisation souligne également qu'un «grand nombre des techniques d'interrogatoire approuvées par les autorités américaines "dans le cadre de la guerre contre le terrorisme" s'inscrivent en violation des normes internationales interdisant la torture et les mauvais traitements».

Elle évoque notamment «l'utilisation de chiens pour susciter la terreur, les positions éprouvantes, l'exposition à des températures extrêmes, la privation de sommeil et le maintien à l'isolement».

La base militaire américaine de Guantanamo à Cuba, où sont détenus quelque 500 présumés talibans ou membres d'al-Qaïda, certains depuis janvier 2002, figure en tête de liste des reproches faits aux Américains.

Ces «combattants ennemis» relèvent d'instances spéciales créées en 2004, les CSRT, «qui peuvent retenir comme preuve des éléments tenus secrets et des déclarations arrachées sous la torture», rappelle Amnesty.






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